Combats


Les principales opérations militaires pendant la poche de Lorient.

Durant les mois que dure le siège de la Poche de Lorient, la plupart des activités se cantonne à des patrouilles dans la zone entre les deux lignes de front, pour tester les positions adverses. Ces patrouilles peuvent donner lieu à quelques échauffourée ou parfois des combats un peu plus violents.

Le 12 août 1944, le 4e bataillon FFI arrive à prendre Nostang et ôte ainsi aux Allemands un point stratégique. Cependant, à partir du lendemain, de durs combats vont les opposer aux Allemands, sur la butte de Mané-er-Houët (Merlevenez). La commune de Sainte-Hélène est libérée le 19 août et les FFI installent une position à Mané-Guen. Le lendemain, un groupe de 90 géorgiens arrivant de Kervignac reçoit l’ordre de s’emparer des ponts de la route de Merlevenez à Landévant. Une mutinerie éclate et les géorgiens abattent trois de leurs officiers allemands. Guidés par un habitant alors qu’ils veulent se rendre aux forces Alliées, ils sont pris sous le feu de FFI. Deux soldats sont tués et 81 d’entre eux sont faits prisonniers. Le 21 août, des Allemands, venant de Kervignac, sont mis en échec lors d’une attaque en direction de Nostang. Les combats s’intensifient dans les villages de Nostang et de Sainte-Hélène. Le bourg de Merlevenez, situé sur la ligne de front est le lieu de combats acharnés et meurtriers. En juillet 1944, les Allemands y ont installé, dans le clocher de l’église, un poste d’observation doté d’un puissant télescope. Les habitants civils sont invités à évacuer la zone et le 24 août, le bourg est pilonné par les blindés américains.

Le 12 août, la 5e compagnie du 2e bataillon FFI réussit à libérer Erdeven, du ruisseau de Loperhet à la rivière d’Étel. Ils font 55 prisonniers Allemands et 14 tués.
Le 23 août, des FFI du 2e bataillon, qui attaquent les Allemands cachés dans leur casemates de La Falaise à Étel, sont pris sous le feu de mortiers installés au niveau du château d'eau. Cinq d'entre eux sont tuée ou blessés mortellement au niveau de la rue du Couvent : Eugène Le Cheviller (24 ans), Alphonse Lamouric (21 ans), Antoine Le Priellec (20 ans) tués au combat ; Jean Aubert (21 ans) décède le 24 août à l'hôpital d'Auray, Grégoire Guillevic décède le 25 août à l'hôpital d'Auray.

Afin d'assurer leur ravitaillement, les Allemands lancent plusieurs offensives pour conquérir des positions qui repousseraient leur ligne défensive à l’Ouest de la rivière d’Étel. Les 9 et 10 septembre, ils pilonnent les positions FFI sans succès et subissant de lourdes pertes qui les obligent à reculer. Au-même moment, les Allemands préparent leur artillerie du côté de Kergonan à Plouharnel, pour un nouvel assaut. Le lendemain les Français investissent Plouharnel et reprennent les villages de Sainte-Barbe, Kerberenne et Brenantec au Nord-Ouest de la commune, empêchant ainsi l'attaque.

Le 11 septembre, vers 7h30 du matin, un bataillon et quelques compagnies allemandes, soutenues par leur artillerie, attaquent en direction de Sainte-Hélène. Vers 9h00, les tirs se concentrent le long de la ligne Sainte-Hélène - Landévant et plus particulièrement sur Nostang, pour empêcher l’envoi de renfort FFI. Les soldats allemands vont se retrouver face à des soldats du 10e bataillon FFI de Jean Le Coutaller, regroupés dans leurs abris. Vers 13h00, les Français qui tiennent l’entrée du bourg se font pilonner. Ils se dispersent et une partie des troupes se replie vers le pont de Nostang. Quelques Allemands investissent le bourg et incendient les maisons. Un tiers du bourg de Sainte-Hélène est détruit. Les deux autres tiers sont sauvés grâce à quelques habitants qui avaient fui mais qui sont revenus pour éteindre les flammes. Nouvelle contre-attaque qui oblige les Allemands à reculer : 10 soldats sont tués, 19 sont très gravement blessés et 13 sont légèrement blessés soit 42 hommes mis hors de combat. Le 15 septembre, nouvelle tentative des Allemands pour reprendre leurs positions mais ils sont tenus en échec par les Patriotes qui ont réinvestit leur position. Durant les semaines qui suivent, le secteur de Kervignac et de Sainte-Hélène connait par la suite un calme relatif, ponctué de quelques tirs d’artillerie entre Allemand et Américains. Néanmoins, pressentant une nouvelle attaque, le 18 octobre, le colonel Morice obtient de la part du général de Larminat, l’autorisation d’évacuer le bourg de Sainte-Hélène jugé trop difficilement défendable. 

