Boutron Maria


Maria Boutron domiciliée à Lorient au 42 rue Ernest Hello écrit à son fils Marcel à Casablanca au Maroc

Lorient 14 juillet 1941
Mon cher Marcel. Nous arrivons de Mendon-Locoual bien fatigués car la route est longue pour nous, 7 km à pied mais cela nous change un peu. Il faisait tellement chaud que nous ne faisions que dormir. C’est très bien pour ceux qui se trouvent mais il n’y a pas comme chez nous où j’ai été seule, deux jours seulement et j’ai coucher au refuge. Comme je me sentais heureuse. C’est Pierre Covas qui me réveillait avec ses jurons, comme c’est calme à part cela. Tous les voisins et voisines me demandait des nouvelles de toute la famille. Madame Touzic et son fils sont toujours là, la mort du père va changer leur situation, de même chez la cousine Coriton qui n’a pas su garder une paire à sa soif. C’est bien maigre maintenant. Jeannette attend le fils Bourhis Tintin – assez bon pour elle, Germaine Gavache, non. Heureux ce qui ne servent pas de risée en ce moment. Que te dire mon cher Marcel. Maman ne cesse de penser à toi mais j’espère que cela est passé avec toi : c’est la destinée. Je dis à Papa tu n’aurais pas été heureux avec son monstre de tante qui l’aurait peut-être détourné de toi pour ne pas la quitter. Dans tous les cas, elle est morte pour nous. Nous n’attendons que le retour du 42 avec toute la famille. Pierrot nous a écrit aujourd’hui, toujours content, il a fait la connaissance d’un pêcheur et va souvent chez lui. Il est marié. Nous t’embrassons, Maman, Papa. Embrasse grand-mère pour nous.

Lorient le 20 juillet 41
Mon cher Marcel, nous avons reçu ta carte ce matin que j’attendais avec impatience car je ne cesse de penser à toi. Je suis très heureuse de te savoir en bonne santé ainsi que toute la famille. Comme ici nous sommes de même. Papa avait bien reçu tes bons souhaits ainsi que de Pierrot. Il était content que vous aviez pensé à lui. Aujourd’hui dimanche, nous avons fait une longue promenade du château de Kerman jusqu’à la gare routière. Tu ne reconnaitras plus ton pays. Je ne peux plus compter les bateaux avec Papa comme autrefois. Je ne cherche plus, non plus, à part cela, j’espère que tu as des nouvelles d’Hervé. La sœur d’Hazevis m’a dit que son frère se marie pour 7bre. Ils sont en colère après lui, il les fait marcher : elle où rien dit-il. Je ne sais si tu la connais, une brodeuse qui se place en ce moment et ne reste nullepart me dit-elle. Reste le plus longtemps possible vers ta Maman mon cher enfant, tu es jeune, car moi je n’ai pas hâte que vous me quittez. Tu vas rire attend l’âge du cousin Roger. C’est Maman qui serait contente. Comme la maison est calme depuis votre départ quoique nous avons un prisonnier français et un Bordelais chez nous. Ils sont très honnêtes, on ne les voit que le soir dans le quartier chacun à sa part. Monsieur Le Corre m’a demandé de tes nouvelles ce matin. Madame Jeannot est retournée au pays qui est très calme. Monsieur Domergue va tous les samedis au lundi à Locoal. Nous autres deux à trois jours seulement, toujours chargés. Ce n’est plus le sac à main, toujours celui à provisions. J’ai trouvé de bon monde là-bas, de Crach ou Plémel. Ta petite maman qui t’aime et t’embrasse.

Lorient 13 août 1941
Cher fils,
Depuis 40 jours que nous n’avons pas eu de tes nouvelles, qu’y a-t-il ? J’espère que tu n’es pas malade. Une petite carte pour nous rassurer, je t’en prie. De Pierrot nous en avons régulièrement. Mon cher Marcel, tous les jours je guette le facteur et je ne vois rien venir. Si tu savais combien j’écris en peine pour toi te sachant pourtant en famille et que tu te plais à ton travail. Je me demande si tu n’es pas malade. Dans tous les cas ne reste pas si longtemps sans nous écrire, n’importe nos tourments. Quand nous avons des nouvelles nous sommes heureux de savoir que toute la famille se porte bien. Pierrot nous console tout de même, quoiqu’il nous dît. Il fait tellement chaud ici que je deviens flemmard, il ne s’en fait pas et mange du poulet toutes les semaines. Il va avoir 20 ans demain, comme toi il sera bien loin de nous. Embrasse bien grand-mère pour nous, ainsi que toute la famille, Michèle et Bernard. Aurevoir mon cher Marcel. Maman, et papa qui t’embrasse de tout cœur.

