Bauerochse Ernst


Ernst Bauerochse, jeune officier allemand

Ernst Bauerochse (1925-2025)
En 1943, Ernst Bauerochse est enrôlé à l'âge de 18 ans dans la Wehrmacht. Il n’est âgé que de 19 ans quand il arrive à Lorient le 31 juillet 1944. Présent durant tout le temps de la Poche de Lorient, il est fait prisonnier à la Libération et envoyé au camp de Lann-Bihoué. Il est transféré par camion le 18 mai 1945 pour un autre camp de prisonnier dont il est libéré en 1947.

Dans la Poche de Lorient (juillet 1944 — mai 1945)

La décision quant à notre affectation.
Les cours à Bergen-Belsen se sont terminés le 31 mai 1944. Nous sommes partis à quatre pour Bernburg et nous nous sommes présentés au secrétariat du bataillon. L'aide de camp nous a dit : « Vous allez devoir faire vos preuves au front. Mais je ne peux pas vous y envoyer. Notre bataillon ne comprend plus que 19 hommes. Allez à Brunswick. Peut-être qu'on vous prendra là-bas. »

Nous étions horrifiés d'apprendre que des 400 hommes du bataillon de Bernburg seuls 19 étaient en état de combattre. Nous sommes arrivés à Brunswick un samedi après-midi, et nous avons attendu jusqu'au lundi matin. C'est alors que, là-bas aussi, on nous a dit : « Nous ne pouvons pas vous envoyer au front. Vous ne faites aucunement partie de notre bataillon. » Que nous restait-il à faire d'autre que de retourner à Bernburg, où l'aide de camp a dit : « De toute façon, vous avez un congé d'incorporation de quinze jours avant de partir au front. Rentrez chez vous ! D'ici là, je m'occupe de savoir ce qu'on fera de vous. » C'était le 6 juin 1944, jour du débarquement allié en Normandie.

L'aide de camp n'était manifestement au courant de rien et nous, nous en savions encore moins. Tout contents, nous nous sommes mis en route pour rentrer à la maison. J'ai voyagé avec mon camarade Udo F. jusqu'à Lehrte où habitaient ses parents. Nous avons dormi dans le train et aurions presque manqué la gare. C'est au tout dernier moment que nous nous sommes aperçus que nous étions arrivés. Il était minuit. Nous sommes allés chez ses parents où sa mère nous a préparé un dîner tardif. Puis, nous sommes allés nous coucher et dormir. Le lendemain matin — jour de mes 19 ans — j'ai continué ma route vers Hermannsburg. À un moment au cours de la journée, on a annoncé la nouvelle du débarquement allié. J'ai dit à mes parents. « Je veux vite rendre visite aux grands-parents et à toute la famille car on va sûrement me rappeler sans tarder et m'envoyer sur le front de l'invasion ». Cependant rien tel ne s'est produit. À mon grand étonnement, j'ai pu profiter pleinement de ma permission jusqu'au dernier jour. À la fin de la permission, j'ai dit au revoir à mes parents et je suis allé à la gare. En chemin, j'ai fait en sorte de passer près de l'école où mon frère était en classe. Je voulais si possible le revoir une dernière fois. À cette époque, il était âgé de huit ans. Dieu seul savait si je le reverrais. J'ai réussi à l'apercevoir en passant par derrière à travers la fenêtre ouverte de la salle de classe. À Bernburg, nous nous sommes présentés à nouveau auprès de l'aide de camp qui nous a dit : « Tout est réglé. Vous allez à l'Ouest » Nous nous sommes demandés ce qui était le pire, être de nouveau engagés dans les combats de repli à l'Est ou bien se retrouver sous les bombardiers américains à l'Ouest. Les deux choses nous paraissaient aussi terribles l'une que l'autre.

