Eglise Notre-Dame-de-Victoire


Composée par Jean-Baptiste Hourlier, premier Grand Prix de Rome en 1926, l’église Notre-Dame-de-Victoire (dite Saint-Louis du nom de la paroisse et de l’église d’avant-guerre) porte témoignage d’une réorganisation urbaine lors de la reconstruction.

Jean-Baptiste Hourlier est nommé architecte en chef adjoint à la reconstruction de Lorient en 1946, notamment pour y diriger les projets d’édifices publics. Mais il ne se cantonne nullement dans la réalisation des bâtiments prestigieux, et formule également son avis sur la plupart des dossiers. En intervenant sur la position d’éléments clés comme l’hôtel de ville, la cité administrative, le tribunal ou la sous-préfecture, mais aussi en élaborant des lieux comme la place Alsace-Lorraine ou l’ensemble de « La Banane », il a laissé sur l’image de Lorient une empreinte aussi forte que l’architecte en chef, Georges Tourry. La reconstruction de l’église Saint-Louis est représentative de cette manière d’aborder la ville. Alors qu’elle représente un monument important dans le réseau urbain d’avant-guerre, son déplacement devient l’évident symbole d’une volonté de changer le fonctionnement et l’esthétique de la ville.

Elle s’écarte du cœur historique de la ville, trop congestionné et s’inscrit dès lors en point d’orgue de l’ensemble fortement ordonnancé de la place Alsace-Lorraine. Elle s’y intègre par une enveloppe urbaine cubique qui respecte hauteur et alignement et en garde le même revêtement austère de granite. Elle participe au remodelage du Lorient d’après-guerre et accompagne le déplacement du centre-ville lors de sa reconstruction. La nouvelle église est une œuvre puissante et sobre reflétant parfaitement les aspirations religieuses de la période d’après-guerre.

Architecture simple et belle, pure et inondée de lumière, Notre-Dame-de-Victoire est un nouvel univers magistralement composé par l’architecte Jean-Baptiste Hourlier en 1955. De l’extérieur, le nouvel édifice tient simplement son rôle. Il s’accorde à son environnement tout en tenant sobrement ses promesses avec deux dispositifs qui se dégagent de cette forme simple : un clocher pour une ville, dont la sculpture cruciforme domine la ville et une façade pour une place avec le monumental porche blanc qui s’enfonce dans la façade sur toute sa hauteur.

Le talent d’Hourlier se développe dans l’espace intérieur, où il a su installer l’atmosphère de recueillement nécessaire. L’église s’inscrit comme le signal majeur de l’ensemble fortement ordonnancé de la place Alsace Lorraine. À l’intérieur, l’architecte compose avec la lumière naturelle et l’humilité des matières laissées brutes. Parfois, en référence à Auguste Perret, il joue de diverses textures du béton. Portée par quatre grands piliers, la coupole surbaissée constitue un lumineux cylindre au centre du sanctuaire. L’originalité du plan réside dans le traitement du volume du chœur face à l’entrée. Largement éclairée sur ses flancs, la surface du fond reçoit une fresque due à Nicolas Untersteller dont les tons subtils apportent au lieu couleur et chaleur.

D’ailleurs, prolongement de son architecture, l’ornementation est due à ses amis de la villa Médicis : le fresquiste Nicolas Untersteller et le sculpteur René Lertourneur, ainsi qu’aux artistes bretons Joubioux, Langlais, Beaufrère et Mazuet, dont les œuvres poursuivent le parti d’ensemble.

Notre-Dame-de-Victoire occupe un des côtés de la place. Elle s’y intègre humblement en adoptant le même revêtement de granite et en respectant la hauteur et l’alignement de l’ensemble. 

Le clocher de près de cinquante-cinq mètres de haut surmonté d’une croix de béton se détache nettement de cette composition simple et épurée. Il est rejeté sur la gauche d’un cube monumental constituant l’enveloppe urbaine de l’église.

Une imposante statue due à Letourneur et représentant Notre-Dame domine le porche qui s’enfonce dans la façade sur toute sa hauteur.

L’arche sacrée

À l’intérieur, le contraste avec la rigueur de l’extérieur est saisissant. Certes, le vocabulaire architectural est humble et épuré, mais très justement employé. Il témoigne de la réflexion engagée avant guerre telle celle de l’architecte Henri Pingusson défendant le projet de l’église du Jésus ouvrier à Arcueil (1938) et par la même des églises à plan circulaire. Hourlier a pu s’en inspirer, même s’il ne va pas jusqu’à placer l’autel au centre de la rotonde. Pour autant bien que préconciliaire, l’édifice permet déjà la messe face aux fidèles. 

