Vie quotidienne


Les conditions de vies sont difficiles pour tous les Allemands, les Résistants comme pour les civils empochés. Les Américains sont les mieux ravitaillés. Le froid de l'hiver s'ajoute aux pénuries diverses.

Les Allemands
Au début de la formation de la Poche, les Allemands stockent 2 500 tonnes de farine et 800 tonnes de céréales. Ils font ensuite venir 400 tonnes de vivres supplémentaires depuis Belle-Île et Saint-Nazaire. Cependant, les quantités vont vite s’avérer être insuffisantes. En conséquence, un rationnement très strict est instauré.
Ils procèdent à des réquisitions sévères envers les habitants surtout les paysans restés dans la Poche. Ils n’hésitent pas à s’approprier la production locale et le cheptel des fermes évacuées, à procéder systématiquement à des réquisitions : par exemple, 50% des bêtes à cornes de Riantec sont récupérés en novembre. Les allemands lancent également une offensive sur Sainte-Hélène pour s’emparer des champs de patates non récoltés.
Ils s’organisent pour éviter la famine. Une boucherie est alors installée dans un ancien atelier à torpilles ainsi qu’une boulangerie. Au total 1,5 millions de pains sont produits durant le blocus. Un moulin à céréales est réhabilité en cinq jours produisant dix tonnes de farine noire et blanche par jour. Une presse à huile est fabriquée à partir d’un pressoir à fruits. Une distillerie est montée pour fournir des quantités non négligeables de cidre et de calvados. Une brûlerie à café est également mise en place.
Dans les premiers temps, des transports de bêtes sont organisés par mer depuis Saint-Nazaire. Les bêtes vont paître sur l’ancien terrain d’aviation de Kerlin-Bastard, devenu obsolète suite aux bombardements. L’aérodrome est transformé en partie en un vaste potager pour la culture du chou, du chou-rave et de la betterave. Des chevaux sont également abattus pour la production de savon, de cirage et de bougie. La production d’eau potable est assurée par les citernes existantes. L’achat de vivres auprès des habitants fonctionne toujours mais les prix deviennent, au fil des mois, exorbitants. En mars, le prix d’un œuf est fixé à plus de 30 francs pièce. À Lorient, les officiers vivent dans des conditions bien plus enviables que celles des troupes, victimes de la famine et plongées dans la misère. Les carences alimentaires affaiblissent le soldat pour combattre et la mortalité atteint des pics. Les privations incitent parfois certains au refus de travailler tandis que d’autres désertent.

Au mois d’août, les provisions de charbon ne dépassent pas un mois d’autonomie et les stocks de combustibles liquides sont très réduits. Les automobiles sont retirées de la circulation. Une station électrique, entreprise quelques semaines avant le siège, est rapidement achevée. Les installations de la forteresse ne sont finalement pas dépourvues d’énergie, grâce à la mise en place d’un générateur de 6 000 volts et d’une usine à vapeur. Par ailleurs, des éoliennes sont montées à proximité des batteries. Néanmoins, Les Allemands ne sont pas totalement isolés puisqu’ils bénéficient de liaison avec la direction de la Wehrmacht à Berlin et avec la 265e division d’infanterie de la Poche de Saint-Nazaire ainsi qu’avec les sous-secteurs de la Poche. Saint-Nazaire leur fait parvenir des vivres, du matériel et du courrier. De même au début de la Poche, quelques avions parviennent à larguer du ravitaillement en provenance d’Allemagne. Ainsi plusieurs Heinkel 111 effectuent leur mission avec succès : 3 le 29 septembre 1944, 3 le 22 octobre, 2 le 23 octobre. Néanmoins, les tentatives suivantes se soldent toutes par des échecs. Le « blocus » des Alliés est assez limité puisque les Allemands parviennent à circuler plutôt facilement. Le colonel Bader, chef d’état-major du général Wilhelm Fahrmbacher, parvient d’ailleurs à rejoindre Saint-Nazaire, avant de prendre un avion pour Stuttgart, à Escoublac au terrain d’aviation construit pour la Poche de Saint-Nazaire. Le 5 septembre, l’U-155, dernier sous-marin présent à Keroman, parvient à quitter la base. Seul le Rostock, transformé en navire hôpital, est intercepté par des torpilleurs anglais. Jusqu’à la fin de la guerre, les Allemands peuvent naviguer le long des côtes sans être trop inquiétés. Le 8 février 1945, une vedette rapide arrive même de Jersey, sans rencontrer d’opposition. Les 2 et 3 mai, les Allemands parviennent à mener une incursion sur les îles de Houat et de Hoëdic.

