Constitution de la Poche


Début août 1944, les Américains déferlent sur la Bretagne tandis que le général allemand Willhem Fahrmbacher donne l’ordre à ses troupes de converger vers Lorient.
Approchant de Lorient, les Alliés tentent tout d’abord d’obtenir la reddition des troupes allemandes. Le commandant Mailloux tente alors d’obtenir de l’amiral Walter Matthiae la reddition de la ville. Cependant, ce dernier lui rappelle que c’est désormais le général Fahrmbacher, nommé commandant supérieur en Bretagne, qui commande. Le général américain Wood rédige également une lettre aux Allemands qui lui rappellent qu’ils ont reçus l’ordre de résister, sur ordre direct d’Hitler, au moins huit-semaines. En effet, profitant du retard américain, les Allemands du Finistère sud et du Morbihan se retranchent sur la place forte de Lorient entre le 4 et le 6 août.

La ligne de front va s'étendre su 65 kilomètres.
 

Côté américain, le 6 août, le général Wood reçoit pour mission la prise de Lorient. La veille le Combat Command A (CCA) et le 66e bataillon d’artillerie sont postés à Vannes pour éviter toute contre-attaque tandis que le CCB avec le 22 et la 94e Division d'Infanterie sont postés à Baud dans l’attente d'une l’attaque sur Lorient. Cependant les défenses allemandes étant mieux organisée que prévu, le CCA reçoit l’ordre de rejoindre Hennebont et de s’emparer des ponts pour aider le CCB. Rendu à Hennebont, de puissants tirs de DCA et de batterie côtière, ralentissent les Américains d’autant plus que les Allemands ont déjà fait sauter les ponts. Après de violents combats, les Allemands se replient à l’Ouest du Blavet avec entre autre un bataillon géorgien de cavalerie anéanti. Au même moment, la compagnie D du 37e bataillon de tanks contourne les lignes allemandes, entre Hennebont et Lochrist et s’empare d’un pont en bon état. Le CCA se déplace au Nord-Ouest puis atteint sur la route de Lorient - Plouay avant de se rediriger vers Caudan.

Le 6 août, vers 19h50, un important bombardement de la RAF sur la base de sous-marins de Keroman a lieu. Néanmoins, cette attaque fait peu de dégât et une seule bombe parvient à vraiment endommager le toit de l’abri à sous-marins. L’attaque tue néanmoins une dizaine d’Allemands postés dans une position antichars.

Le CCA prend contact avec le CCB situé à Pont-Scorff et avançe jusqu’à Saint-Séverain à la tombée de la nuit.

Le CCB, bombardé pendant près de deux heures par les batteries allemandes, subit de lourdes pertes par des obus visant directement leurs véhicules. Cette attaque fait 20 morts et 85 blessés côté Américain. Il faut attendre la mort des deux observateurs allemands, postés sur une colline voisine, pour que le bombardement cesse. Quelques unités blindées progressent vers Lorient via Quéven en fin d’après-midi. Elles sont en position à Beg-Runio (Quéven), au niveau de la voie ferrée lorsque survient un train transportant  33 otages français, arrêtés le 4 août à Rosporden. Le convoi se retrouve alors au milieu des tirs Allemands et Américains. 9 otages sont tués par balles en tentant de s’enfuir du wagon qui est en feu.

Le 7 août, le CCB reprend sa route vers Lorient pour attaquer par le Nord-Ouest, à travers Pont-Scorff, aidé par les 5e et 7e bataillons FFI du Morbihan mais les Alliés sont à nouveaux stoppés par l’artillerie allemande au Sud de la ville. Douze américains sont tués dont le major Lloyd Smith, 70 autres sont blessés, deux jeeps sont détruites ainsi que quatre half-tracks. Le CCB organise dans la soirée son bivouac sur Pont-Scorff.

Le CCA part de Vannes vers 6h pour aider le CCB, libérant Auray au passage et livrant bataille jusqu'à Hennebont. Le CCA part ensuite vers Lochrist et atteint Caudan vers 19h40.

Le 8 août, après avoir tenté une incursion vers le Scorff, les troupes américaines réduisent au silence une batterie de D.C.A. “Hambourg” à Manéhuillec. À l’Est, une formation allemande tente de couper la route entre Hennebont et Auray, au niveau du Palais près de Landévant mais une compagnie du 7e bataillon FFI du Morbihan parvient à les contenir et tue cinq soldats.