Lorient le 7 septembre 1941
Mon cher Marcel
Il nous tarde de recevoir de tes nouvelles depuis la dernière carte datée du 1er août et ce jour celle du 25 août ou nous t’avons répondu ainsi qu’à toute la famille quoique cette fois ta carte était simple. Tu m’as fait un immense plaisir. Je regarde bien souvent tes si jolies cartes d’autrefois, où j’ai parfois le cœur bien gros, mais enfin nous sommes heureux de vous savoir en bonne santé et que vous êtes gâtés avec vos parents, espérons à de jours meilleurs. Tu as le bonjour de Boudy et Lereu, ils étaient ensemble rue Carnot. De même de Denis Hostin qu’est marié avec une de Pluvigné. La grand-mère d’Hervé est morte. Hazevis est en peine pour son garçon d’honneur. Le cousin Daniel vient nous voir mardi. Ta petite Maman qui t’aime, ainsi que Papa et t’embrasse de tout cœur.

Lorient le 20 septembre 1941
Mon cher Marcel
J’arrive du pays où j’ai passé trois jours non pas pour aller à la pêche comme autrefois, mais pour quêter de maison en maison. J’ai été un peu favorisée chez les amis mais actuellement chacun pour soi mais il ne faut pas que je me plaigne. J’ai causé à Albert Le Bail au car qui me demande de tes nouvelles. Il est sans place et voudrait bien être à Casa[blanca]. Pierrot nous a dit qu’il avait eu des nouvelles par Lavarec. Enfin de chez nous, j’ai rencontré J. Boudy avec sa femme, il tousse comme un pot. H. Morice se trouve en permission, le roi du pays Corentin. Le vol à fait du propre : on lui avait confié plusieurs colis pour des copains sur Toulon, il avait du boire du gros rouge qui tâche et tout perdu. Tu as le bonjour des fils Jouan Jean et René, J. Sonnié – Banania chauffeur. Enfin, plusieurs, ainsi que les voisins. Félix, que le courageux est toujours prisonnier. Lulu est le médecin du pays. Changement de personnel à la meunerie pour le 1er octobre, que de pleurs. Payés les locations de ta marraine. La famille Guégel m’a demandé des nouvelles de toute la famille à la prochaine édition. Ta petite Maman qui t’embrasse. Moi aussi. Papa.

Lorient 23 juillet 1942
Mon cher Marcel. J’espère que tu es en bonne santé ainsi que toute la famille, Pierrot nous donne de ses bonnes nouvelles comme ici nous sommes de même. Je me demande quand est-ce que son tour arrivera pour venir nous voir. En ce moment il y a beaucoup de marins. J’ai aperçu Le Berre avec sa fiancée mais tu sais je l’ai évité. Hervé est toujours à l’hôpital mais il va mieux. Robic depuis qu’il est partit à Paris plus signe de vie aux copains. Tu as le bonjour de Daniel Hazevis. Ils me disent qu’ils sont flemmards pour écrire mais ne t’oublient pas. Demain grande fête de Sainte Anne patronne des marins bretons, nous serions allés aussi si Pierrot était auprès de nous. Madame Chamaillard nous attendait ! Que te dire encore mon cher Marcel. J’ai bien hâte de te revoir quoique je te sais bien et tranquille. Vivement que cette maudite guerre se termine et que la vie de famille recommence, chacun à ses occupations et services mais deux mois de vacances en France pour te retaper comme autrefois cela ravirait nos cœurs brisés. Nous partons encore vers Brandérion. Madame Dehait n’est pas fâchée de notre petit voyage mais quel [Beliad] en 8 kilomètres à pied dans ce bled là il n’y a que des coucous et des chats errants. Embrasse bien toute la famille pour nous mon bien aimé Marcel ta petite Maman qui t’aime et t’embrasse de tout cœur. Dit à grand-mère de m’écrire.
Bonjour mon cher fils, j’espère que tu es en bonne santé, je t’embrasse bien ainsi qu toute la famille. Papa