Dans le but de préserver le moral des troupes, diverses animations ont lieu régulièrement dans le grand bunker de Keroman. Les soldats peuvent s’échanger des livres, lire un journal interne, assister à des représentations théâtrales, à des projections cinématographiques et à des spectacles de variétés notamment dans les foyers du Soldat qui se sont multipliés… Des offices religieux sont célébrés. En outre, le maintien de la liaison avec l’Allemagne, par courrier et par radio, participe au maintien du moral des troupes.
Au début, en termes d’armement, si les Allemands ont un nombre conséquent de munitions et d’obus, les armes hétéroclites sont surtout constituées de vieux fusils, principalement des K98 ou encore des Nosin-Nagant russe. Dans les stocks distribués aux soldats, aucun Gewher 43, aucun STG 44 et très peu de MP40. En termes de mitrailleuses, ils utilisent de tout : MG 08, MG34, MG42, Maxim, Chauchat français, Brno tchèque ; mitrailleuses belges, polonaises ou autrichienne. Ils disposent également de quelques Panserfaust.
Niveau habillement, les membres de l’armée de terre (Heer) disposent de tenues usées, sans rechange, contrairement aux marins qui ont quelques réserves. Tous les stocks sont rassemblés sous une autorité unique qui est chargée de la distribution, qui crée un magasin d’habillement, un atelier de tailleur et une cordonnerie. Les ballons de barrage, grands ballons captifs sans équipage, sont réutilisés pour en faire des pélerines en cas d’intempéries.