Vers Paris et la Bretagne.
Au beau milieu de la nuit nous sommes partis de Halle dans un long train de permissionnaires venant du front. Au lever du jour, nous avons traversé la vallée de la Fulda couverte de brouillard, direction Francfort. Nous n'avons aperçu la ville que de loin. Elle nous a fait l'effet d'être entièrement détruite. L'après-midi, le train s'est arrêté à Metz. La nuit tombait alors que nous longions la Marne pour rejoindre Paris. Peu avant minuit, le train s'est arrêté dans une gare entièrement détruite. Des bombardiers alliés avaient dû l'attaquer ce jour même pour interrompre le ravitaillement allemand. Nous avons reçu l'ordre de nous rendre dans un tunnel de l'autre côté de la gare où un train nous attendait. Dans l'obscurité nous trébuchions avec nos armes et notre paquetage sur les voies et sur les cratères creusés par les bombes. Dans le tunnel, un train à vapeur en marche était effectivement là. Nous avons poursuivi notre route. Au petit matin, nous sommes arrivés à Paris.
À la gare du Nord, nous sommes passés devant d'un groupe de soldats russes sans doute l'armée Vlassov qui combattait aux côtés des Allemands. Ils étaient assis dans un coin de la gare et écoutaient l'un d'entre eux jouer de la balalaïka. Que sont-ils devenus ? Sont-ils morts à la guerre ? Victimes de la vengeance de Staline ? Je ne sais pas. À Paris, tout semblait calme. À divers endroits avaient été installés des panneaux qui indiquaient la direction du front. Mais on n'avait pas le sentiment que les soldats allemands étaient pressés d'y aller. Nous avons remis nos papiers à l'état-major de campagne de la place et on nous a dirigés vers un hôtel. Nous avons passé trois jours à visiter Paris. Nous nous déplacions en toute tranquillité et nous avons visité ce qu'il fallait absolument avoir vu dans la mesure où cela nous était possible. L'un de nous Arthur S., un fabricant de Magdebourg, était déjà venu en temps de paix à Paris et nous servait de guide. Sans aucune appréhension, nous partions sans notre arme.
Le deuxième jour, alors que je longeais seul la Seine, l'alerte aérienne a retenti. Je me suis précipité dans une station de métro et j'ai voulu retourner à mon hôtel. À l'entrée de la gare, je suis tombé sur un soldat allemand qui m'a dit : « Vous ne savez pas qu'un soldat allemand doit toujours avoir une arme sur lui et deuxièmement qu'il est interdit lors d'alertes aériennes de traîner en ville ? » Non, je ne le savais pas. Place du Trocadéro, la veille, relativement tard le soir - après une promenade au Palais de Chaillot d'où l'on a une vue magnifique sur la Tour Eiffel et Paris - je n'étais pas monté le bon métro. Au lieu de me diriger vers mon hôtel à la gare du Nord, j'étais complètement sorti de la ville. Il faisait déjà nuit et lorsque je me suis aperçu de mon erreur, je suis descendu et j'ai fait demi-tour. Je n'ai pas été inquiété.
Las de déambuler tout seul, je suis monté le troisième jour avec l'un de mes camarades dans la coupole de l'église du Sacré-Coeur à Montmartre. De là-haut, nous avons bien profité encore une fois de la vue sur Paris et ses alentours. Puis nous sommes repartis. On nous a donné dans la soirée l'ordre de nous rendre à un endroit bien précis et de là, direction Chartres en autobus. Comme les autobus s'étaient de nouveau arrêtés dans une localité sous de grands platanes, des avions, arrivant de face, sont passés au-dessus de nos têtes dans un bruit d'enfer. Nous nous sommes dits : « Nous avons eu de la chance. Si nous avions continué à rouler, nous serions vraisemblablement morts ou encore vivants dans un fossé en bordure de route et nos autobus auraient été incendiés par les tirs des avions alliés. »
Nous sommes arrivés au beau milieu de la nuit à Chartres et nous avons pris la décision de repartir tout de suite. Nous avons trouvé un camion à gazogène de la Wehrmacht qui allait au Mans. Nous nous sommes allongés sur le bois que le chauffeur avait chargé à l'arrière pour alimenter son moteur. Nous sommes arrivés tôt le matin au Mans. Le lendemain, nous avons poursuivi notre route en train pour nous rendre d'abord à Angers, puis à Nantes et Rennes en Bretagne. Nous étions contents de voir le ciel couvert de nuages parce que nous espérions, compte tenu de la météo, qu'aucun avion ennemi ne prendrait l'air. Effectivement, nous sommes arrivés sans encombre. À Rennes, nous avons retrouvé des autobus qui nous ont emmenés en Bretagne Sud à Vannes d'où nous n'étions plus très loin de Quimperlé, où nous nous sommes présentés au quartier général du régiment d'infanterie 896. On nous y a donné l'ordre de repartir pour nous rendre dans la ville portuaire de Lorient. La base de la Marine avait été transformée en une vaste forteresse. Nous nous sommes présentés auprès du commandant du bataillon le Dr. S.

