Décembre : socle de la statue Dupuy de Lôme


Médaillon de Dupuy de Lôme sur le socle de la statue disparue, 1954-1959. Photographie © Archives de Lorient - 15 Fi 329

Après la Seconde Guerre mondiale et  la fonte en 1942 de la statue lorientaise de Dupuy de Lôme dans le cadre de la récupération des métaux non ferreux, Lorient souhaite à nouveau honorer l'enfant du pays. Un comité est créé en mai 1954 pour l’érection d’un médaillon à la mémoire de l’ingénieur du génie maritime qui sera apposé sur le socle de l'ancienne statue disparue. À Lorient, les hommages rendus à l'ingénieur naval commencent dès 1885, l'année de son décès.

Premiers hommages à Henri Dupuy de Lôme
Dès le 19 février 1885, la ville de Lorient souhaite rendre hommage à l’ingénieur du Génie Maritime Henri Dupuy de Lôme décédé le 1er février, en donnant son nom à une rue à créer dans le nouveau quartier de la Nouvelle-Ville. Le 9 mars suivant, un décret présidentiel approuve la délibération du conseil municipal. En 1886, la Marine nationale veut construire deux nouveaux croiseurs cuirassés : elle décide que l’un d’eux portera le nom de Dupuy de Lôme. Le 4 juillet 1888, la Marine nationale met en chantier le croiseur cuirassé qui est lancé à Brest le 27 octobre 1890.

Le projet d’une statue Dupuy de Lôme
En 1896, la Marine nationale souhaite à nouveau honorer la mémoire de l’ingénieur naval et homme politique Henri Dupuy de Lôme. Un comité est constitué afin de réunir des fonds pour l’érection d’un monument digne de l’homme. Lorient est choisie et le département de la Marine concède le terrain nécessaire à son implantation sur la place d’Armes dans l’Enclos du port : dans l’axe du portail d’accès au jardin de l’Hôtel Gabriel, le long de la rue, laissant ainsi le kiosque à musique au centre de la place et faisant face à l'état-major de la Marine. L’amiral Ménard déclare « Nulle part il ne pouvait être mieux placé que dans la ville natale de celui qu’il célèbre, près du collège qui a vu commencer sa brillante carrière ».
Le comité a pour président d’honneur le ministre de la Marine et pour président Louis de Bussy, ingénieur du génie maritime, concepteur des cuirassés Redoutable et Dévastation et dont l’œuvre majeure est le croiseur cuirassé Dupuy de Lôme. Au sein de ce comité, on trouve aussi plusiaurs cadres des forges et Chantiers de la Méditerranée et des Messagerie Maritimes. Le 15 février 1897, le conseil municipal de Lorient vote un crédit de 500 francs à titre de souscription pour l'érection de la statue à la mémoire de Dupuy de Lôme. Parmi les souscripteurs, figure également le prince de Monaco, le tsar Nicolas II et les marines de presque tous les pays d’Europe. Une maquette de la statue est exposée au Salon de Paris de 1896. L’ingénieur est alors représenté en petit paletot avec pardessus, s’appuyant de la main gauche sur un canon enfoncé en terre.

Une statue inaugurée en 1899
Le piédestal du monument est dessiné par l’architecte Félix Ollivier, originaire de Guingamp, alors que le sculpteur parisien, natif de Saint-Brieuc, Pierre Ogé est chargé du dessin et de l’exécution de la maquette de la statue. Le fils de Stanislas, Georges Dupuy de Lôme, aurait servi de modèle pour capter au mieux le visage de l’ingénieur. En octobre 1898, le projet est approuvé par le préfet du Morbihan. Le devis s’élève à 31 400 francs dont 22 000 francs rien que pour la partie sculpturale qui comprend deux figures en bronze. Toutes les parties en bronze sont fondues par la Société anonyme des établissements métallurgiques A. Durenne (Paris), propriété d’Antoine Durenne. Le bronze coulé provient de vieux canons des vaisseaux cuirassés Magenta et Solférino, construits en 1859 par Dupuy de Lôme, fournis par la Marine.