Après le retour des prisonniers américains le 6 novembre 1944, le service de renseignement G-2 de la 94e division d’infanterie américaine, interroge américains libérés pour se faire une meilleure idée des conditions de vie des Allemands dans la Poche. Le rapport réalisé par Le lieutenant-colonel Harold MacDonald, est communiqué aux commandants d’unités le 24 novembre 1944. En substances, le rapport dit :
- les troupes allemandes postées près de Guidel sont jeunes et alertes, tandis que les troupes stationnées à Lorient sont de niveau inférieur, constituées d’hommes très jeunes ou très âgés. De même, une large proportion de soldats sont des Arméniens, Polonais, Tchèques, Russes, Autrichiens ou Géorgiens.
- les troupes de Guidel sont apparemment de solides combattants bien entraînés ce qui ne serait pas le cas de ceux stationnés sur Lorient. À compter du 11 septembre 1944, des formations sont mises en place pour transformer cette troupe hétérogène en unité d’infanterie avec des entraînements au maniement des armes et aux manœuvres militaires, autour de la base de sous-marins de Keroman : par groupes de 30 formés par des sous-officiers. Autour de la prison Hindenburg à Lorient, un entraînement aux mortiers est également organisé.
- le moral semble plutôt bon pour les troupes postées sur Guidel mais très mauvais pour celles de Lorient, notamment celui des troupes de l’Est, décrit comme au plus bas.
- la distribution de rations alimentaires semble très maigre mais est cependant améliorée par chaque compagnie : chaque unité se dote de potagers et de quelques bêtes, notamment des cochons. Lorient obtient une large part de son ravitaillement des îles : Groix pour les pommes de terre et Belle-Île pour les légumes. Le poisson est fourni par les pêcheurs français. Les soldats américains, emprisonnés sur Groix, ont entendu dire qu’il y a suffisamment de ravitaillement sur l’île pour permettre à la garnison de tenir jusqu’au 1er avril 1945. Les prisonniers estiment que les rations sont suffisantes pour survivre, mais qu’à terme, elles seraient trop légères pour un homme devant travailler ou combattre.
- présence de blindées : deux chars Renault FT Français datant sûrement de la Première Guerre mondiale ont été aperçus, des chars français B1 utilisés pour la construction de Kerlin-Bastard peuvent aussi être utilisés. Le blindage des camions allemands n’est réalisé que sur la cabine alors qu’un affût quadruple antiaérien de 20 mm est monté sur l’arrière.
- un prisonnier rapporte qu’un garde lui a dit que 500 soldats sont arrivés à Lorient par bateaux ; un autre que 600 hommes sont arrivés par six bateaux différents, le 10 octobre 1944 : il s’agit des garnisons allemandes de Concarneau et de Bénodet évacués par les chasseurs de sous-marins à la mi-août 1944. Un prisonnier qui a pénétré dans les alvéoles de la base déclare avoir aperçus trois sous-marins : l’un en cours de déchargement, les deux autres en train d’être armés. Un sous-marin aurait quitté Lorient le 7 septembre. Les prisonniers ont également entendu que des sous-marins cargos apportaient du matériel et des médicaments.
- les blessés sont transportés à l’hôpital maritime de Lorient mais les américains signalent un autre hôpital installé dans la base de sous-marins de Keroman ainsi qu’un bunker utilisé comme poste de secours à côté de la prison Hindenburg. Selon les dires des gardes, l’artillerie américaine aurait fait des milliers de blessés : 1 300 blessés seraient répartis entre l’hôpital de la Marine et le poste de secours avec apparemment très peu de médicaments en réserve. Des amputations sont réalisées sans anesthésie et les bandages sont de très mauvaises qualités (réutilisation des bandages usagés, utilisation de papier-crêpe en remplacement. À cause du manque d’eau, le cidre est servi aux blessés dans l’hôpital maritime. Un prisonnier rapporte que pendant son séjour de 10 jours à l’hôpital, les draps n’ont jamais été changés.
- il y a des installations défensives bétonnées tout autour de la ville qui sont très bien camouflées : présence entre autres de nombreux blockhaus autour de l’hôpital Bodelio qui seraient un bordel renommé. L’hôpital de la Marine est protégé par de nombreux canons de 88 mm dont les munitions sont stockées dans des blockhaus. Dans Lorient même, il y a de nombreuses plateformes pour le tir et l’observation. De même, les positions autour de Guidel sont bien enterrées, lourdement minées et camouflées. Deux batteries de quatre canons antiaériens chacune, montées sur des camions, ont été observées dans le secteur. Le haut de l’église de Guidel est utilisé pour repérer les patrouilles Alliées avec un poste de commandement régimentaire enterré au sud de l’église. Les soldats du secteur de Guidel ont peu de fusils mais sont dotés de pistolets mitrailleurs et de grenades utilisées pour des pièges.
- les travailleurs civils sur Lorient seraient principalement des Hollandais, des Roumains et des Russes, âgés d’environ 65 ans
- sur Groix, les jeunes soldats ont été remplacés par des hommes plus âgés d’origine étrangère principalement : Arméniens, Polonais, Tchèque… La garnison compte environ 600 hommes et 80 hommes gardent le fort de Surville. Les réserves de nourriture de l’île sont stockées au fort. Un hôpital a été installé sur l’île avec une capacité de 600 lits et est occupé au tiers par des soldats gravement blessés, évacués de Lorient. Un avion vient, de manière irrégulière, larguer des containers contenant du courrier et des films pour la garnison. Le charbon est à un niveau critique et un allemand a été exécuté pour en avoir volé. L’état-major allemand est installé au bourg.