Sanctuaire

Au centre du sanctuaire baigné de lumière, une coupole surbaissée de vingt-quatre mètres de diamètre repose sur quatre grands piliers. Hourlier fait ici le choix des matières laissées brutes. Le plafond de la coupole, par exemple, est en béton brut de décoffrage, mais laisse apparaître le dessin de banche en forme d’étoile. Il joue sur les diverses textures du béton, non sans références parfois à Auguste Perret, dont il admire le travail.

Choeur

L’originalité du plan réside sur le traitement du chœur face à l’entrée. Ses proportions sont dignes d’une cathédrale. Cette ambiguïté est d’ailleurs entretenue à plusieurs reprises dans l’édifice (presbytère, cathèdre…)

La lumière jaillit de ses flancs éclairant l’immense fresque du « couronnement de la Vierge » de Nicolas-Pierre Untersteller (1900- 1968) dont la poésie des courbes et les tons subtils apportent au lieu couleur et chaleur.

Deux chapelles latérales reçoivent sur leur fond des fresques de Xavier de Langlais. A gauche, la chapelle du Saint-sacrement au symbolisme biblique. A droite, la chapelle Saint Louis retrace la destruction de la ville. Dans cette dernière est installée la statue de Notre-Dame-de-Victoire datant de 1850, œuvre du sculpteur Postel et vestige de l’ancienne église Saint Louis. Épargnée par les bombardements, la vierge trône sur les remparts timbrés aux armes de L’Orient, couvrant ainsi la ville close de sa robe protectrice. D’une main, elle maintient assis sur son genou le divin enfant Jésus qui lève une branche d’olivier, signe de paix, et de l’autre elle refoule le « léopard  britannique » qui s’efforce de briser le sceptre de ses crocs et d’escalader les murailles de la cité, et qui tient glaive et écusson royal entre ses pattes. Le culte porté à la Vierge Marie, que consacre l’église Saint Louis sous le nom de Notre-Dame- de Victoire, date de 1745. Assiégée par les Anglais, L’Orient voit son salut grâce à une conjonction de faits qui lui sont favorables et que les habitants attribueront à la Vierge Marie. Le souvenir de ce siège est toujours vénéré par les paroissiens le premier dimanche d’octobre. La statue actuelle remplace celle en argent vouée par les assiégées de 1745.

Le maître-autel rectangulaire d’un marbre blanc très pur est encadré par deux ambons (pupitres, lieux de proclamation des Saintes écritures) rehaussés d’appliques de bronze doré représentant à gauche les symboles des quatre évangélistes, à droite les prophètes de l’ancien testament : Ezéchiel avec la roue, Daniel avec l’épi de blé.

Nef

Sur les côtés de la nef, deux blocs à plan concave sont peints à fresque par Henri Joubioux. Chacun de ses volumes recouvre une des entrées extérieures latérales de l’église. A droite « la mise au tombeau » en grisaille, fait face à une « Annonciation » de facture plus naïve.

Le chemin de croix de Letourneur, espacé le long des murs latéraux de la nef est fait de simples plaques de granite gris poli. Plus suggestif que narratif, il évoque les différentes étapes de la Passion, par exemple à la XIIIe station « Jésus remis à sa mère » se traduit par l’image de la Sainte Face et d’une main accueillante.

Les baies forment des lucarnes rectangulaires allongées, dont les vitraux, composés de blocs de verre éclatés, sont l’œuvre des maîtres verriers Le Guevel et Michel. Elles s’inscrivent magistralement dans la composition d’ensemble et distillent une lumière à l’état brut.

Les fonts baptismaux se trouvent au fond de la nef à droite du porche, surmontés d’une fresque d’Adolphe Beaufrère (1876-1960) évoquant la genèse et les origines du monde. Des claustras de béton forment des paravents autour du portail. Ils sont marqués du symbole récurrent dans l’église : la croix dans le cercle, rappelant l’influence divine dans la création. Ce symbole est également reproduit sur le sol de l’église en granite des Pyrénées, mais n’est visible que depuis la tribune d’orgues. Ce matériau aurait d’ailleurs pu constituer le seul luxe de l’église, s’il n’avait été disposé en opus incertum.

Béton et verre bruts, marbre, boiseries en tecks… Hourlier a choisit la vérité des matières comme décor.

La conception de l’église est empreinte des convictions religieuses de son architecte. Il conçoit cet édifice dans le but premier de servir une religion et un culte. Sans ostentation, ni emphase, mais avec rigueur, il s’exerce à construire un lieu où le mot grandeur ne résonne pas dans des chiffres et des performances techniques mais dans la propension au recueillement.

« Si l’on admet aisément que l’architecture religieuse a été longtemps la plus ample expression de la sensibilité d’un peuple, l’idéal de ses aspirations plastiques, on peut douter, au siècle d’un matérialisme redoutable, du maintien d’une tradition, d’un tel élan vers le spirituel. Il appartient à l’architecte ayant la foi dans sa mission de perpétuer cette tradition… » Jean- Baptiste Hourlier

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