Chenailler Paul


Paul Cyprien Chenailler dit colonel Morice (1904-1960)
Marin
Résistant
Directeur du journal La Liberté du Morbihan

Officier de la Légion d’honneur
Compagnon de la Libération
Croix de guerre 1939-1945
Médaille commémorative française de la guerre 1939-1945 (Atlantique)
Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre (engagé FFL avant le 1er août 1943)
Médaille de l’Étoile de bronze (États-Unis d’Amérique)
Officier à titre militaire de l’Ordre de l'Empire britannique
Chevalier de l'Étoile noire (Bénin)

Paul Cyprien Chenailler est né le 6 mai 1904 à Paris dans le 20e arrondissement.

Attiré par la mer, il obtient son brevet de capitaine au long cours et peut ainsi commander les navires de commerce et de pêche de tout tonnage. Lieutenant de vaisseau de réserve au moment du déclanchement de la Seconde Guerre mondiale, il est affecté dans la reconnaissance du Havre. Face à la débâcle, il est contraint de se replier sur Cherbourg d’où il gagne Casablanca (Maroc) sur l'aviso-dragueur Marie-Gilberte II, chalutier réquisitionné, dont il est le commandant.

Démobilisé, il est rapatrié en France en 1941 où il va occuper le poste de sous-directeur des services du ravitaillement du Morbihan ce qui lui permet de rencontrer Maurice Guillaudot, chef de la gendarmerie du Morbihan qui recrute parmi ses hommes, pour monter un service de renseignements à destination de l’Angleterre et tout particulièrement, du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA). Après l’arrestation du commandant Maurice Guillaudot le 10 décembre 1943, son adjoint Paul Chenailler, devient le chef de la résistance Morbihannaise et entre dans la clandestinité. Il devient alors le commandant de l’Armée secrète (AS) qui a été créée en septembre 1942. En hommage au commandant arrêté, il prend le pseudo de colonel Morice.

Grâce à ses liaisons avec Londres, il obtient de nombreux parachutages et parvient ainsi à structurer efficacement la Résistance dans le département. Il organise la résistance locale de l’armée clandestine des forces françaises dispersées dans le Morbihan en sections, compagnies et bataillons. En juin 1944, il est ainsi à la tête d'une armée de huit bataillons forts d’environ 10 000 hommes. Il est reconnu comme l’un des acteurs essentiels de l'organisation des FFC avec la fusion de l’AS et des Francs-tireurs partisans (FTP) qui va prendre la dénomination de Forces Française de l’Intérieure (FFI). Les Forces Françaises Combattantes (FFC) était le nom donné par le général de Gaulle en 1942 à la Résistance des réseaux de la France libre sur le territoire occupé par les Allemands ou celui contrôlé par Vichy.
Il fait préparer ses troupes pour le plan vert qui va cibler le sabotage des voies de chemin de fer au moment du débarquement et ainsi empêcher que les Allemands se déploient pour contrer l’avancée des Alliées.
Le 5 juin 1944, le colonel Morice décrète la mobilisation générale des FFI du Morbihan. Entre le 6 et le 18 juin 1944, Paul Chenailler rassemble trois des bataillons pour protéger un terrain de parachutages à Saint-Marcel près de Malestroit. Pendant douze jours, la résistance intérieure réceptionne des armes et voit grossir ses rangs avec les parachutistes du 4e Bataillon d'Infanterie de l'Air (BIA). D’ailleurs, dans la nuit du 10 juin, il fait la connaissance du colonel Pierre Bourgoin qui vient d’être parachuté et qui lui rendra hommage à ses obsèques.
Le 18 juin, les Allemands attaquent Saint-Marcel avec 9 à 10 000 hommes. Les maquisards et les soldats parachutés du Special Air Service (SAS) contiennent l’attaque. Pendant la nuit, pour échapper à l'encerclement, les trois bataillons réussissent à se replier du maquis et disparaître sans aucune victime.

Après le 6 août 1944 et la liaison mise en place entre les Résistants et l’armée américaine, le colonel Morice tient avec le général Henri Borgnis-Desbordes le Front de Lorient et également celui de la Vilaine. Puis il est nommé adjoint au commandement de la 19e division d’infanterie.

