Architecture de la Reconstruction


Exposition - Hôtel Gabriel / Enclos du port / salle d'accueil
Retour sur la mission photographique confée par la Ville de Lorient à Guy Hersant et Chris Dorley-Brown en 1991, en partenariat avec la Galerie Le Lieu. Une sélection de 20 photographies qui révèle l’élégance de l’architecture moderne de Lorient et nous incite à construire un nouvel imaginaire de la ville.

Du 19 janvier au 23 juin 2019

L’architecture de reconstruction (1950-1960)
Guy Hersant – Chris Dorley-Brown

La Ville de Lorient, et plus particulièrement la Direction Générale de l’Aménagement Urbain (DGAU), dans le cadre du projet d’ensemble de réaménagement du centre-ville a retenu une série d’actions contribuant et accompagnant la revalorisation de l’Architecture de Reconstruction (1950-1960).
D’où l’idée de confier à des photographes une mission pour « faire connaître et magnifier cette architecture dite du courant moderne ».
L’enjeu de cette mission était de contribuer à réconcilier la ville avec ses habitants, de la redécouvrir, d’accepter l’idée que la modernité architecturale d’une ville reconstruite fait partie de notre culture.
La mission a été confiée à deux photographes, le lorientais d’origine : Guy Hersant et un photographe anglais – que nous connaissons bien puisqu’il avait déjà exposé à Lorient dans le cadre des Rencontres Photographiques (novembre 90) : Chris Dorley-Brown.
Loin de se contenter de « témoigner » ou de refléter (pauvrement) une réalité architecturale qui n’est ni facilement repérable, ni homogène, les auteurs ont FAIT ŒUVRE, inventant des langages nouveaux pour nous inciter à construire, à partir de bribes, de points de vues particuliers, ou d’un soucis de mise en scène, un NOUVEL IMAGINAIRE.
Guy Hersant est lorientais d’origine. Il aime et connait bien cette ville où il a vécu longtemps. Son parti-pris photographique nous semble simple. La photographie d’architecture ne saurait être strictement documentaire. Un bâtiment c’est un concept, un volume et une histoire. Comment la photographie pourrait-elle rendre compte de tout cela ? Il s’agit plutôt d’imposer une vision, d’opérer des prélèvements. Non pas de reconstruire une ville irréelle, mais de nous rendre notre imaginaire urbain.
Guy Hersant a opéré de près et avec précision. Délicate opération, quasi chirurgicale, qui ne néglige ni le détail, ni l’ensemble, mais qui ne se perd ni dans l’un ni dans l’autre. Coupant au plus court, dans la confusion de nos visions stéréotypées et hétérogènes, il fait l’effort de rendre compte d’un esprit des lieux. En frôlant l’abstraction, il évite tout effet de « mise en scène » et privilégie l’idée.
Chris Dorley-Brown est anglais et appartient à cette école photographique anglaise, au regard à la fois distancié et socialement critique. Avec ces images, Chris Dorley-Brown a décidé de raconter une histoire, de donner aux formes des valeurs symboliques, et par l’utilisation, non systématique, de couleur de nuit, de transformer l’image froide de la ville moderne, en un théâtre d’ombres où l’imagination peut jouer de toute sa puissance fonctionnelle, sans pour autant abandonner la description ou l’analyse des formes et des concepts architecturaux.
Le scénario, s’il est imaginaire, n’est pas mensonger. Chris Dorley-Brown l’explique lui-même en faisant, par exemple, se confronter la couleur au noir et blanc, en opposant l’effet couleur à la rigueur du noir, le dramatique à l’abstraction. Le plus remarquable est là : Dorley-Brown allie beauté plastique et pertinence documentaire, humour et précision. Témoins ces images du Pont d’Oradour, par exemple, où se croisent l’histoire d’une guerre et le corps d’une ville, ses réseaux de communication. Lorient y apparaît dans son paradoxe : de la hauteur et de l’horizontalité. Ou cette double image du quartier « La Banane » : il y a une ville avec ses courbes, ses élégances, sa complexité. Entre ces deux images, le scénario raconte l’architecture à ceux qui veulent bien voir.