Les combats menés par les bataillons de FFI pour stabiliser le front sont particulièrement difficiles du côté de Pont-Scorff, Hennebont et Caudan. Au 16 août, les FFI tiennent une ligne Talhouët – Locmaria – Kervalzé – Kerrousseau – Penprat – Kerdroff - Hennebont.
Le 11 septembre, les Allemands, avec des unités équipées de lance-flammes, tentent de s’emparer des hauteurs du Helgouët qui surplombent Pont-Scorff et Cléguer. Les FFI du 7e bataillon du capitaine André Aunier un temps contraint de reculer parviennent à reprendre leurs positions. Le même jour, une attaque au hameau de Sainte-Marguerite fait sept morts : un officier et six soldats Allemands.
À partir de début octobre, au niveau du sud d’Hennebont, le front Allié se stabilise.

Le 2 octobre des soldats américains sont pris dans une embuscade près de Guidel. Sept Allemands et cinq Américains sont tués. Les autres Américains sont faits prisonniers et emmenés sur Groix au fort de Surville.
Dans le secteur de Merlevenez et de Sainte-Hélène, les combats n’ont pas cessé. Le 20 octobre, n’ayant pas perdu l’espoir de reprendre le pont de Nostang, les Allemands après des tirs massifs d’artillerie auxquels participent la batterie de l’île de Groix, lancent une offensive majeure avec trois bataillons. Vers 6h00, ils parviennent à percer les lignes du 15e bataillon FFI et investissent Sainte-Hélène. Les Français s’échappent en traversant la rivière en utilisant des barques de pêcheurs. Les Allemands se dirigent sur Nostang, traversent Pont-Lorois. Ils sont stoppés, non sans difficultés, par les FFI. Les résistants sont appuyés par quelques avions de l’aviation française du camp de Meucon, qui compte déjà parmi ses rangs une cinquantaine des leurs hors de combat (tués ou blessés). Le lendemain, les combats se concentrent autour du pont de Nostang. La pression allemande faiblissant, les combats cessent au cours de l’après-midi.
À Merlevenez, les troupes s’affrontent à Kerzarc'h. Le combat se solde par quinze tués côté allemand et sept côté français dont une infirmière. En effet, entre le 20 et le 28 octobre 1944, six combattants appartenant au 15e Bataillon FTPF des Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor), dit Bataillon Le Du (futur 15e Bataillon FFI) commandé par Léon Razurel, sont tués ou mortellement blessés dans le secteur de Sainte-Hélène : Pierre Fournis, Jean Henry, Yves Le Chapelain, Joseph Trédan, Yves Bruguière, Joseph Cojean et l’infirmière Louise Pelissier. Fait prisonnier, Albert Raoult est interné sur l’île de Groix (Morbihan). Ce dernier est tué le 21 mars 1945 lors d’une tentative d’évasion.
Le 22 octobre, une contre-attaque est menée à la demande des américains, ce qui permet de reprendre le terrain perdu.
Le 24, les allemands pilonnent la région de Nostang et plusieurs accrochages se déroulent entre patrouilles.
Le 25 octobre les allemands lancent une offensive à Berluhec, un hameau entre Guidel et Redéné, sur le front de la Laïta. Deux sections de FFI de Quimperlé résistent toute la matinée. L’artillerie américaine force les Allemands à se replier, laissant derrière eux une dizaine de morts. Les FFI comptent deux tués : Louis Fiot de Quimperlé et Joseph Le Saux de Mellac, huit hommes sont blessés dont deux grièvement.
Le 27, une intense préparation d’artillerie sur Nostang et sur Landévant annonce une nouvelle attaque imminente pour le lendemain. Cette dernière débute vers 5h00 du matin. Un déluge d’obus s’abat alors sur Sainte-Hélène. Les FFI n’étant pas soutenus par l’artillerie américaine, ne peuvent résister et sont forcés de se replier. Sur une ligne, de l’autre côté de la rivière d’Étel (Locoal-Mendon), le général Borgnis-Desbordes vient lui-même assurer la défense du pont de Nostang.

Le 30 octobre, trois engagés volontaires appartenant à la 1ère compagnie du bataillon de fusiliers marins de Lorient sont tués au combat pour la défense du pont de Nostang : Henri Cadoret et Robert Séveno à Nostang, Louis Raoult à Languidic. Plusieurs dizaines d’autres résistants seront tués sur cette ligne de front qui constitue l’un des points les plus chaud de la Poche. Les attaques cessent le 30 octobre : les Allemands ont repris Sainte-Hélène mais ne prendront pas définitivement le contrôle du pont de Nostang. Un communiqué de la radio allemande annonce alors une grande victoire : Les forces d'occupation de la forteresse de Lorient [...] ont fait face à un assaut ennemi et, au moyen d'une vigoureuse contre-attaque repousser la ligne de front jusqu'au-delà de la ville de Sainte-Hélène, en direction du Nord et de l'Est. Les FFI ont perdu une dizaine d’hommes et comptent une soixantaine de blessés, une dizaine de prisonniers.