À la fin de la guerre, lui qui est lieutenant-colonel de l’Armée de terre, est promu au grade de capitaine de Frégate dans la Marine. Il est fait Compagnon de la Libération par décret du 19 octobre 1945. Une cérémonie est organisée à Vannes et en décembre 1945, en même temps que Maurice Guillaudot revenu de déportation, il reçoit la Croix de la Libération par le général Edgard de Larminat qui avait été nommé pour commander les Forces françaises de l’Ouest sur le front de l’Atlantique en octobre 1944.
Après 1945, Paul Chenailler prend la direction du nouveau journal quotidien régional, La Liberté du Morbihan.

Paul Chenailler décède, des suites de maladie, le 17 juin 1960 à son domicile de Quéven, au manoir de Kerlebert. Il est inhumé à Vannes au cimetière de Boismoreau. Son éloge funèbre est prononcé par le colonel Bourgoin qui le qualifie alors d’organisateur de la Résistance dans le Morbihan.

Discours du colonel Pierre Bourgoin extrait de périodique Revue de la France Libre, n° 127, juillet-août 1960 :
Nous portons aujourd’hui en terre celui qui fut notre ami et notre compagnon d’armes, Paul Chenailler, le colonel Morice, l’âme et l’organisateur de la Résistance dans le Morbihan.
Je l’ai rencontré pour la première fois, il y a seize ans, dans ce même mois de juin, tout près d’ici, sur cette terre bretonne qu’il aimait tant.
Après des années d’attente, nous étions enfin parachutés pour la libération du territoire sur la ferme de la Nouette, chez les Pondard où il avait établi son P.C. Les Bretons nous attendaient comme une grande et décisive cérémonie nocturne.
Son fanion frappé de l’hermine et de la croix de Lorraine date d’alors. Il fut fait avec la soie de nos parachutes.
Dès les premiers contacts, dès que je vis ces airs décidés, cette foi dans les regards, dès que je pus évaluer la qualité de leur chef, celui qui va reposer ici, je compris que, de la conjugaison de cette armée de l’ombre qui s’était constituée sur le territoire et celle de la France Libre dont nous étions l’avant-garde, ne pouvait résulter que la victoire et la libération.
De cette époque subsiste, sur le lieu même où se livrèrent les grandes batailles, un monument de granit qui rappellera longtemps ce que furent ici les combats de la Résistance.
Cette Résistance du Morbihan, les 15.000 morts que déplore cette province, il les personnifiait toujours avec modestie et sans plus jamais en parler. Il est des hommes, ainsi, qui ont de leurs mains fait de l’histoire, de la belle histoire de France pétrie de courage et de sacrifice et puis sont rentrés dans le rang comme à l’issue d’une tâche quotidienne.
Est-il besoin de retracer sa vie pour nous tous qui sommes ses amis et la connaissions ?
Il était né à Paris le 6 mai 1904 ; il était capitaine au long cours et lieutenant de vaisseau de réserve quand la guerre éclata. Après avoir servi dans la reconnaissance au Havre, il fut contraint de se replier sur Cherbourg puis de gagner Casablanca sur l’aviso dragueur Marie-Gilberte qu’il commandait alors. Démobilisé au Maroc, il fut rapatrié sur la France et affecté au ravitaillement général du Morbihan en 1941.
Dès cette époque, il s’occupa de la Résistance qu’il devait si magistralement organiser par la suite.
Devenu le colonel Morice, il harmonisa les forces dispersées du maquis et réussit à en faire une armée clandestine homogène de 12.000 hommes, celle que nous trouvâmes en arrivant ici.
Puis vinrent les premiers combats de la Libération, combats dont l’ordonnance fut faussée par la tempête qui paralysa le débarquement, combats qui ne devaient durer qu’une semaine, qui durèrent deux mois et dont Saint-Marcel fut le plus sanglant.
Traqué, recherché à la fois par la milice, la Gestapo et l’armée, jamais il ne quitta le maquis, regroupant les sections dispersées, reprenant les contacts perdus, distribuant et acheminant les armes et les munitions et réussissant, malgré le désarroi des nôtres, à donner à l’innombrable armée allemande qui couvrait le pays l’apparence d’une armée traquée qui n’osait plus rien faire, même plus se déplacer sans engager des effectifs considérables.
