Janvier 2019 : cession de vases et de terrains à la ville de Lorient par le prince Jules de Rohan


Rectification du tracé du plan de l’acte notarié du 24 août 1765 relatif à la cession de vases et de terrains à la ville de Lorient par le prince Jules de Rohan pour faire construire des quais, cales et autres établissements pour l’aisance du commerce entre la cale Ory et le pont du Moulin.
Transcription de l’acte notarié du 9 septembre 1775 avec plan aquarellé, 15 avril 1863 - Collection Archives de Lorient – DD 3

Cet acte notarié datant du 9 septembre 1775 est dressé en complément de l’acte de concession de terrains et de vases que le prince de Rohan et de Guémené avait fait à la ville et communauté de Lorient le 24 août 1765. En effet, le plan qui accompagnait le premier acte était irrégulier quant à la ligne de points tracés en pointillés noirs du côté des maisons déjà bâties.

Cette vente fait suite à une remarque du maire et des échevins qui constatent que faute de commodités le commerce de la ville ne peut se développer suffisamment.

Pour ce faire, il convient alors selon eux, de faire construire des quais, des cales et autres établissements le long de la côte depuis la cale Ory jusqu’au moulin du Faouëdic, en suivant la ligne des maisons déjà construites.

De plus, ces nouvelles constructions contribueraient à l’embellissement de la ville et lui procureraient un air beaucoup plus sain en réduisant l’emprise des vases le long de l’intramuros.

Dans la lettre patente donnée à Versailles au mois de mars 1766, le roi Louis XV confirme le don des terres et la concession à titre de féage roturier au profit de Jules de Rohan. La communauté pourra ainsi jouir des vases et des terrains et en aviser comme bon lui semble, par vente ou à tout autre titre lucratif.

Selon le prince, cette concession faite à titre de féage roturier est indispensable car elle respecte la coutume de Bretagne : la ville paiera alors annuellement un cens seigneurial d’un denier par toise ; paiement qui sera effectué par les acquéreurs de portions de terrains.

En contrepartie, la ville est tenue tous les dix ans, de remettre à Jules de Rohan ou à ses successeurs, une médaille d’argent de deux onces (62,20 grammes) gravée des armes du prince et d’un portrait de femme tenant un plan avec l’inscription Ex dons principis. La communauté est également obligée de faire poser les armes du prince accompagnées des mots Ex dons principis sur le quai à construire.

Les travaux de construction des quais commencent dès le 9 novembre 1766, d’après des plans de l’ingénieur Louis de Saint-Pierre, décédé depuis plus d’un an, et en collaboration avec l’ingénieur Gervais Guillois.

Les travaux sont suivis par l’ingénieur des ponts et chaussées de l’arrondissement de Vannes, Jean Detaille, qui vise toutes les factures. Le 30 novembre 1767, l’intendant de Bretagne François d’Agay autorise le régisseur et receveur des octrois de la ville et communauté de L’Orient, à s’acquitter du paiement d’un appointement de 1 000 livres à prendre sur le compte des travaux publics de Lorient au profit de monsieur Detaille.

En 1768, trois ans après la concession à la ville des vases et terrains, la partie des quais qui va de la cale Ory à quasiment la moitié située entre la rue d’Aiguillon (rue Poissonnière) et la place de Préménil (cours de La Bôve) est terminée.

Entre 1769 et 1777, la communauté de ville vend en soumission et au plus offrant, avec paiement du capital par rente annuelle, les terrains à bâtir.

Les acquéreurs sont tous des notables et édiles de Lorient : Louis Lapotaire (négociant, commis du greffe et secrétaire de la ville), Jacques Frédéric Sachs (armateur et négociant), de La Rougère, Jean Gérard (négociant, conseiller du roi, échevin de la communauté de ville), Charles Henry de La Blanchetais (siège au conseil, armateur), René Foucault (négociant, armateur, avocat du roi, échevin), Jean-Michel Ferrand (avocat du roi, maire de 1762 à 1774), Julien-Louis Monistrol (trésorier des troupes, directeur des postes, contrôleur des ventes de la Compagnie des Indes qui achète les terrains le 24 février 1769 ; époux de Jeanne Mancel, fille de riches négociants et armateurs), Jean-Marie Esnoul Deschâteles (négociant, conseiller du roi, maire), Simon Bérard (négociant et armateur), Jean Simon Friché (entrepreneur, administrateur externe de l’hôpital, marguillier de la paroisse Saint-Louis), Nicolas Arnous-Dessaulsay (armateur et négociant, fournisseur de la Compagnie des Indes, échevin).

La construction des quais semble avoir été interrompue entre 1768 et 1774. Un nouveau projet de quai à achever et de façades des maisons à construire sur le quai d’Aiguillon (actuel quai des Indes) est dessiné entre mars et mai 1774 par l’ingénieur Detaille.

Bien que ce dernier signe ces plans à Vannes, il possède une résidence à Lorient dans la rue de Condé (actuelle rue Auguste Nayel). Il acquiert d’ailleurs en 1769 dans le prolongement de son terrain, un bout de parcelle des anciens terrains du prince de Rohan.

Le 25 juin 1778, Philippe Guillois, neveu de l'ingénieur Gervais Guillois est nommé ingénieur de la ville. Il reprend alors à son compte les plans des quais à achever. Ce projet, chiffré en vertu d’une délibération du conseil municipal datée du 1er juin 1774 sur trois plans de Jean Detaille, est approuvé par l’intendant de Bretagne Caze de La Bôve, le 25 mars 1780. La délibération de 1774 précise qu'un exemplaire du plan restera déposé aux archives de la communauté de ville.

Comme pour son projet de théâtre dont il dresse les premiers devis entre 1773 et 1777, l’ingénieur Jean Detaille, dit aussi Detaille de Keroyant, est évincé au profit de Philippe Guillois.

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