Le 6 août 1944 dans le secteur de Kerpotence et de Saint-Gilles à Hennebont, des unités de la Wehrmacht battant en retraite, abattent cinq civils : Pierre Le Goulven, Joseph Renaud, Gérard Rio, Yves Rolland, Marcel Querré.
Dans la journée du 7 août 1944, une vingtaine de civils sont mis à morts. En début de matinée, quatre civils qui sont employés dans le camp allemand des Genêts et qui se sont réfugiés dans une maison du quartier de la Maison-Rouge, sont débusqués par des soldats allemands et abattus en tentant de fuir : Antoine Le Scouarnec, Jean Savin, Louis Landren, Marcel Le Téoff.
Les autres sont abattus ou tués par des grenades dans des abris de plusieurs quartiers d’Hennebont : Philippe Félic, Joseph Maillard, Gilbert Belloeil, Marie Maillard, Jean Daniel, Pierre Berdic, Pierre Le Falhun, Pierre Marie Hervé, Charles Le Matelot, Yves Le Roux, Jean Le Cloirec, Jean Raude, Marie Le Garrec, André Penverne, Louis Félic, Germaine Renaud, Joseph Penhouet, Pierre Gérard Hervé, Victor Chavey.
Le 8 août 1944 à 9 heures 30, dans la rue de Vieille Ville, quatre civils, réfugiés dans la maison de la famille Desjacques servant alors d’abri aux habitants du quartier, sont abattus : Louis Desjacques, François Jégo, Louis Le Boulbard, Joseph Le Corvec. Deux autres civils connaissent le même sort : Marie-Louise Kervadec à Saint-Caradec et Julien Le Stang à la Croix-Verte.
Le 11 août 1944, un groupe de soldats allemands fait une incursion sur la rive gauche du Blavet et investit les villages de La Villeneuve et du Parco en Hennebont. Prévenus, les résistants qui s’y trouvent, ont le temps de fuir, laissant derrière eux plusieurs civils sans protection. En représailles, les Allemands en exécutent huit dont deux jeunes de 15 et 16 ans : Jean Brient, Yves Brohon, Joseph Driano, Joseph Kerbellec, André Le Floch, Alain Le Guyader, Aimé Le Réour, Pierre Queven, Leurs corps sont ensuite jetés dans le brasier des fermes que les Allemands ont incendiées. Au Parco, où des fermes sont également incendiées, Marie Rio est tuée par l’explosion d’une grenade. Plus tard, en regagnant leurs positions, les Allemands font une dixième victime, Pierre Perron, abattu au village de Stang-er-Gat.
Le 23 août 1944, cinq nouvelles personnes sont exécutées sur la commune de Kervignanc, dans le village de Kermassonet (parfois écrit Kermassonette). La tenancière d’un café, qui était venue s’approvisionner en viande dans la ferme de Marie Portenguen, est arrêtée par deux soldats allemands qui exigent d’être conduit à la ferme pour se faire servir des « biftecks ». Deux FFI, postés non loin de là, tirent une rafale de mitraillette en direction des deux soldats, avant de s’enfuir. Ils s’en sortent tous les deux indemnes et partent chercher des renforts et reviennent au village où ils incendient la ferme. Cinq personnes sont arrêtées : la fermière Marie Portanguen, Louis Le Ral (chauffeur de taxi lorientais réfugié à Kermassonet), Jean Boulard (père de Marie Portanguen), Louis Huchon (cousin germain de Marie Portanguen) et son épouse Marie Huchon. Ils sont amenés à 200 mètres du village pour être exécutés. Jean Boulard parvient à s’enfuir, avant d’être rattrapé, puis exécuté à son tour, d’une rafale de mitraillette.
Le 9 août 1944 à Hennebont, des soldats allemands réquisitionnent trois civils du quartier de Kerroch, Joseph Le Saëc et ses deux fils, Yves et Joseph-Louis. Ils les obligent de déplacer un affût de canon depuis le lieu-dit La Croix-Verte (Hennebont) jusqu’à Saint-Nudec (Lanester). Arrivés exténués à destination, ils sont roués de coups de crosse et abattus. Leurs corps sont abandonnés dans un fossé.
Le 24 août 1944, six habitants du village de Kerléano (Lanester), réfugiés dans la cave de la ferme de la famille Valy, sont arrêtés par une patrouille allemande. Il s’agit de Joseph Bouger, Jacques Le Floch, Mathurin Morvan, Léon Pavic, Joseph Penverne et Lucien Valy. Accusés de détenir un poste émetteur, ils sont conduits au château de Keraliguen pour y être interrogés puis présentés au capitaine Beltram qui ordonne leur exécution. Transférés dans le château du Méné sur les bords du Blavet, près du pont du Bonhomme, ils sont amenés le 26 août 1944, vers 23 heures dans le bois de Kercand, où ils sont alignés les mains liées derrière le dos avec du fil de fer, au bord d’une fosse creusée la veille pour la construction d’un abri. Ils sont exécutés à la lueur d’une torche électrique d’une balle tirée dans le dos, par un soldat placé derrière chacun d’eux. La fosse dans laquelle les six corps ont été jetés, n’a été découverte qu’en août 1945. Un autre habitant de Lanester, Marcel Gouaux, accusé d’avoir fait des signaux depuis sa chambre pour indiquer une position allemande aux troupes américaines y est également exécuté le lendemain et son corps enfoui à quelques mètres.