Les Résistants :
Durant les premières semaines du front, l’état-major des Forces françaises de l’intérieur (FFI) et l’intendance militaire départementale, font ce qu’ils peuvent pour organiser l’armée française. Outre le manque d’officiers qualifiés, il est nécessaire de créer un service de santé, d’installer des postes de secours avancés, de mettre en place des ambulances automobiles. Pour cela, ils comptent sur l’aide matérielle américaine. À compter du 6 août 1944, la mission de l’intendance militaire est d’assurer le ravitaillement en vivres des FFI et autres troupes ainsi que celui de l’hôpital militaire. Elle doit assurer le couchage, l’habillement, l’ameublement et l’éclairage des troupes et récupérer tout le matériel laissé par les Allemands afin de le réutiliser pour équiper les forces françaises.

Malgré tout, les troupes françaises sont sous armées, mal équipées (pas de masque à gaz, pas de trousse de toilettes…) et mal habillées (pas d’uniforme, galoches à semelles de bois ou sabots). L’armement, acquis notamment grâce aux parachutages, est composé de fusils Lee Enfield, fusil-mitrailleur Bren, mitraillettes, grenades ou encore pistolets, et est mal adapté à la puissance de feu allemande. En janvier 1945, certains bataillons n’ont encore reçu aucun armement. Toutefois, le stock en explosifs est conséquent. En action sur les lignes, les maquisards se camouflent au moyen d’abris de fortune ou de cahutes. De nombreux résistants passent l’hiver particulièrement rigoureux de 1944 – 1945, vêtus de vêtements civils et sabots de bois.

Le service social des FFI du Morbihan instaure des collectes de vêtements et de fournitures diverses dans tout le département. En octobre, 3 200 uniformes français sont distribués pour les douze bataillons FFI du Morbihan, et 1 600 pour les quatre bataillons des Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor) et 400 pour les Finistériens du secteur de Quimperlé. Pour la nourriture, par temps de pénurie, le ravitaillement revient théoriquement à chaque unité. Toutefois, les 25 000 rations américaines servies toutes les semaines, à partir d’octobre 1944, participent à l’amélioration du quotidien des troupes françaises.

Les Amies du Front de Lorient aident également la Résistance : il s’agit de jeunes filles qui font la collecte de vêtements, de couvertures et de denrées, dans les environs de la Poche, pour les distribuer aux soldats et résistants du front Lorientais.

Les civils :
Selon l'endroit où résident les empochés, ils ne subissent pas tous de la même façon, les pénuries. Comme sur la presqu’ile de Quiberon, les civils de Groix manquent de tout.

En octobre 1944, 9 200 habitants demeurent dans les communes entre la Laïta et la rivière d’Etel, 5 200 dans la presqu’île de Quiberon, 3 184 à Belle-Ile, 2 123 à Groix. En février 1945, 90% de la population du territoire aura quitté la Poche. En février 1945, il reste à Lorient environ 300 habitants, Keryado : 400 habitants, Larmor-Plage : 350, Ploemeur : 2 500, Guidel : 1 300, Quéven : 200, Lanester : 185, Port-Louis : 70, Locmiquélic : 400, Riantec : 900, Gâvres : 40, Plouhinec : 1 620, Merlevenez et Sainte-Hélène : 265.
Les habitants sont munis d’un laisser-passer allemand (ausweiss), renouvelé tous les mois, pour pouvoir se déplacer en territoire occupé. Il est possible de communiquer avec l’extérieur par courrier.  Il n’y avait pas de médecin français, les soins sont prodigués aux femmes et aux enfants par une doctoresse de l’organisation Todt.
Au cours du blocus, la population connaît la faim, le froid, l’inconfort et la privation (plus d’électricité ni de bois, plus de radio, plus de café ouvert, plus de tabac). Les troupes s’approprient bientôt les productions locales et le cheptel des fermes évacuées. En principe, chaque cultivateur conserve une vache, la basse-cour et une quantité suffisante de blé. Un rationnement strict est instauré. Les réserves de farine s’amenuisant chaque jour, celle-ci est allongée de sciure de bois. Les Allemands ne prélevant qu’une petite partie de la pêche, le reste s’échangeait contre du lard ou du beurre. A Groix, la pêche est permise le 4 septembre entre l’île et la côte. Cet octroi permet à certains de rejoindre les territoires sous contrôle allié comme Doëlan, jusqu’à ce que les Allemands s’en aperçoivent et proscrivent les sorties en mer. Les prix deviennent au fil des mois exorbitants : en mars, le prix d’un œuf est fixé à plus de 30 francs pièce.
C’est à Lorient que les conditions sont les moins pénibles, grâce à la cantine municipale de l’impasse Émile Zola.