Le 8 juin 1899, la statue de bronze arrive à Lorient par train. Elle est alors remisée au chantier de Frédéric Borgat, entrepreneur local domicilié rue Duguay-Trouin, chargé de la construction du socle de granit sur lequel la statue doit reposer. Les travaux préparatoires pour l’implantation du socle en granit de la statue commencent le 19 mai. Le chantier qui au 11 juin se poursuit activement, est caché derrière une palissade de bois. Le 23 juin au matin, l’installation du piédestal achevée, la statue est acheminée sur la place d’Armes et montée sur son socle l’après-midi-même vers 15h00, au moment de la bénédiction et du lancement de la canonnière la Décidée. La statue est officiellement inaugurée le 26 juin à 14h00, le même jour que le lancement du croiseur le Jurien de la Gravière. Pour l’occasion, des fêtes sont organisées du 23 au 27 juin. Ce n’est que le jour de l’inauguration que l’œuvre est dévoilée et apparaît aux yeux des Lorientais. Le vice-président du Comité, Paul Dislère déclare alors « Le voici, le grand ingénieur avec sa tête puissante, ses yeux bienveillants et chercheurs, avec cette intensité de vie qu’a si bien traduite monsieur Ogé. »
La représentation de Dupuy de Lôme, haute de trois mètres, en grande tenue d’inspecteur général du génie maritime, repose sur un socle de granit de quatre mètres cinquante de haut. Elle pèse 960 kilogrammes. Il existe alors aussi un plâtre de la statue conservé à Paris. Sur la face avant du socle en granit, un génie de bronze aux ailes déployées repose sur une avancée qui a la forme de l’éperon d’un cuirassé. Le génie tient un cartouche sur lequel sont écrit les noms de Napoléon et la Gloire, les deux navires qui ont fait la réputation de l’ingénieur. Gravée dans la pierre, sur le soubassement de la partie haute du piédestal sur laquelle repose la statue principale, on peut lire l’inscription A DUPUY DE LOME, alors qu’une étoile à cinq branches est gravée au-dessus du génie. Sur le côté gauche du socle, gravé dans la pierre une représentation de navire à hélice à coque en bois avec l’inscription LE NAPOLEON 1848 tandis que sur le côté droit, c’est un ballon dirigeable avec en-dessous, l’inscription AEROSTAT A HELICE 1870. Le monument est entouré par la représentation de dix canons en bronze enfoncés dans un socle de granit entourant le piédestal. Ils sont reliés par une grosse chaine du côté droit, en passant par l’arrière, au côté gauche. Deux petites marches font le tour du piédestal.

Disparition de la statue durant la Seconde Guerre mondiale
En 1942, durant l’occupation allemande de la Seconde Guerre mondiale, toutes les parties en bronze sont fondues suite au décret du gouvernement de Vichy du 11 octobre 1941, dans le cadre de la récupération des métaux non ferreux. Elle est fondue comme d’autres, pour contribuer à l’effort de guerre. Dans les fait, les métaux récupérés ne semble avoir servi ni à l’agriculture ni à l’industrie française mais sont acheminés vers l’Allemagne pour être transformés en canon ou être réutilisés pour des statues allemandes.
À la Libération, seul le socle de granit a survécu.

Un « nouveau » monument à Dupuy de Lôme
Un comité est créé en mai 1954 pour l’érection d’un médaillon à la mémoire de l’ingénieur du génie maritime. Il est composé de personnalités lorientaises, d’élus locaux et de représentants de la Marine. Le médaillon représentant le profil de Stanislas Dupuy de Lôme, réalisé par le sculpteur et peintre André Bizette-Lindet, est placé en dessous de l’étoile gravée sur la façade avant. Le socle en granit est restauré par l’entreprise lorientaise Les Granits de Bretagne qui retaille notamment la partie supérieure de la proue sur laquelle reposait le génie ailé, reprend les triglyphes, refait les joints et lave l'ensemble à l'acide. La représentation d’un boulet de canon en granit est installée à l’emplacement ou reposait la statue en pied de l’ingénieur. La colonne restaurée et le médaillon sont inaugurés le 25 septembre 1954.
Le médaillon devait être remboursé par le Ministère de la Reconstruction et du Logement au titre des dommages de guerre. La commission régionale des dommages de guerre de Rennes refuse cette prise en charge jugeant le médaillon trop somptuaire. Le sculpteur qui s'impatiente réclame son du à la fin de l'année 1954. La ville de Lorient n'a alors d'autre choix que d'inscrire cette dépense au budget supplémentaire de l'année 1955. L'artiste est enfin payé en octobre 1955.

La statue de Dupuy de Lôme de 1905 à la Ciotat
Au début du XXe siècle, la direction des chantiers de construction navale des Messageries Maritimes de La Ciotat, désireuse de rendre un hommage permanent à l’homme, commande à Pierre Ogé une copie de la statue de Lorient. Se servant du même moule, Ogé s’exécute. Son œuvre est expédiée du Havre par le paquebot-poste Yang Tse appartenant à la compagnie et qui arrive à La Ciotat le 11 octobre 1905. La statue de Dupuy de Lôme et le génie ailé sont installés dès le lendemain sur le piédestal de granit qui est en tout point identique à celui de Lorient. Toutefois, la statue également fondue par le fondeur Antoine Durenne, n’est pas en bronze mais en fonte de fer. Cette seconde statue est installée dans la cour d’honneur des ateliers des Messageries Maritimes devant le bâtiment de la direction des ateliers construit dès 1836 par Louis Benet.
Dans le cadre d’un réaménagement des chantiers navals de La Ciotat la statue est déboulonnée. Le réaménagement passe entre autre par la rénovation des ateliers et magasins en 1954 et la mise en service de trois nouvelles cales en 1952, 1957 et 1969. En 1960, suite à des travaux d'extension et de modernisation, la statue est en effet déplacée et remisée.

La statue de La Ciotat installée à Lorient
La statue, laissée à l’abandon dans un coin des chantiers navals de La Ciotat, est repérée par un descendant de la famille Dupuy de Lôme, le capitaine de corvette Raymond Cossé, arrière petit-fils de Dupuy de Lôme et qui va servir d’entremetteur entre les chantiers de la Méditerranée et la Marine afin qu’elle ne soit pas détruite mais transférée à Lorient. Seule la représentation en pied d’Henri Dupuy de Lôme est transférée à Lorient alors que l’on ignore ce qu’est devenu le génie.

