Joseph Arz est né en 1925 à Baden. Fusilier marin dans la 2e compagnie, il porte le matricule 87L4
Son frère qui fait parti de la 1ère compagnie et lui, travaillaient à la ferme chez leurs parents qui ont donné naissance à onze enfants. Ils remplaçaient le mari d’une voisine qui était prisonnier. La ferme où ils travaillaient étaient à l’étang du Pomper, entre Baden et Arradon. Ils étaient 11 enfants. De la ferme, jour et nuit, ils voyaient le ciel de Lorient embrasé.
Après la percée d’Avranches, il semble que les Américains, le général Clark en particulier, ne voulait pas libérer la Bretagne car stratégiquement, ça n’avait pas d’intérêt. Il voulait aller vers l’Est et pas perdre son temps à aller vers l’Ouest. Mais Patton insiste et lui donne l’ordre de foncer sur Lorient et Quiberon. Le contre-temps entre Rennes et Vannes suffit à constituer le repli des Allemands sur la poche. En 1943 - 1944, les Allemands réquisitionnaient les jeunes de plus de 15 ans pour creuser des tranchées. C’était le STO (service du travail obligatoire) sur place. C’est l’une des raisons de leur engagement dans la résistance. Ils sont allés à la mi-août 1944 se renseigner à la caserne 505 (actuel Quartier Foch à Vannes) pour s'engager en tant que fusilier marin où ils passent une visite médicale. Ils ne commencent l'instruction militaire avec le lieutenant de vaisseau Boule q'une fois qu'ils sont suffisament nombreux. Les autres officiers d’instructions sont Le Normand, Bouette, Michaudey, Abgrall.
Leur instruction est la même qu’en 1914. Ils apprennent « baïonnette au canon » et ont des fusils Lebel. Ils manquent de tout. Sans uniforme, ils portent des casques datant de la Première Guerre mondiale.
Ils portent donc des vêtements civils (bien qu’ils aient trouvé des bleus de chauffe, mais très usés), sous lesquels ils mettent des bandes molletières. Leurs instructeurs sont durs. En arrivant, les jeunes gens sont tout de suite tondus. Ils leur font faire beaucoup de sport, nu-pied ! À cette saison, les blés et les landes étaient fraîchement coupés et ils se retrouvent avec les pieds tailladés.
Il y a deux compagnies de fusiliers, soit environ 220 hommes. Ce bataillon de marche, comme on l’appelle, était constitué essentiellement de gars de la région. Les gens de l’arrière-pays, vers Plouay ne parlaient pas français. Il y avait à cette époque une sacrée différence entre la côte et les terres.
Enfin, début octobre 44, on nous a envoyés sur le front de Lorient, « à la chataîgne » comme on disait.
On a composé une chanson sur le front sur l’air de « Auprès de ma blonde »
La 2e compagnie des fusiliers marins (bis)
A quitté Vannes lundi, à 10 h du matin
Refrain :
Montons tous en ligne
Allons-y les gars gaiement
Montons tous en ligne
Sur le front d’Lorient
Au bout de 4 semaines, la relève ne vient pas (bis)
Mais qu’est-ce que ça peut faire, nous avons du tabac
Refrain
Ceux qu’ont fait la chanson, ne les oublions pas (bis)
C’est Tintin et Quérel, et puis Taratata
Refrain
(Tintin : Corentin de Lorient ; Quérel de Belle-Ile ; Taratata : maître clairon Le Gal de Lorient)
La moitié de la compagnie (55 hommes environ) a pris place dans un car Gilet de Vannes. C’était un car à gazogène. Il fallait recharger en bois en cours de route. Le car ne montait pas les côtes. On descendait et on poussait. On a mis deux heures pour arriver à Brandérion ! Sur la route, on voyait des gens dans les villages qui s’agenouillaient et qui faisaient le signe de croix devant nous. Le reste de la compagnie est arrivé en fin d’après-midi avec un deuxième car dans le même genre.
Arrivés à Brandérion, on n’avait plus le droit de chanter. On est descendus du car et on a fini à pied jusqu'à Caudan. On avait au pied des socques de bois avec de la paille dedans. On a relevé la compagnie FTP de M. Le Bris. On est arrivés le soir assez tard. On s’est installés dans les gourbis garnis avec de la paille. Ca puait. Chacun avait un petit créneau. On n’était pas là depuis 5 mn qu’on a été canardés par les Allemands. Nos positions étaient route du bourg en direction d’Hennebont, en bas il y avait un lavoir, l’endroit s’appelle Kergoff. La prairie a été illuminée par les balles traçantes et les tirs de mortier. Les Allemands étaient super équipés. Cette nuit-là, j’avais pris le 1er quart avec d’autres gars, on a fait un quart de 8 heures ! C’était dur mais on était contents, on allait pouvoir se venger des boches, venger nos copains tués à Penthièvre et à Port Louis. On était pleins d’ardeur. On se voyait en sauveurs !