Le 9 août 1944 également, six habitants du lieut-dit de Kerviec (Caudan), sont arrêtés par des soldats allemands battant en retraite. Maurice Cogic, Joseph Guillermic, son fils Laurent Guillermic, Maurice Leblans, Louis Le Lannier et son fils Louis Le Lannier sont accusés d’avoir guidé les chars américains à travers le champ de mines de Manéhullec, ils sont conduits dans le bois de Manébos (Lanester) et présentés au capitaine Hillenbrandt qui commande le 2e Régiment d’artillerie légère. Ce dernier leur laisse croire qu’il va les libérer avant de donner l’ordre de les abattre dans le dos.
Le 8 août 1944 après-midi, alors que les troupes américaines et les Forces françaises de l’intérieur (FFI) poursuivent la libération du Morbihan et atteignent Hennebont, des soldats allemands qui tiennent position à Kermaria (Caudan) réquisitionnent un cheval et une charrette à banc de la famille Kerlau pour transporter leurs armes et leurs munitions. Le 9 août 1944, vers 16 heures, un camion allemand venant de Caudan saute sur une mine au carrefour de La Montagne du Salut. Les quatre ou cinq soldats qui se trouvent à bord sont tués sur le coup. À Kermaria, les parents (Jean-Pierre et Marie-Joseph née Le Romancer) et les cinq enfants de la famille Kerlau, pensant le secteur libéré, sortent de leur ferme. Apercevant une patrouille allemande qui se dirige vers les débris fumants du camion, les Kerlau se réfugient dans l’abri qu’ils ont aménagé près de leur ferme. Les Allemands les ont repérés et leur ordonnent de sortir de l’abri. Les parents, et leur fils Julien sont tués à la grenade dès leur sortie de l’abri tandis qu’un autre fils, Charles, est abattu à l’entrée.
Le 24 août 1944 Joseph Le Floch, un cultivateur et René Huiban du 2e Bataillon de marche du Finistère sont fusillés par les Allemands au bourg de Kergroix (Guidel).
En octobre 1944, Marcel Lorans, en froid avec ses parents, quitte le domicile familial dans l’intention de retourner à Lorient où il a auparavant travaillé pour l’Organisation Todt. Après avoir traversé les lignes des Alliées, il est arrêté près de Guidel par des soldats allemands. Le capitaine Goluke qui commande le secteur, ordonne son exécution, arguant du fait qu’il connait désormais les positions allemandes. Les sergents Heikhaus et Biewald l'informent de sa libération prochaine et le conduisent par un chemin isolé au lieu-dit de Kerhoat-Bénoal (Guidel) où Biewald l’abat d’un coup de pistolet dans la nuque.
Le 28 aout, Albert Leroy, membre des FTPF qui achemine des renseignements aux chefs maquisards qui tiennent le front entre Quéven et Kervignac, est dénoncé par une voisine et son amant allemand. Soupçonné de détenir des listes de collaborateurs et d’Allemands pouvant faire l’objet de représailles après la guerre, il est arrêté le 28 août 1944 pour espionnage et conduit au village de Keradehuën (Ploemeur), au PC du capitaine Von Maltzahn. Violemment interrogé, il est ensuite exécuté sur ordre du capitaine, par l’adjudant Weiss. Enterré sur place, son corps est exhumé le 27 mai 1946, sur les indications de son dénonciateur allemand incarcéré à Port-Louis.
Le 2 mars 1945, un russe blanc abat un habitant de Quéhellio (Ploemeur).
Le 16 septembre 1944, Alexandre Le Nain membre de la 6e compagnie du 2e Bataillon FFI (ORA) du Morbihan commandé par Yves Le Garrec, se rend sans ordre, au bourg de Plouharnel, en portant son brassard FFI. Intercepté par une patrouille allemande, il est exécuté au Bégo, le 16 septembre 1944. Son corps enterré dans la falaise est découvert et identifié le 16 mai 1945.
Le 3 mars 1945, le caporal-chef Anielsky exécute un cultivateur de Tréfaven qui le surprend en train de voler des choux.
Le 20 mars 1945, Julien Le Levé est abattu à la sortie du bourg de Sainte-Hélène par un soldat allemand.
Le 29 avril 1945, trois soldats allemands volent des pommes de terre au cultivateur Le Bohec à Merlevenez. Surpris par ce dernier, le caporal-chef Schmidt l’étrangle à mort.