Il m’est impossible de me remémorer cette phase de la bataille sans associer au nom du colonel Morice, leur chef, tous ces maquisards bretons qui jamais ne baissèrent les yeux et jamais ne refusèrent la lutte si inégale fut-elle : soldats des fougères et des chênes, qui se cachaient le jour et se déplaçaient la nuit, petites agentes de liaison qui transportaient sur leurs vélos le matériel et les documents les plus compromettants tout en sachant que, prises, elles n’avaient que la mort à attendre et quelle mort ! Fermiers qui nous recevaient dans les nuits obscures, nous nourrissaient, nous cachaient, assuraient nos contacts, sans souci du danger que nous traînions avec nous à chacun de nos pas.
Il m’est impossible de me remémorer cette phase de la bataille sans associer au nom du colonel Morice celui de sa femme qui ne le quitta guère et qui, l’humeur toujours égale, partagea, sans faiblir, sa vie d’homme traqué, de ses fils qui participèrent, comme en jouant, à bien des histoires meurtrières. Je les ai vus, alors que l’aîné avait à peine quinze ans, nous rapporter les précieux postes qui nous liaient directement à Londres, les boches traînant les cadavres de leurs morts étant encore en vue.
Le colonel Morice, après le 6 août, après que nous avions établi notre liaison avec l’armée américaine, tint le front de Lorient et de la Vilaine avec le général Borgnis-Desbordes, puis adjoint au commandant de la 19e D.I., il se fit démobiliser ; la guerre étant terminée, il rentrait dans le rang avec le grade de capitaine de frégate ; entre autres nombreuses décorations, il était officier de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération, avait une croix de guerre lourde de palmes, la rosette de la Résistance, et les Anglais avaient tenu à lui manifester leur admiration en lui décernant leur plus belle décoration de guerre, la D.S.O.
Depuis, s’il semblait avoir oublié la guerre dont il ne parlait que rarement, il n’avait pas oublié ceux qui l’avaient faite à ses côtés et aucun des maquisards du Morbihan ne s’adressa en vain à lui ; il les aidait, les conseillait, démêlait leurs histoires, faisant reconnaître leurs droits, et continuait avec patience et modestie son travail de chef.
Devenu directeur d’industrie, il apporta à la gestion de son affaire le même souci de compréhension et les mêmes sentiments humains, et ses ouvriers et employés peuvent témoigner que M. Chenailler était digne du colonel Morice.
Maintenant vingt ans presque jour pour jour, après l’Appel du 18 Juin, alors que nous avons encore dans l’oreille les sonneries qui marquèrent avant-hier l’ensevelissement de 16 martyrs de la Résistance dans la crypte du mont Valérien, Paul Chenailler, le colonel Morice nous a quittés. Il a trouvé bien trop jeune hélas ! un repos qu’il n’avait pas connu sur cette terre.
Patriote fervent, combattant courageux, fils, époux et père exemplaire, ami loyal, patron estimé, il reste un exemple pour tous ceux qui l’ont connu.
Sa mère, qui ne comprend pas encore qu’il soit parti, sa veuve, ses fils savent que nous sommes tous avec eux dans l’épreuve qu’ils traversent.
L’ordre de la Libération, l’Association des Français Libres, les parachutistes S.A.S. m’ont chargé de leur manifester la grande affection de tous ses frères d’armes.

Source : http://enenvor.fr/eeo_actu/wwii/l_ame_et_l_organisateur_paul_chenailler.html (texte d’Erwan Le Gall) ; https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/paul-chenailler, https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Chenailler ; Revue de la France Libre, n° 127, juillet-août 1960 (https://www.france-libre.net/paul-chenailler/).

Texte et recherches de Romain Bodiou-Biglietto

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