Témoignage d’Émile Le Du paru dans Le Petit Journal des Années 40 ralatif à la défense passive, non daté
C'était la drôle de guerre et j'avais 15 ans.
Avec un de mes frères, j'habitais à Lorient chez un oncle qui a l'enseigne Chez Job - Aux Quatre vents, tenait un café - jeux de boules, fréquenté notamment par les marins de la Royale. Aussi, tout naturellement, avient-ils débaptisé le café en l'appelant le Fayot Club.
Ancien fusilier-marin de 14-18, mon oncle n'était guerre enclin à plaisanter avec les notions de discipline, devoir ou patrie.
C'est dans ces conditions qu'étant à l'époque élève à l'école primaire supéreiure et pratique de Lorient, je m'engageai dans la défense passive. Les exercices succédaient aux exercices dans les sous-sols de la mairie.
Mais la moindre alerte me permettait de quitter la classe sous les regards envieux de mes camarades.
Pour compléter notre équipement de toile huilée, on nous distribuait des brassards à croix bleue et, sans doute que le stock en était épuisé, je fus doté d'un brassard à croix rouge qui me conférait aucune distinction ni responsabilité particulière, mais dont à seize ans je n'étais pas peu fier.
La drôle de guerre continuait ; la défense passive s'organisait, moyennant quoi le tenancier des Quatre Vents avait été nommé chef d'îlot.
Presque chaque soir, mon frère et moi l'accompagnions dans un tour de quartier où le moindre rai de lumière était sanctionné par un strident coup de sifflet.
Le père X... était particulirement récalcitrant. À notre passage, il se trouvait parfois dans ses petits WC de bois, au fond du jardin, s'éclairant avec une lampe électrique qui découpait dans la porte de bois ajourée un losange de lumière.
Au premier coup de sifflet, telle une litanie, il répliquait invariablement : Alors même plus le droit de chier ; un deuxième coup de sifflet mettait fin à la romance et nous continuions notre ronde.
C'était la drôle de guerre et le front était loin. Mais il approchait. Vint une nuit où dans un fracas épouvantable l'artillerie des bateaux de guerre au mouillage nous tira brutalement hors du lit, aussitôt relayée par la voix tonitruante de l'oncle qui tout en s'habillant à la hâte et retrouvant les réflexes du temps de guerre criait à notre intention : Branle-bas de combat, tout le monde debout !
Puis quelqu'un tambourina violemment aux volets de fer en criant : M. Quémener, des parachutistes, des parachutistes !
Un ordre bref de mon oncle m'intima de sortir ma byciclette afin que nous rejoignions ensemblke notre poste de secourd commun.
Les tirs de l'artillerie antiaérienne continuaient et la chasse aux parachutistes aussi.
Lorsque je mis le nez dehors, le spectacle des balles traçantes m'inpressionna fortement, mais la hantise des paras ne me quittait pas.
Effectivement, je distinguais en l'air des corolles blanchâtres ui, curieusement, se dissolvaient bien avant d'arriver au contact du sol. Il s'agissait de l'éclatement ds obus de DCA.
Nous partîme à toutes pédales vers notre poste de secours car il fallait exécuter les ordres et ceux-ci ne prévoyaient nullement la chasse aux paras.
----------------------------------------------------------------------------------------------------
Témoignage du 7 novembre 2000 d'Émile Le Du relatif aux prisonniers de guerre allemands
Camp de Kervégant en Ploemeur
Autant qu'il m'en souvienne, c'est le camp de Kervégant en Ploemeur, qui comportait le plus grand nombre de prisonniers. De bon matin ils partaient en colonne, en direction de Lorient, en vue d'exécuter à titre principal des travaux de déblaiement.
On peut raisonnablement penser qu'ils s'en acquittaient au prix d'une nonchalance calculée.
Phénomène apparement curieux, au fil des kilomètres la colonne se délestaient de temps à autre de quelques unités. Touteois, celà n'avait ien à voir avec une quelconque évasion. En effet, une partique assez floue s'était instaurée qui permettait au responsable militaire de l'opération d'accéder à la demande d'habitants : particuliers, commerçants, entreprises etc... qui souhaitaient la mise à leur disposition de prisonniers en vue de l'exécution des travaux les plus divers. Le procédn du point de vue de ces prisonniers s'apparentait à une espèce de loterie dont l'incertitude de résultat en rehaussait en quelque sort, l'intérêt.