Patrick Bernier.
Directeur artistique de la mission photographique.

 

Chris Dorley-Brown

La Ville de Lorient, en particulier la Direction générale de l’aménagement urbain, dans sa politique de réaménagement du centre-ville (presque dix ans après, les effets en sont très visibles et généralement appréciés) a élaboré une série d’actions accompagnatrices. Parmi celles-ci, confier à des photographes une mission importante dont les intentions étaient bien définies : « faire connaître et magnifier cette architecture dite du monde moderne ».
Pas gagné d’avance quand on sait combien une grande majorité de Lorientais se nourrit d’une « nostalgie d’un pittoresque que Lorient n’a plus », voire d’une « jalousie peut-être, face aux villes voisines (Vannes, Quimper) ». Or, poursuit M. Richard, architecte, « ce que le Lorientais côtoie quotidiennement n’est plus une ville du passé ». Il faudrait donc « s’apercevoir que la modernité de cette architecture fait aujourd’hui partie de notre culture », être capable de « s’étonner, comme beaucoup de visiteurs, d’une vie urbaine agréable par son échelle, par son équilibre… ».
On voit donc les enjeux de la mission confiée à des photographes, le Lorientais Guy Hersant et l’Anglais Chris Dorley-Brown, que nous avions découverts peu de temps auparavant.
La définition pragmatique de la mission ne s’est pas faite à la légère : travail sur plans, repérages, discussions avec les services concernés de la Ville, éclairage fourni par les architectes etc…  Aucune autre mission photographique, à Lorient, n’aura été, à ce point clairement encadrée. En même temps, la Galerie assure la direction artistique et veille à rappeler que la mission ne doit pas être simplement documentaire, mais doit engager et produire de l’imaginaire. Le résultat, exposé finalement en 1993, dans le cadre du 2ème colloque des villes reconstruites, devait aller au-delà de nos convictions de départ (« non, Lorient, n’est pas une ville moche ») et de nos espoirs (« oui, la photographie peut participer à la révision des visions et des clichés les plus répandus »).
La réalité architecturale d’une ville moderne (1930-1960) n’est ni homogène, ni facilement réparable. La seule façon, sans doute, de s’en sortir est de faire œuvre en inventant un langage plastique qui, à partir de bribes, de points de vues particuliers et subjectifs, de leurs multiplicités et de leurs rapports, d’une mise en scène aussi (dans les images et dans l’exposition) reconstruit une autre vision des choses. On a bien sûr entendu dire : la photographie « arrange », « embellit ». C’est vrai. Mais elle peut aussi faire le contraire. Et pour apprendre à dé-voir et dé-cevoir toutes les idées (et visions) reçues. Pour réapprendre à voir, il faut jouer de l’arme de séduction. Il y a une pédagogie de l’image, à condition d’éviter trop de formalisme.
 

En opposition au point de vue relativement savant de Guy Hersant, Chris Dorley-Brown s’est vu confier un projet artistique faisant confiance à sa capacité exploratoire, à la précision de son style documentaire, et aussi, nous l’avions constaté en 1989, lors de sa 1ère exposition à Lorient, à son humour, sa distance critique.
Plus que Guy Hersant, Chris Dorley-Brown a tenté de produire une scénographie de l’architecture moderne capable d’émerveiller le regard. Photographies de quelques bâtiments emblématiques de la modernité lorientaise (Eglise St-Louis, piscine, le pont d’Oradour…) mais aussi de maisons individuelles, intérieurs et extérieurs, de nuit et de jour, en couleur (majoritairement) et en noir et blanc, Chris Dorley-Brown joue de toute la gamme des oppositions, des contrastes. Beaucoup d’images, en plus, sont de véritables clins d’œil à ce que peuvent avoir d’incongrus certains espaces. L’utilisation des couleurs de nuit présente Lorient comme un théâtre pour l’imagination, tout en révélant avec précision de nombreux atouts de l’architecture moderne lorientaise.

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