André Aunier, capitaine commandant de la 4e compagnie du 7e bataillon FFI sous les ordres du commandant Muller - secteur de la Poche de Lorient au dessus de Pont-Scorff (du Scorff à Gestel). Né le 31 décembre 1914 à Clichy et décède le 8 novembre 2008 à Clichy. Avant la guerre, il habite à Lorient rue du Port. Puis au moment des bombardements sur le centre-ville, il déménage boulevard Joffre avant de partir sur Lochrist chez les parents de sa femme, puis à Calan où il installe son PC et y forme les gars.
Les Américains, après le débarquement, ont progressé à partir d’Avranches sur la Bretagne. Ils ont libéré Brest, puis la 64e division a continué sur Lorient. Là ils sont arrivés à Keryado et ont perdu 13 chars en quelques minutes. Ils sont repartis vers Plouay. Un campement vers Keruisseau a eu 37 tués par des batteries allemandes et du coup les Américains n’ont pas voulu aller plus loin et la Poche a commencé comme ça. Les Allemands refluaient de partout vers Lorient. La Poche allait de la Laïta à Hennebont.
On était installés dans les casemates ou gourbis et des tranchées. Les Américains étaient en arrière avec des chars. La nuit, les FFI gardaient les chars. Plus en arrière, il y avait des batteries d’artillerie. Il y avait un no man’s land d’environ deux km entre les lignes établies. Chacun envoyait des patrouilles qui se rencontraient ou non. Le PC de la compagnie était à Keryakel.
Le commandant Muller et l’avocat Le Corre sont entrés par Quéven à pied, puis cours de Chazelles, place Alsace Lorraine, et enfin la chambre de commerce où il y avait la Kommandantur. Les Allemands qui étaient présents à la libération ont été regroupés au Quartier Frébault sauf les officiers qui ont été envoyés dans le jardin du Faouëdic et les Feldgendarmes (environ 180) qui ont été envoyés dans une maison rue Pasteur. Les officiers allemands ne voulaient pas se rendre aux FFI. Les Américains sont arrivés et ont pris en charge les officiers.
Les dames qui étaient présentes pour distraire les soldats allemands ont été envoyées et retenues quelques semaines dans le château de Goulaine à Brandérion [Château de Kerlivio situé rue Geoffroy de Goulaine].
On ne peut pas vraiment parler de combats, plutôt d’escarmouches lors des sorties de patrouilles. Régulièrement il y avait des bombardements. Le contact était toujours maintenu. Il y a eu quelques déserteurs.
Avant la Poche, je suis à Plouay. Les FFI avaient ordre d’empêcher les Allemands de renforcer le front de Normandie.
Les Allemands étaient de vrais soldats. Les troupes de résistants n’étaient pas sauf exception constituées de soldats de métier. La discipline était respectée dans certaines équipes [c’est le cas de celles d’André Aunier] mais pas toujours. Par exemple, les consignes étaient de ne pas tuer d’Allemands de manière inconsidérée, en tout cas quand ce n’était pas indispensable… certains, en particulier chez les FTP, ne respectaient pas ça et il y a eu parfois des représailles pour des Allemands tués bêtement. (Nantes, Tulle,…)
Les armes sont arrivées par parachutage avant la constitution du front de Lorient. Dans ces parachutages, il y avait de tout : des armes, mais aussi des chaussures, des cigarettes… C’était trop repérable et des fois c’était détruit aussitôt. Dans l’ensemble, ils étaient bien armés même si certains produits étaient dangereux comme les fusils Sten où les coups partaient tout seuls si le fusil tombait sur la crosse ! Dans les parachutages, il y avait des grenades, des mines, des fusils mitrailleurs, du plastique pour les sabotages.
Pour les habits, à la fin, ils avaient des tenues anglaises.
Les Américains nous ravitaillaient bien en nourriture. Il y avait beaucoup de dindes surgelées, de steaks d’Argentine surgelés, de beurre de cacahuètes. Ils assuraient aussi les soins grâce à un hôpital de campagne. Ils venaient en « visite » mais n’étaient pas sur la Poche.
Il y avait aussi des réquisitions de nourriture auprès des paysans. On faisait du troc avec les Américains sur certaines denrées (les alcools notamment).
Au début on avait fait des casemates puis on a eu des baraquements à Kerviden, à côté de Plouay. Il y avait un blockhaus qui servait de prison. Le peu de véhicules que l’on avait étaient soit allemands soit américains.
Dans la résistance, il y avait deux tendances : les FTP, de gauche, majoritairement communistes, et les FFI. Il faut reconnaître que les FFI étaient favorisés pour ce qui est des armes.
En août 44, il y avait 130 hommes dans ma compagnie. Certains ne faisaient que passer. Le 7e bataillon était constitué d’officiers d’actives. La discipline était militaire ce qui décourageait les mauvais éléments. Le 7e bataillon était un ancien corps de résistance de l’Armée. Il y avait un adage : Tous les FFI ne sont pas des voyous, mais tous les voyous sont dans les FFI. Il y a eu pas mal de morts sur ce 7e bataillon : 147 sur les 600 hommes qui y sont passés. Dans ma compagnie, il y a eu douze morts, la plupart par des éclats d’obus.
Il y avait une bonne entente avec les Américains.
Les paras de Saint-Marcel, on avait des problèmes avec eux. Ils ont tué des gens gratuitement. C’étaient des têtes brûlées, ils étaient agressifs.
Après la guerre, André Aunier est affecté en Allemagne occupée. Il existe une association du 7e bataillon qui se réunit tous les mois au foyer du marin.
Propos recueillis le 17 janvier 2005 à son domicile au Fort-Bloqué en Ploemeur