Le 7 août 1944, un violent combat oppose les troupes américaines et allemandes au lieu-dit de Beg-Runio (Quéven). Un groupe d’une trentaine d’otages qui ont été arrêtés le 4 août 1944 à Rosporden, est d’abord transféré à Quimperlé pour être acheminé par train en Allemagne. Le train se retrouve au niveau de Beg-Runio, pris sous les tirs croisés des troupes américaines et allemandes. Leur wagon, dont les portes sont verrouillées de l’extérieur par du fil de fer barbelé, est enflammé par des balles incendiaires. Des otages réussissent à s’échapper par le toit du wagon et à ouvrir les portes. Plusieurs sont blessés, certains rejoignent les lignes américaines. Neuf otages sont tués lors du combat : Mathurin Baudic de Lorient ; Marguerite Caugant (née Le Naour), Guillaume Flaouter, Jean Hémery, Jean Le Menn, Jean-Marie Porhiel, tous de Rosporden (Finistère) ; Antoine Hénaff et Jean Bernard de Quimper (Finistère) ; Manuel Gudierrer-Valladorès d’origine espagnole.
Libéré par les Américains le 7 août 1944, le bourg de Quéven est pilonné par l’artillerie ennemie et repris par l’occupant dès le 13 août. Ils pillent et incendient une soixantaine d’habitations. Le 18 août 1944, le docteur Yves Diény et le professeur René Lote qui avaient soigné les blessés américains lors des combats de la libération de Quéven, sont arrêtés et abattus sur le bord de la route conduisant à Port-Scorff au lieu-dit Men Cam. Leurs corps sont découverts le 22 août 1945 dans une fosse à Croixamus (Quéven).
Charnier de la citadelle de Port-Louis :
Le 18 mai 1945, une dizaine de jours après la reddition de l’Allemagne nazie, un soldat tchèque et un soldat polonais, incorporés de force dans des unités disciplinaires de la Wehrmacht, informent de l'existence d'un charnier. Il est découvert sous les décombres du stand de tir installé par les Allemands à l’entrée de la citadelle de Port-Louis qu'ils ont délibérément dynamité, pour faire croire à une destruction causée par un bombardement Alliés. Au cours des jours qui suivent, 69 corps sont exhumés par des prisonniers de guerre allemands.
Rapport du médecin-légiste Joseph Jaffré :
Je soussigné, Jaffré Joseph, Médecin-Légiste à Languidic, commis par Monsieur Baudry juge d’instruction du tribunal de Vannes, à l’effet de procéder à l’examen des cadavres exhumés le 19 mai 1945 de la citadelle de Port-Louis, rechercher les traces de violences, déterminer les causes de la mort et faires toutes constatations utiles. Certifie avoir rempli ma mission le 23 mai 1945 à Port-Louis.
J’ai constaté que les cadavres étaient entassés pêle-mêle, sans aucune sépulture, dans trois fosses voisines. Tous se trouvaient dans un état de décomposition très avancé. Les cinq cadavres de la troisième fosse étaient les mieux conservés parce qu’ils avaient subi partiellement une momification due à la nature sablonneuse du terrain. Par contre, ceux de la deuxième fosse, dont l’exhumation n’était pas encore terminée au moment de mon examen, étaient putréfiés ; beaucoup de leurs ossements étaient totalement dépouillés des chairs et s’étaient disloqués. Enfin les 22 cadavres retirés de la première fosse se trouvaient dans un état intermédiaire, à demi-putréfiés et à demi-momifiés. Pour tous, il semble que le décès remonte à plus de six mois et pour la plupart à plus d’un an.
Charnier du Fort de Penthièvre (Saint-Pierre-Quiberon) :
Le 16 mai 1945, neuf jours après la reddition de la Poche de Lorient, cinquante cadavres en état de décomposition avancée, sont exhumés par des prisonniers de guerre allemands, en présence du docteur Dorso, médecin légiste et du médecin capitaine Wolfrom. Les corps sont entassés, les mains liées par des fils de fer dans le dos ou sur la tête. Les corps des résistants exécutés sans jugement, dont certains agonisaient encore, sont jetés dans une galerie souterraine d’une trentaine de mètres, creusée à partir d’une cavité préexistante, de quelques mètres. Cette galerie est ensuite refermée par trois murs, distants de trois mètres les uns des autres, et séparés par de la terre.
En plus de toutes les exécutions, les soldats de l'armée allemande commettent de nombreux pillages et viols durant la période de la Poche de Lorient. Le plus souvent, ces exactions sont commises par les troupes de l’Est (Ostrupen), comme c’est le cas à Guidel en août 1944 où ils recherchent toutes les femmes qui se cachent. Des viols sont également mentionnés à Ploemeur et à Keryado. À partir de l’automne 1944, le commandement allemand de la Poche, par plusieurs sanctions et châtiments, dissuadent les troupes russes de poursuivent les femmes. Toutefois, pour les pillages, le commandement allemand ne parvient pas à vraiment les faire cesser.
Sources :
- https://maitron.fr/spip.php?article189858 ; https://maitron.fr/spip.php?mot21
- Archives nationales : Dossier 15205/5318 : crimes de guerre commis dans le département du Morbihan : Cotes : 19880016/19/2
- Leroux Roger, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch, éditeur, Mayenne, 1978
Texte et recherches de Romain Bodiou-Biglietto