La situation sanitaire est complexe sur Groix, à tel point que le 5 septembre 1944, Jean Le Priol, préposé à l’inscription maritime de Groix, se rend à Auray pour demander à la Croix-Rouge d’organiser des ravitaillements pour les Groisillons. La Croix-Rouge installe un poste de secours à Guidel en septembre. Entre l’île de Groix et Concarneau, le bateau « Ile-de-Groix » effectue régulièrement des voyages en septembre, novembre et janvier pour ravitailler les Groisillons et dans le même temps, conduire des volontaires en zone libérée nonobstant l’interdiction américaine.

Ainsi, le navire Île de Groix battant pavillon de la Croix-Rouge effectue un premier voyage le 12 septembre. Cinq autres ont lieu au cours du mois de septembre, trois autres en novembre et un dernier en janvier 1945. Toujours affrétée par la Croix-Rouge, une autre embarcation, la Perle des Vagues, fait chaque mercredi le voyage entre Lomener et Doëlan-sur-Mer pour remettre, par exemple, des colis destinés aux enfants et aux malades soignés à l’hôpital maritime de Lorient. Toujours avec la Perle des Vagues, face aux conditions très inquiétantes de détention au fort Surville à Groix, l’équipe de la Croix-Rouge de Guidel obtient de la Kommandantur, la permission de porter chaque semaine  des colis aux détenus du fort..

À l’hiver 1945, Claude Pilloud, délégué du comité international de la Croix-Rouge à Genève, s’informe des besoins de la population lorsqu'il inspecte la Poche de Lorient. Il sert alors de lien, entre les forces allemandes et les forces américaines, afin d’organiser un ravitaillement pour les empochés. Ainsi, le 24 mars 1945, deux accords sont conclus au Magouër (Plouhinec) suite à une rencontre entre officiers alliés et allemands. Le premier accord autorise la circulation du Carentan, un bateau fourni par les Allemands pour naviguer entre Vannes, Belle-Île, Lorient et Port-Louis. Les Alliés sont chargés de fournir le carburant. L’équipage quant à lui est recruté parmi les habitants de la zone encerclée. Le bateau a pour mission le ravitaillement et non l’évacuation des civils. Le 15 avril 1945, il accoste à Port-Louis avec 20 tonnes de pommes de terre, 4 tonnes de sucre, 20 tonnes de farine et des milliers de boîtes d’allumettes. Il effectue un second voyage sur Lorient le 25 avril. Le second accord, est relatif à l’évacuation les 3, 4 et 5 avril 1945, de civils par Guidel et par Le Magouër, à la condition que le nombre d’évacués n’excède pas 400 personnes par jour. 

Malgré ces quelques missions de ravitaillement, les civils connaissent la faim, passant parfois jusqu’à six mois sans pouvoir manger du pain ou fumer du tabac. Ils vivent sans électricité et pour certains sans bois pour se chauffer. Des secteurs comme la presqu’île de Quiberon connaissent des situations particulièrement difficiles, notamment dans les dernières semaines de la Poche. Les chiens se vendent ainsi 1 000 francs et les chats 500 francs. Les rares légumes se vendent à des prix exorbitants : un choux-fourrager 5 francs, une betterave 10 Francs.

