La musique


En 1914, les chants sont essentiellement patriotiques, héritage de la guerre de 1870.  Au fil du temps ils deviennent plus populaires avec «Je cours après Titine» et «La Madelon».

La musique est jouée pour encourager les troupes mais elle est aussi une échappatoire aux conditions difficiles du front. Elle accompagne les mutineries de 1917. Les chansons « Non, non, plus de combats ! » et « la chanson de Craonne » en sont des exemples.

Des concerts sont organisés et les orchestres burlesques proposent de nombreuses représentations. Ces orchestres utilisent toutes sortes d’objets comme des manches à balai, des seaux, des boîtes de conserves….  La plupart des instruments de musique sont fabriqués avec des objets et des matériaux trouvés sur place. Les musiques des régiments sont également sur le front.
10 musiciens lorientais sont tués.

La musique bretonne

Les Bretons étaient si nombreux sur le front que l'armée française, le conflit durant plus que prévu, décide de commander des instruments de musique bretons : bombarde et biniou.

Ces instruments ont vocation à animer les longues attentes et à soutenir le moral des troupes. Elle s’adresse à un luthier de Keryado, Jean-Pierre Jacob qui est issu d’une famille de tourneurs sur bois du sud Finistère et jouit d’une belle réputation. De son modeste atelier du 138 rue de Brest (rue de Belgique aujourd’hui), il sort en moyenne 40 instruments par an. Ses fils sont sur le front, son employé aussi. Il engage le tourneur Le Goff  et assure cette commande exceptionnelle, en quadruplant sa production. Ce sont toutefois les instruments aux prix les plus faibles qui sont expédiés aux soldats-sonneurs.

Les trois quarts des bombardes et binious livrées sur le front proviennent de son atelier. Jean-Pierre Jacob (1865-1919) fait toujours référence aujourd'hui, nombre de luthiers contemporains s'inspirent largement de son travail. Quelques sonneurs jouent encore sur ses instruments qu’ils qualifient d’exceptionnels.

Les binious poilus de la guerre 14-18

"Les Bretons ont été présents dans tous les conflits opposant la France à ses voisins, les Prussiens au XIXe, puis les Allemands au XXe : guerre de 14-18 puis de 39-45. Nous avons tous un père ou un parent qui nous a conté ces faits tragiques. Mon père Emmanuel Allot, Manu pour les intimes, participa à la Résistance et fut artilleur au front en Allemagne.

Originaire de Guémené-sur-Scorff, il s'engagea dans cette bagarre en chantant "En ter seien" (les trois rubans). Sa médaille militaire ainsi que ses rares photographies le représentant, assis sur le fût du canon parmi ses collègues, m'ont intrigué lorsque j'étais enfant. La pudeur l'empêchait de livrer ces faits. A de rares occasions, il me les a racontés. 30 ans après le conflit, le souvenir du premier homme qu'il avait tué en face à face avec son fusil le hantait encore "on s'est trouvés face à face dans un bois, c'était lui ou moi". Il me narra également la mort de leur capitaine qui les avait, lui et ses collègues artilleurs, beaucoup affectés, "petit drame de l'histoire. "

Il préférait nous conter, à nous ses enfants, les histoires comiques de dysenterie causée par les conserves de mauvaise qualité et des "paires de fesses à l'air" à l'arrière du camion qui les transportait à travers l'Allemagne en plein hiver, pas le temps de s'arrêter pour si peu... Il m'a également montré ce coin de bois du côté de Pont-Scorff à l'angle du talus qu'ils avaient aménagé sommairement et où, à l'époque de la résistance, ils surveillaient les convois allemands.

L'expérience de mon père m'a naturellement relié aux Bretons de 14.

Les Bretons étaient si nombreux dans les tranchées que l'armée française, le conflit durant, décida de commander des instruments de musique bretons (bombarde et biniou, notre orchestre breton) chez un luthier de Keryado, Jean-Pierre Jacob. Ces instruments servirent donc à animer les longues attentes et redonner le moral à tous. Ces instruments ont été conservés et j'en ai réalisé une copie. (photo sur cette page) Jean-Pierre Jacob est le luthier breton qui fait toujours référence aujourd'hui, nombre de luthiers contemporains s'inspirent largement de son travail. Détail amusant, l'alésoir (outil qui sert à percer les bombardes) était une baïonnette de la guerre de 70 contre les Prussiens.

Ayons du respect pour ces hommes, quelquefois âgés d'à peine 20 ans qui ont donné leur vie pour la République, la France le pays des droits de l'Homme. La liste des "Morts pour la patrie" présente sur chaque monument aux Morts de chaque village breton témoigne de l'engagement des Bretons au service du pays. Je me suis toujours demandé si j'aurais leur courage en cas de conflit. Heureusement, je n'ai pas eu l'occasion de vérifier."

Josick Allot, 1er août 2014

Site à visiter : https://musikebreizh.wordpress.com/author/kristianmorvan/

Josick Allot : des instruments bretons dans les tranchées

Josick Allot est musicien et féru de culture bretonne. Il enseigne à l'école de musique de Lorient. Il a effectué un travail de recherche sur les instruments bretons utilisés pendant la Grande Guerre, animé par une volonté de faire reconnaître à la fois l'engagement des musiciens bretons dans le conflit et la qualité du travail des luthiers de Lorient et de la région. Notamment le plus important Jean-Pierre Jacob. Installé à Keryado et issu d'une famille de luthiers depuis au moins trois générations, Jean-Pierre Jacob a équipé les trois quarts des musiciens bretons pendant la Grande Guerre !

Josick a reconstitué des instruments d'époque, en s'inspirant de ceux de Jean-Pierre Jacob et il recherche aussi des uniformes pour des interventions musicales. Il participe aux manifestations du Centenaire, à commencer par l'hommage qui sera rendu le 16 octobre à Sainte-Anne d'Auray aux Bretons qui ont péri durant la Grande Guerre, il sonnera avec son compère Erwan Le Hir. Il accompagnera ensuite plusieurs animations proposées par les Archives de Lorient et pourrait aussi s'inscrire dans les ateliers musicaux de l'école de musique.

Sur la photo ci-contre, on peut voir une bombarde (à droite) et trois éléments constituant un biniou une fois assemblés. Les éléments sont le bourdon (le plus long) ou korn boud (en breton), le porte-vent ou le sutel et le chalumeau ou levriad. Manque sur la photo : la poche pour former le biniou avec les trois pièces.

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