Emilianne Mahoïc est née en 1923 à Kergreis (Lanester)
La famille de madame Mahoïc reste sur Lanester jusqu’à l’automne 1944. Ils étaient ;cinq personnes à être restées dans la ferme : sa grand-mère, ses parents, elle et une domestique de 15 ou 16 ans. À proximité de la ferme se trouvaient trois batteries de la Flak allemande (défense antiaérienne).
Quelques familles restées au Penher, venaient parfois à la ferme pour chercher à manger. On a vu l’incendie du Cosquer où il y a eu beaucoup de dégâts et de victimes.
On avait construit un abri dans la ferme.
On entendait la musique quand les sous-marins partaient alors on savait qu’on allait avoir des bombardements.
Pour le ravitaillement : on mangeait surtout du lait et des pommes de terre. On ne pouvait pas faire de potager car on n’avait plus de semences. On récoltait tout ce qu’il y avait dans la nature. Il y avait eu une bonne récolte de pommes. On allait aussi à la pêche à pied pour les rigadeaux, les bigorneaux,… ça nous changeait du quotidien. AM était avec son père dans la vasière quand le pont du Bonhomme a sauté. C’était un vrai feu d’artifice. Ils sont restés des heures couchés dans la vasière à attendre et comme l’eau commençait à remonter et qu’ils s’enfonçaient, ils sont finalement rentrés.
A un moment on a eu un petit cochon mais les Allemands l’ont su et on nous l’a volé. Pour l’habillement on réparait le plus possible car on n’avait pas la possibilité d’avoir de vêtements neufs. On faisait des manteaux avec les couvertures. On manquait de tout, par exemple pour le vélo, au bout d’un moment on n’a plus eu de chambres à air alors on mettait des bouchons dans les pneus, mais c’était pas bien confortable !
Il y avait des tickets de rationnements que l’on obtenait avec la mairie. Il fallait aller à Pen Mané ou Kergall. Il fallait un ausweiss pour passer par le moulin du Plessis. On avait de la famille à St Guénaël, on en profitait pour les voir.
Le vélo, on l’avait camouflé pour qu’il ne soit pas réquisitionné car les Russes blancs prenaient tous les vélos. On avait planqué le mien dans un tas de foin et le jour où les Allemands sont venus réquisitionner le foin, il a fallu faire vite pour le cacher ailleurs ! Les Russes étaient installés au Plessis. Les gens en avaient peur, bien plus que des Allemands.
Au moment de la poche, les Allemands ont mis un stock de munitions dans leur ferme, il a fallu que la famille parte parce que c’était trop dangereux. Ils sont partis avec quelques vêtements au Priatec, de l’autre côté des cuves, à Beg Er men, dans les anciens hangars des hydravions.
Au début, on dormait par terre sur le ciment puis on a aménagé des placards comme des châlits. On faisait la cuisine sur un trépied. Les bêtes étaient avec nous. On en a eu plusieurs de tuées avec des éclats d’obus. On avait deux chevaux. Un a été réquisitionné par les Allemands. En forçant certaines portes qui étaient fermées, ils ont trouvé quelques réserves, en particulier des bidons de savon liquide.
Il fallait se débrouiller pour tout. Il n’y avait pas de pain, pas de sucre. On faisait du café avec de l’orge qu’on grillait.
L’endroit était dangereux car un jour AM a été assommée par une « saucisse » qui avait été rabattue par un vent violent alors qu’elle était allée cueillir des petits pois dans le jardin
Au bout d’un moment, ils ont préféré partir en laissant tout. Ils ont libéré les bêtes, ils sont partis à pied avec chacun une valise : ils ont traversé l’arsenal et sont allés à Lann-Bihoué puis à Gestel. De là, il y avait des Américains. On leur a pris leurs papiers et on les a emmenés à Quimperlé puis à Pontivy pour deux jours. Là ils ont attrapé des poux, des puces, la gale… Bref c’était affreux. Ils sont partis après pour Morcantour dans les Côtes d’Armor. A Morcantour on était au paradis. Il y avait le cinéma, du pain, de la viande, … ils sont même allés chez le docteur pour une indigestion ! Pendant les quelques mois à Morcantour, ils faisaient des petits boulots à droite à gauche : agriculture, couture,…
Ils sont rentrés à l’été 45. Les Allemands avaient pas mal abîmé la maison parce qu’ils avaient même enlevé les parquets pour se chauffer. En revanche, on sait que les meubles ont été volés par les gens du coin et pas par les Allemands !
On a retrouvé une de leur vache et leur vieux cheval.
Entretien réalisé à son domicile le 31 janvier 2005 à Lanester.