Vers le 9 août les Alliés lancent par tracts un nouvel appel à la reddition :

Aux troupes allemandes cernées à Lorient. Toute la Bretagne est dès maintenant entre les mains des américains. Le Mans et Angers. Le front derrière vous est percé et des blindées USA se dirigent sur Paris. Votre résistance, en conséquence, est impuissante à avoir une influence sur la situation générale à l’Ouest. D’autres effusion de sang sont inutiles. Vous avez rempli votre devoir de soldat. Personne ne peut demander que vous sacrifiiez votre vie si ce sacrifice ne sert plus à votre patrie. Une résistance prolongée contre la force toujours croissante équivaut à un suicide. Vous pouvez vous retirez du combat en toute honneur comme la fait la garnison de Cherbourg. De même des groupes de combat isolés ont le droit sous la protection du drapeau blanc, d’envoyer des parlementaires dans les lignes américaines pour régler les détails de la reddition. Il vous sera garanti : votre évacuation immédiate de la zone de combat, ravitaillement et repos sans délai et si nécessaire, soins médicaux ; décision exacte de la Convention de Genève. L’Heure presse, mais il n’y pas de temps à perdre. Venez à nous avant qu’il ne soit trop tard !

               De leur côté, les Alliés avancent difficilement vers Lorient. Depuis Arzano, les hommes du Command Combat B commandés par le général Draggers gagnent Pont-Scorff le 7 août en compagnie de FFI du 7e bataillon du Morbihan. Arrivé à Lorient près du Perroquet vert, les chars subissent les tirs de DCA, trois d’entre eux sont détruits, les autres doivent se replier. Le CC A, depuis Auray, tente une percée sur Hennebont mais doit se diriger sur Lochrist suite à de violents tirs d’artilleries, les Américains se replient ensuite sur Caudan. Le 9 août, ces derniers renoncent à une nouvelle attaque et partent en direction de Nantes.

Le CC B poursuit de son côté son offensive sur Lorient mais au niveau deQuéven se retrouve sous les tirs de la batterie du Moustoir-Flamm : 20 morts et plus de 80 blessés du côté américain. Les Allemands décident de faire évacuer Quéven le 16 août. 2 000 habitants quittent la commune alors que 200 restent sur place. Pour le 18 août, 80% de la commune est détruite. 

 Le front de la Poche est stabilisé à partir du 12 août sur un secteur long de près de 65 kilomètres. Entre le 4 et le 11 août 1944, les allemands ont perdu près de 150 hommes : 4 août : 17 morts ; 5 : 11 morts ; 6 : 42 morts ; 7 : 22 morts ; 8 : 37 morts ; 9 : 31 morts ; 10 : 8 morts ; 11 : 4 morts.

Après avoir cru en une défense symbolique, les Américains comme les patriotes, doivent se rendre à l’évidence : la résistance allemande va durer. La déception est grande chez les combattants de la Résistance, pas assez nombreux et démunis en armes. Le CCA part sur Nantes, tandis que le CCB, sur ordre du général Wood, reste sur le Front de Lorient.

Les poches de l’Atlantique sont d’abord commandées par l’amiral Kranke puis par l’amiral Marschal mais quelques jours avant la capitulation, elles passent sous le commandement de l’OKW (Oberkommando West) ou sous le commandement suprême de la Wehrmacht.

Si chaque poche de l’Atlantique est sous le commandement de l’OKW, en ce qui concerne les questions administratives (promotions, décorations…), les Poches de Lorient et de Saint-Nazaire sont directement sous le contrôle du général Willem Farhmbacher. Si Farhmbacher est le commandant général de la Poche de Lorient, les questions maritimes sont sous la responsabilité de l’amiral Walter Matthiae et les questions aéronautiques sous le contrôle du général Kuse.

Composition du commandement de Fahrmbacher : chef de Staff, lieutenant-colonel Von Raven, ; G-3, capitaine Bock ; G-4, major Kreeter ; G-2, premier-lieutenant Spaneg ; G-1, lieutenant-colonel Dienz. ; commandement de Belle-Île-en-Mer, capitaine Von Backerath (Kriegsmarine) ; commandement de Groix (excepté la batterie Seydlitz), lieutenant Von Seelen Groix ; commandement de Quiberon (excepté l’artillerie), major Esser.

Source :
- Leroux Roger, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch, éditeur, Mayenne, 1978
- Alain Floch, L’occupation allemande dans les 261 communes du Morbihan 1940-1945, Cloître imprimeurs, Saint-Thonan, 2019
- Éric Rondel, Lorient - Saint-Nazaire, Les Poches du front oublié, 1944-1945, éditions Astoure, Fréhel, 2014

Texte et recherches de Romain Bodiou-Biglietto

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