Aussi, au départ de Ploemeur, la perspective d'être désigné, avec en gage, un repas qui changerait de l'ordinaire, lui même agrémenté de cigarettes ou de friandises appréciés dans cet univer de disette, mettait le moral au beau fixe.
Du même coup, dans l'esprit de l'interessé s'évanouissait pour un temps, l'éventualité d'une marche fatigante souvent acompagnée d'inévitables et douloureuses ampoules.
Déjà, à Lorient les espaces disponibles avaient vu s'ériger un nombre considérable de baraques aux destinations diverses, notamment le long du boulevard maréchal Joffre. Au nombre de ces baraques fugurait le Café des Quatre vents. Jugeant que mettre du vin en bouteille constituait une tâche fastidieuse et onsommatrice de temps, le tenancier (oncle d'Émile Le Du) eut l'idée de faire appel au concours de deux prisonniers prélevés sur le groupe en provenance de Ploemeur. Nos deux gaillards, bien à l'bri des regards dans l'appentis attenant au baraquement, s'acquittèrent de cette corvée avec une efficacité remarquable. Mais le loup était dans la bergerie, et comme il était aisé de s'y attendre, nos deux cavistes ne manquèrent pas d'ingurgiter quelques lampées clandestines. Constatant leur état, et quelque peu inquiet des conséquences, le patron leur offrit illico en solide casse-croûte, qui s'avéra impuissant à camoufler les dégâts. Eu égard à la situation, le responsable du détachement, bon enfant au demeurant, se borna à quelques anodines remontrances. Sur le chemin du retour, le trajet en zigzags intempestifs avait sans doute conduit à augmenter la distanc et à alourdir les bottes.
Camp de la caserne Bisson
Un deuxième camp de prisonniers allemands avait été organisé dans l'enceinte de la caserne Bisson. Dans l'emprise même de la caserne, les llemands, durant l'occupation avaient construit un important abri antiaérien. Devant la pénurie de locaux pouvant être utilisés comme annexe, le service des domaines avait loué et réparti la surface de cet abri antre quelques commerçants lorientais. M. Musard, propriétaire de la droguerie située autrefois rue de Saint-Pierre et le tenancier du Café des Quatre Vents eétaient de ceux-là.
Pour se rendre à l'abri, il fallait longer une partie de la clôture barbelé du camp. Bien qu'à ma connaissance aucun esclandre n'ait surgit à cet endroit, c'était un parcours que les femmes et notamment les plus jeunes évitaient dans la mesure du possible. Elles craignaient en effet de subir les quolibets des prisonniers qui soit bricolaient, lavaient leur linge où faisaient leur toilette, soient se rasaient le miroir accroché aux barbelés.
Bien évidemment, le patron des Quatre Vents utilisait la partie de l'abri qui lui était dévolue pour entreposer des boissons diverses. Le s réfrigérateurs étant rares, sinon inexistants, s'étant porté acquéreur d'une vingtaine de kilos de pommes, il pensa, idée lumineuse, que celle-ci muriraient tranquillement dans l'atmosphère jugée adéquate de l'abri. À chaque visite, je caressais du regard ces pommes tentantes à l'envie. Hélas, le jour où l'on décide de s'attaquer au stock, la déception fut grande. Les pommes si convoitées étaient immangeables, elles avaient toute le goût de naphtaline contaminées par les produits entreposés par la droguerie Musard.
À quelques temps de là, mon chef de service m'enjoignit d'aller jusqu'à la caserne Bisson et de me débrouiller pour revenir avec deux soldats munis de pelle et pioche. Il désirait qu'on mette un peu d'ordre dans son jardin, fort délaissé depuis l'occupation. À environ 53 ans de distance je me revois, accompagné de mes deux prisonniers, déambulant boulevard Jofre et Leclerc. Mais, soit omission, soit de propos délibéré, l'adresse du domicile de mon supérieur ne m'avait pas été communiquée ; flanqué de mes deux prisonniers, force me fut de constater que ma seule destination possible était le bureau, où au grand étonnement de tous je pénétrai avec les deux soldats, pelle et pioche sur l'épaule.
À l'issue de la Libération de la Poche de Lorient, des prisonniers de guerre ont été acheminés au camp des Haras à Hennebont. Ils semblerait que seuls y étaient internés le général Fahrmbacher et son état-major. Pour la petite histoire, rappelons que c'est en ce même endroit, qu'en 1940, les Allemands regroupèrent des prisonniers français.