Magdeleine Guerroué (1923-2017) vit à Lorient pendant l'occupation allemande. Elle travaille jusqu'en 1939 au Nouvelliste du Morbihan pour la loterie nationale. Ce service ferme à cause de la guerre. Elle travaille ensuite comme secrétaire comptable au magasin Corbière jusqu'en 1942. Elle se marie le 9 avril 1942.
Le 18 juin ordre a été donné de mettre le feu à toutes les cuves de carburant de Lorient et Lanester. Le soir c'était fait et Lorient était envahie de fumée noire.
Ma mère a accueilli chez elle pendant quelques jours des réfugiés arrivant du Nord de la France, le temps que le bureau, créé pour ça, leur trouve un logement. Ils iront sur Pontivy.
Les Allemands sont rentrés dans Lorient le 19 juin (1940). Tout le monde les attendait par Vannes mais ils sont arrivés par Quimperlé. Mon père est rentré pour manger le midi à la maison [rue Paul Guieysse] et il nous a dit de fermer toutes les fenêtres, portes et volets et qu'on aurait bien le temps de les voir. Il nous a dit " les Allemands arrivent par Quimperlé, ça se bat aux cinq-chemmins. Va travailler mais ton patron va sûrement te dire de revenir.
J'étais impressionnée de les voir avec leurs uniformes.
L'après-midi chez Corbière, j'ai dit la même chose à mon patron. Il ne me croyait pas. Au même moment, les Allemands sont entrés dans le magasin et ont réquisitionné tous les tissus blanc pour les mettres sur les kiosques, sur l'église Saint-Louis, pour dire aux gens que la ville s'est rendue. Ma voisine avait la porte de son vestibule ouverte et son fils est vite rentré dans la maison pour ne pas se faire arrêter.
Ils ont arrêté les marins à l'arsenal et les ont envoyés dans un champ à Keryado. Quelques heures après, toutes les pancartes de la ville étaient en allemand. Ils ont instauré le couvre-feu à partir de 21h00.
Ils achetaient tout et n'importe quoi pour envoyer dans leurs familles en Allemagne. Maman ne voulait pas leur vendre quoi que ce soit [magasin de chaussures et de sabots pour enfants]. Alors elle a vidé son magasin et à tout caché à la maison. Quand elle allait chercher de la marchandise dans d'autres villes, elle prévenaient les clients en cachette pour pas que les Allemands soient prévenus.
Les Allemands ont dépouillé tous les magasins, surtout la nourriture. Il y en a même qui sont morts d'avoir trop mangé. En face de chez nous, il y avait une boucherie, ils ont mangé les saucisses crues.
Mon père travaillait à la poste, pose et entretien des téléphones. Il avait un ausweiss.
Les Allemands ont commencé à réquisitionner les belles maisons pour y loger les officiers. Sur ces maisons, ils construisaient des terrasses pour y placer les canons de DCA. Il y en avait un près de chez nous. Ils allumaient les phares pour abattre les avions. Lors des bombardements, il ne fallait pas sortir. Des bombardements le jour et la nuit, surtout la nuit. les Allemands ont aussi réquisitionné les maisons datant de loin qui sont sur le quai des Indes. Bien sur avec les meubles. Je ne sais pas si les propriétaires restaient dans une partie où s'ils partaient.
parfois on pouvait être arrêté en ville par les Allemands qui demandaient les papiers. On devait toujours faire atention à ce qu'on disait, à certains gestes, on ne savait jamais qui était à côté de nous. c'était très dur.
Un train plein d'Allemands qui rentraient chez eux en Allemagne, est bombardé. Mon père nous a raconté qu'il y avait des corps partout et aussi des cadeaux qu'ils ramenaient à leurs familles.
Ils ont commencé à construire la BSM rapidement. Des ouvriers allemands, les Todt, sont venus. Ils avaient des uniformes différents des soldats. Mais il y avait aussi beaucoup de Français. je me souviens des défilés de camions remplis de sable, de cailloux, de rochers.
La vie a continué avec les Allemands.
Mon mari était élève à l'école des cadres de l'arsenal. L'école est transférée près de Nantes à Indret. On est parti s'installer là-bas en 1942. En janvier et février 1943, nous entendons les bombardements sur Lorient et la porte tremble. Je me met à pleurer en pensant à mes parents restés là-bas. À la fin des études, on se réfugient sur Pontivy car Lorient est détruit. Mon mari travaille à l'arsenal de Lorient et prend le car le lundi matin et revient sur Pontivy le vendredi. Stosskopf était vraiment mal vu. Mon mari me racontait ce qui se passait à l'arsenal quand les Allemands venaient surveiller et contrôler.
Les tickes de rationnements pour la nourriture, les vêtements, le charbon, le café. Il y plusieurs catégories de tickets : pour les enfants jusqu'à 6 ans, de 6 à 12 ans, pour les jeunes gens jusqu'à 18-20 ans. une ration en plus. je faisais partie de cette catégorie. Les travailleurs de forces avaient des bons en plus. Au début de notre mariage, nous avions 40 grammes de viande par jour chacun. le marché noir a commencé avec les cultivateurs et les bouchers.
Mon cousin, Roger Hourdin, était résistant. Originaire du Calvados, il s'installe près de Lorient avec ses parents. Il travaillait dans les chemins de fer à la gare de Gestel. Il entre dans la résistance en octobre 1941. Il habitait rue Étienne Dolet. Recherché par la Gestapo, il a pris un train pour l'Espagne pour rejoindre l'Angleterre en avril 1943 et ne prévient pas ses parents quand il part. Il a fait de la prison en espagne et ensuite est allé en Angleterre par le bateau. Il avait 18 ans. Il a fait passer un message sur radio Londres pour dire qu'il était bien arrivé.
Je me souviens d'un commerçant de Lorient que je connaissais bien, un mercier, monsieur Kahn, charmant, très gentil, aimable. Il avait son commerce dans la rue du Morbihan. On a su qu'il était juif le jour où on l'a vu sortir avec une étoile jaune. Je me suis dit maiis pourquoi il met ça. Il a répondu qu'il était obligé de le mettre parce qu'il était juit. Il partait l'étoile jaune. Un jour il est partie et on ne l'a jamais revu. On ne savait pas pour les camps. On a su après la guerre.
Après la guerre, mon mari a continué sa carrière à l'arsenal de Lorient.