Dans un avis du 31 octobre 1944, la Platzkommandantur de Lorient avertit qu’à partir du 1er novembre, il est défendu de tuer des bêtes à cornes et des cochons. La viande pour les civils est limitée à 250 grammes par personne et par semaine. Elle ne peut être livrée chaque dimanche que par la boucherie centrale militaire allemande, aux distributeurs de chaque commune de la Poche. La farine est limitée à 1 250 grammes par personne et par semaine.

Les Lorientais autorisés à séjourner sur Lorient, comme par exemple, le personnel de la Défense passive, souffrent apparemment moins que les autres du manque de nourriture, car depuis 1943, l’employé de mairie Yves Duigou, a mis en service une cantine (fourneau économique) sur Kerentrech dont l’organisation est bien rodée : pain, viande, légumes, installation d’une distillerie.

À partir de novembre 1944, les Allemands, dans la mesure des quantités dont ils disposent, fournissent aux civils ne travaillant pas pour eux, de la nourriture. La distribution du pain a lieu les mardis et samedis, de 9h00 à 11h00. La distribution de la viande se fait les lundis de chaque semaine dans un magasin de Keryado qui doit bénéficier d’une autorisation.

Selon un nouvel avis du 23 avril 1945, les ouvriers et toutes les autres personnes civiles, employés par les forces occupantes, sont dorénavant uniquement ravitaillés par les Allemands.

Pour les nourrissons et les jeunes enfants, une distribution de lait, est mise en place par les services de la mairie de Lorient à partir du 5 mai 1945.
 

Service postal :
Pendant la période de la Poche, la remise en marche du service postal est organisée par le lieutenant-colonel allemand Alfons Schmitt, en accord avec le capitaine Nolleau de l’état-major de Vannes. En l’absence d’un bureau de poste français, c’est le bureau de la censure allemande qui assure les fonctions d’un bureau de poste. Ainsi, des timbres sont distribués aux maires des différentes communes de la Poche mais surchargés, au préalable de la griffe, Festung Lorient. Les lettres affranchies sont oblitérées par le cachet de la censure allemande.

Selon un rapport de Schmitt, 3 500 lettres ont été acheminées dans la France libérée et dans les colonies à compter du 1er janvier 1945. 160 lettres partent à destination des ouvriers français en Allemagne, acheminées par la Feldpost, les autres sont oblitérées par le bureau de poste de Groix. Entre le 1er janvier et le 1er mai 45, 334 lettres et cartes ont été envoyés par voie maritime de la Poche de Lorient à celle de Saint-Nazaire et 419 de celle de Saint-Nazaire à celle de Lorient.

Au début de la formation de la Poche de Lorient, quelques sacs de courriers sont acheminé par avion ou avec les derniers sous-marins qui réussissent à quitter Lorient. Après celà, l’essentiel des contacts se fait par la radio qui offre la possibilité au soldat allemand d’envoyer un message. Le message reçu est ensuite transcrit sur une carte envoyée à la famille. Dans les faits, le message est un texte standardisé, à choisir parmi cinq formules.

Source :
Leroux Roger, Le Morbihan en guerre
Le Guen, 277 jours dans la Poche de Lorient
Lamarque Philippe, Lorient l’acharnement des Poches de l’Atlantique
Braueur Luc, Les incroyables échanges : un exemple d’humanités en temps de guerre
Floch Alain, L’occupation allemande dans les 261 communes du Morbihan 1940-1945, Cloître Imprimeurs - Saint-Thonan, 2019
Archives Municipales de Lorient (fonds 5H)

Texte et recherches de Romain Bodiou-Biglietto

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