La statue arrive à Lorient à une date encore non identifiée mais le journal Le Bourdon de Saint-Louis du mois de novembre 1966, nous informe qu’une autre statue que celle fondue en 1942, perpétue le souvenir de l’ingénieur dans l’enceinte de l’arsenal maritime.

En juin et juillet 1964, suite à la demande de monsieur Tudal, ingénieur des Directions des travaux maritimes, le piédestal de la place d'Armes est démonté par la Société du génie civil de l'Ouest. Le médaillon inauguré en 1954, est récupéré et installé au dessus du passage vouté permettant par la plce d'Armes d'acèder au jardin des Quinconces. Ce médaillon aujoud'hui retiré était encore présent en 2007. Il figure dans l'inventaire du patrimoine de la Marine et est conservé par le Service historique de la défense de Lorient.

Le piedestal est remonté en décembre 1966 par la société G. Le Meur devant la direction de la DCAN, à l'emplacement de l'ancienne chapelle de l'arsenal (chapelle Saint-Joseph). Le piédestal sur lequel la statue est aujourd’hui installée ne ressemble pas à celui de la place d’Armes, à moins que celui-ci ait été remanié avant d’être implanté devant le bâtiment de la direction du port, en contre-bas de la place d’Armes et du jardin des Quinconces. En fait il est bien réinstallé mais deux années se sont écoulées depuis son stockage. Bien que toutes les pièces remisées avaient été numérotée, le chapiteau et les éléments du dessous qui comportaient les bas-deliefs, ne sont pas remontés. Surement  fragilisées par d'anciennes fissures, ces parties n'ont pu être remise en place. Les culasses de canons inversés, bien qu'aussi remisées ne sont pas réinstallées. En mars 1967, le " nouvel " ancien statuaire est achevé par l'inscription Dupuy de Lôme qui est regravée et dorée à l'or fin par la société C. Bue.

En 2018, on peut encore apercevoir l’exemplaire de 1905, de la statue provenant de La Ciotat, en descendant la rampe de la Chapelle qui longe la place d’Armes. Elle est installée le long d’une rue que la Marine a dénommée avenue Choiseul à quelques dizaines de mètres d’une des portes d’accès, via la rampe de la Chapelle, au site de Naval Group.

2016, un nouveau statuaire
Volonté de la municipalité de Ploemeur associée au Comité d’histoire de Ploemeur et à Mémoire de Soye de rendre hommage à l’homme sur les terres qui jadis étaient la propriété de la famille Dupuy de Lôme, le 15 octobre 2016, jour de son bicentenaire, un buste de Dupuy de Lôme est inauguré au domaine de Soye.

L’œuvre est réalisée grâce au partenariat avec le plateau technique ComposiTic, installé au parc technologique de Soye, qui relève de l’Université de Bretagne Sud et qui est rattaché à l’Institut de recherche Dupuy de Lôme (laboratoire CNRS créé en 2016). Le plateau technique, spécialisé dans la mise en œuvre des matériaux composites, réalise le buste grâce à une imprimante 3D industrielle grand format Stratasys Fortus 900mc Technologies appartenant à la société SMM (Lanester) mise à disposition. Il s’agit de la copie d’un buste en plâtre d’Henri Dupuy de Lôme confié par ses descendants à la ville de Ploemeur. Ce plâtre avait été réalisé par les Ateliers du Louvre au cours du XXe siècle grâce au moulage du buste original en bronze, œuvre d’Auguste-Maximilien Delafontaine en 1850 pour être exposé à l’Académie des sciences. C’est la volonté de la ville de Ploemeur de rendre hommage à l’homme, toujours à la recherche de nouvelles innovations, d’utiliser la technologie innovante d’impression 3D. Pour le réaliser, un ensemble d’opérations de numérisation est nécessaire avant son impression et sa finition. Pour cela, ComposiTic s’appuie sur les compétences de la société Breizh3D56, hébergée au CREAFAB à Soye, pour réaliser le buste par technique de lumière structuré (Scanner David Vision Systems). La matière utilisée est un ABS chargé en fibres d’aramide, issue d’un développement commun entre ComposiTic et la société Nanovia installée à Louargat dans les Côtes d’Armor. 160 heures sont nécessaires pour l’impression des 2 150 couchent qui constituent le buste. Neuf kilogrammes de matières sont utilisés (cinq d’ABS fibres d’aramides et quatre de support de construction) pour réaliser un statuaire fine de 71 centimètres de haut pour 5,2 kilogrammes. Ce matériau possède de très bonnes résistances thermiques et mécaniques qui sont utiles pour ce buste installé en extérieur et qui va être soumis aux intempéries. Puis afin de donner l’apparence d’un bronze, les étapes sont finition sont réalisées à la main par Laurent Buisson : une résine noire, plusieurs patines orangée rouille, couches de cire, film protecteur.

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