1er août 1942
Mon cher Marcel, en arrivant de voyage nous avons trouvé ta carte, heureux de te savoir en bonne santé mais bien surprit que ton Parrain et ta Marraine ont été si malades nous autres qui les croyait heureux et en paix, cette nouvelle nous a peinée. Je t’assure, c’est malheureux tout de même de ne pouvoir rentrer chez soi, il est vrai que chez Roger, il y aura plus de joie et de gaîté en famille. Je leurs écris en même temps qu’à toi. Je me demande mon cher Marcel dans quelle condition que tu te trouves là-bas, vivement que la guerre se termine et que tu retournes au foyer de papa et maman. Surtout suit les conseils de ton parrain et de ta marraine qui sont si bons pour toute la famille. Voilà leur récompense. Je leurs souhaite une prompte guérison et qu’ils viennent en France goûter l’air comme autrefois. En ce moment tout est calme comme boum boum – en échange tout le monde s’en vont aux provisions cette fois chez des cousines de campagne. Elles savent vous dire les dames de ville sont bien heureuses de trouver les plouques de la campagne pour leur donner à manger, à notre tour maintenant d’en profiter. Enfin je n’ai pas à me plaindre mais il faut que je leurs trouve un tas de commissions introuvables où impossible de leurs donner notre ration. On s’en souviendra longtemps. Pas de nouvelles. Hervé toujours à l’hôpital. J’écris à Pierrot pour son anniversaire. Embrasse tante pour moi et pour le 15 août te souviens-tu ou nous étions tous en famille au pays hélas. Aurevoir mon cher Marcel, ta petite Maman qui t’aime et embrasse de tout cœur.

Lorient le 16 août 1942
Mon cher Marcel. Nous attendons tes nouvelles. Ces jours-ci, nous avons pensé à vous tous pour la fête de ta marraine, qui nous espérons est à peu près guérie ainsi que ton parrain. Heureusement que nous avons eu des amis qui sont venus passer l’après-midi avec nous et m’ont offert un magnifique bouquet. Hélas personne de la famille comme tant d’années mous la fêtions au pays en même temps que l’anniversaire de Pierrot qui me dit qu’il conservait toujours un drôle de souvenir ? Toutes ces joies ont disparu nous n’attendons que votre retour dans de bonnes conditions car Hervé a été libéré mais malade. Il est venu nous voir aussitôt de cela 8 jours, il se sent mieux m’a dit sa tante aujourd’hui. Enfin mon cher Marcel pas de nouvelles pour cette fois depuis quatre mois pas de bombes. On trouve très drôle ce silence surtout que les nuits sont belles. Je pars demain vers Brandérion encore, le besoin oblige. En attendant la joie de te lire mon cher Marcel, ta petite Maman t’embrasse de tout cœur. (Tu as le bonjour des copains).
Bonne santé à toi et toute la famille, mon cher Marcel, je t’embrasse de tout cœur. Papa

Lorient le 7 septembre 1942.
Mon cher Marcel. J’ai reçu ta carte datée du 24 août il y a huit jours. J’ai été au pays où j’ai rencontré Vincent Hervé en perme. Il m’a donné des nouvelles de Pierrot, il se porte bien mais son tour n’arrive pas vite pour venir nous voir. Le Bouif était aussi ainsi qu’Alexis Jouan de Kerfouchef. J’ai mangé chez Marie Aimée Morice où elle me disait que Jean devait venir en perme, il n’est pas « verni » non plus. Tu as le bonjour de Jean Sonnié qui vit aux crochets de ses parents. Jean Dano est toujours en traitement. Pierrot Rouzic est dans un bled malade, sa mère travaille avec les Allemands à la petite falaise éplucher des patates. Jeannette et Germaine tiennent un débit à Carnac. Un de ses jours il sera fermé, les deux poteaux de Marie Aimé font valser les pots de peinture sur leurs figures. H. Maurice est toujours à Toulon, Marcel secrétaire à la mairie et Jacques apprenti boulanger avec Julien et Pierre Covas. Miaour dégoûté de la vie quand il n’y a plus à boire toujours le même, son frère toujours en activité. Jean et René Jouan sont en vacances. Louis Priol m’a demandé de tes nouvelles ainsi que les voisins et voisines. J’ai été heureuse de me retrouver dans la petite chambre où il se trouve vos souvenirs de votre jeune temps. Espérons mon cher Marcel que cela reviendra. Nous attendons ton café s’il arrive, cela nous fera plaisir provenant de toi surtout. Allons bon courage et bonne santé en attendant le plaisir de te lire. Nous t’embrassons de tout cœur. Maman.

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