Fin octobre, les hauteurs de la commune de Caudan étant un point stratégique, les Allemands attaquent à nouveau Caudan mais leur progression est stoppée par les FFI. Puis le 28 octobre, l’occupant tente une troisième expédition sur Caudan qui se solde également par une défaite.

Dans la nuit du 7 au 8 décembre, les Américains attaquent le secteur d’Étel et d’Erdeven afin d’isoler la presqu’île de Quiberon. Lors de cette opération, les Américains comptent cinq morts et quatre blessés mais parviennent à réaliser leur objectif. 59 soldats allemands sont capturés. La Poche de Lorient est alors coupée en deux. La guerre terminée, une stèle commémorative sera dressée sur la commune d’Étel, pour rendre hommage aux soldats américains tués.

Après cette date, les deux camps se bornent à des actions limitées. Le général Fahrmbacher ordonne désormais de s’abstenir de toutes opérations d’envergures et seules les sorties dont le but est de prendre connaisance de l'activité de l’adversaire, sont autorisées.

La zone de Pont-Scorff, près de la ferme de Brémelin, est défendue par le 118e régiment d’infanterie FFI, composé de volontaires âgés de 18 à 21 ans. Une section de la compagnie antichars monte en première ligne, le 4 décembre. Le colonel Jouteau leur confie une ligne de défense de 18 mètres, près de la ferme de Brémelin. La section est commandée par le sous-lieutenant Milic Guégen et son adjoint l’aspirant Pierrot Le Coq (FFI quimpérois). À leur arrivée, ils creusent une tranchée derrière le talus du champ de Brémelin et y installent six fusils mitrailleurs.

Au petit matin du 10 décembre, souhaitant connaître les positions allemandes, Guégen obtient l’autorisation d’effectuer une patrouille. Il rencontre une importante formation allemande au Sud qui est en route pour attaquer Pont-Scorff. Il tue deux soldats allemands et retourne au PC. Il contacte alors le capitaine Cautridou pour l’informer de l’attaque imminente mais ce dernier se montre sceptique. Pourtant, quelques instants plus tard, l’ennemi lance l’assaut, appuyé par des tirs d’obus de 88 mm. Le réglage de l'angle de tir est trop court et les obus tombent sur les Allemands. Ces derniers lancent alors une fusée rouge pour demander de rectifier l’angle de tir. Les FFI sont visés durant 30 minutes. Selon l’historien Alain le Floch, côté FFI quimpérois, il y aurait une victime et les Allemands comptent cinq morts (dix selon les estimations françaises de l’époque). Les Allemands ont lancé un assaut et la bataille s’engage jusqu’au moment de leur repli à 13h30.

Le 15 décembre, un commando de 80 allemands attaque l’île d’Houat pour y détruire un radar américain qui renseigne sur les mouvements des navires allemands. Les Américains sont capturés ainsi que 25 fusiliers marins français.

À l’ouest de la Poche, les Allemands pilonnent régulièrement les positions FFI du secteur de Clohars-Carnoët (Garlouët, Saint-Maurice, Saint-Germain, Porsmoric et Le Pouldu). Les Français, épaulés parfois par les blindés américains, résistent. Le 23 décembre, l’observatoire allemand du Moulin des Chiens (Guidel) est détruit. Le 19 janvier, sur Guidel, le château du Talhouët ainsi que les bourgs de Locmaria, Kervalz et Carnoët sont libérés. Fin février, en vue de franchir l’autre rive de la Laïta et d’y opérer des patrouilles, une passerelle de 177 mètres de long est mise en place depuis le château de Carnoët (Quimperlé).
Entre février et mars 1945, la commune de Quimperlé alors libérée, subit des bombardements allemands.
Enfin dans la nuit du 2 au 3 mai 1945, quatorze petits navires allemands atteignent les îles de Houat et de Hoëdic où ils parviennent à s’emparer de ravitaillement.

Sources :
Floch Alain, L’occupation allemande dans les 261 communes du Morbihan 1940- 1945, Presses de Cloître imprimeurs à Saint-Thonan, 2019.
Leroux Roger, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch, éditeur, Mayenne, 1978
https://maitron.fr/spip.php?article204964, notice Merlevenez (Morbihan), Mané-er-Houët, août - octobre 1944 par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson, version mise en ligne le 5 juillet 2018, dernière modification le 17 juillet 2019.

Texte et recherches de Romain Bodiou-Biglietto

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