Notre équipement était dérisoire : on avait un fusil pour deux et une mitrailleuse Hotchkiss en bas de la côte. En fin d’année, un commando de 12 hommes est arrivé pour nous renforcer et nous aguerrir aussi. On était tous très jeunes et pas assez entraînés.
On faisait trois patrouilles par semaine, toujours de nuit, par sept ou huit. Le but était de rentrer dans les lignes, le plus loin possible et de faire des prisonniers. On allait jusqu’à la Maison des choux. En patrouille, on écoute surtout. On profitait des nuits sombres et venteuses, en tenant compte du sens du vent. Ca durait 2 ou 3 heures. On faisait un reconnaissance des positions de l’ennemi et de son armement.
Les Allemands étaient expérimentés, ils connaissaient bien la guerre. Ils savaient que nous non. Ils connaissaient toutes nos positions. Ils envoyaient des messages par des chiens et avaient sans doute des espions.
Pour le ravitaillement, nous n’avions que ce que les paysans nous donnaient.
Les Américains étaient environ un km en arrière avec de l’artillerie. Ils tiraient vers Lorient et la maison des choux. « Les orgues de Staline »
On attendait la relève au bout d’un mois. La 1ere compagnie a été arrêtée par Borgnis-Desbordes à Landévant, du coup, la relève n’arrivait pas. C’est la 5e compagnie FFI qui est finalement venue. On ne s’était pas lavés pendant un mois. On est partis à pied. Certains avaient des poux ou la gale. C’était fin octobre. On a rejoint le collège Saint Aubin en Languidic pour le repos. Puis on est allés à pied chez nos parents respectifs pour faire laver notre linge. Je suis allé à Baden pour 24 heures. Ma mère a lavé tout dans la nuit et a fait sécher le linge dans la cheminée. Je suis reparti à Languidic et j’y suis resté huit jours. Puis on est repartis pour Pont-Scorff à la mi-novembre.
Le PC était à la chapelle Saint-Servais, les positions, entre la voie ferrée et le Scave. Là, pour le ravitaillement, on recevait des rations K (c’étaient des rations américaines). Dedans, il y avait du bœuf en gelée, du chocolat, beaucoup de sucreries. Mais les arrivages de rations n’étaient pas réguliers, on allait aussi chez les paysans.
On allait à tour de rôle chez les paysans chercher la soupe. En octobre, les deux compagnies de fusiliers marins ont été versée au 4e RFM. Ca a été officiel au 1er janvier 45.
Le 1er janvier 45 : permission de 48 heures. Il part sur la route verglacée, la neige, à pied jusqu’à Baden où il donne son linge à laver à sa mère. Il fallait, en plus, passer par Languidic. Au retour, pour que ça soit plus facile, une de ses tantes lui donne le vélo de son mari. En arrivant vers Hennebont, il ne sait pas que la passerelle était coupée (le pont avait sauté depuis longtemps et il y avait une passerelle provisoire), il a failli tomber à l’eau.
Il reprend son poste à Pont-Scorff où il y a quelques escarmouches avec les Allemands. Ces derniers étaient privés de beaucoup de choses dans la Poche, ils manquaient de tout et surtout de ravitaillement alors ils sortaient parfois faire des pillages dans les fermes et traversaient les lignes dans les points faibles.
Quand les fusiliers sont incorporés au 4e RFM, ils reçoivent des tenues canadiennes avec un mousqueton par personne et des brodequins. Joseph reste jusqu’au 18 janvier sur le front de Lorient puis avec sa compagnie, il est envoyé sur le front de Saint-Nazaire, en camion pour La Roche -Bernard. La 1ère compagnie est envoyée à Arzal.
Les deux compagnies reviennent sur Lorient autour du 6 ou 7 mai 1945. À la libération, la 1ère compagnie est affectée au Kernevel et la 2e à la poudrière de Tréfaven pour garder des prisonniers Allemands qu'il trouve docile. Peu avant la fin, ils pensaient encore gagner avec les armes secrètes qu’ils croyaient qu’Hitler avait eu le temps d’élaborer, mais là il n’y avait aucun problème pour les garder.
Propos recueillis le 25 février 2005 à son domicile à Séné