Dans la poche de Lorient
Le Dr. S. nous a reçus en disant : « Vous devez aller au front ! Ici, il n'y a pas de front ! Au lieu de cela, je vais vous occuper au mieux dans la Poche ». Ce qu'il a fait. Je suis allé à Larmor-Plage au sud de la Poche, ensuite de nouveau à la limite de la ville au Nord-Ouest devant le fossé anti-char qui entourait la ville. Une autre fois, nous nous sommes retrouvés tous les quatre dans le port à visiter les gigantesques bunkers des sous-marins dont on disait qu'ils avaient une couverture de béton de sept mètres d'épaisseur. Ensuite, on m'a attribué un groupe de dix hommes, nous étions positionnés à l'Est du port dans un bunker en béton. Mais dans l'ensemble, tout a été calme.
À une reprise, des avions alliés sont simplement passés au-dessus de nos têtes. J'ai de nouveau été transféré et je suis arrivé avec mon groupe à la gare où nous nous étions hébergés dans un bunker solide. J'avais un second qui s'occupait du groupe quand je n'étais pas là. Un soir, revenu dans le bunker, je l'ai trouvé vide. Tout le monde était parti. Quelqu'un m'a informé qu'il avait reçu l'ordre de se rendre à l'intérieur de la Bretagne pour vider un dépôt de vivres et rapatrier le contenu dans la Poche. Les indices se précisaient. L'ennemi approchait. Les chars alliés avaient percé le front de l'invasion à Avranches et fonçaient en direction du Sud et de l'Ouest. La Bretagne a été rapidement conquise. Les soldats allemands affluaient dans la Poche de Lorient. Ce dont j'ai été témoin. Nous nous trouvions au bord de la rue qui passe devant la gare et mène en ville. En gare se trouvait un train endommagé par les obus, rempli à ras bord de vivres. Là aussi, un dépôt avait été vidé. Le train avait été dirigé vers Lorient, mais en chemin il avait été endommagé par les tirs ennemis. Nous avons appris que le haut commandement allemand avait lui aussi quitté la ville de Pontivy au centre de la Bretagne pour Lorient. Et ce, de façon précipitée.
Plus tard, on nous a distribué un insigne ressemblant à celui qui avait été décerné à certaines unités qui avaient été encerclées et qui s'étaient libérées. L'insigne était porté sur la manche de la vareuse de notre uniforme. Sur l'insigne était représenté un soldat nu avec un casque, une épée, un bouclier et un bunker. Par allusion à la fuite précipitée du haut commandement de Pontivy, nous avons parlé de « l'homme nu de Pontivy ».

L'investissement de Lorient
Dans son livre Les Poches de l'Atlantique paru en allemand sous le titre Die letzten Bastionen, l'auteur français Jacques Mordal décrit ce qui s'est passé en Bretagne.
« Après bientôt deux mois d'efforts incessants, le front de le VIIe armée allemande avait été crevé à l'ouest de Saint-Lô. La brèche s'était élargie jusqu'à la mer et tout le VIIIe corps américain du général Troy H. Middleton débouchant par la route Avranches-Pontaubault s'était répandu en Bretagne. En tête, les blindés. Une division sur Brest, une autre sur l'axe Pontaubault-Rennes-Vannes-Quiberon pour couper la péninsule à sa base. Dans leurs sillages, l'infanterie. Un maquis très actif, renforcé sur la côte Nord par les parachutistes français du colonel Éon, largués au bon moment, devait leur faciliter les choses. Le départ avait été donné le 1er août. Pour le 6, les avant-gardes de la 6e DB, général Crow, tenaient les défenses de Brest sous le feu de leurs canons, celles de la 4e, général Wood, étaient au contact des avant-postes du colonel Habersang, commandant le 895e Grenadier Régiment devant Lorient.
Les unes et les autres arrivaient trop tard. À un jour près, peut-être auraient-elles pu enlever les deux ports bretons. Mais Brest avait pu, à la dernière minute, organiser une défense que le Ville corps mettra sept semaines à réduire. À Lorient également, la surprise était manquée. Il n'eût sans doute pas fallu grand-chose de plus pour vaincre la résistance de la place, mais ce quelque chose, les Américains ne l'avaient pas sous la main. L'attaque fut abandonnée.
»
Dans le texte de Mordal s'est glissée une petite erreur. La vérité est : 896.Grenadier Regiment C'était le régiment auquel j'appartenais. Quand, comme l'écrit Mordal, les Américains sont arrivés un jour trop tard à Lorient, cela n'a tenu qu'au fait que le général d'artillerie Wilhelm Fahrmbacher, auparavant commandant en chef des troupes allemandes en Bretagne, était arrivé, après une brève opération, du front de Normandie à Lorient et qu'il avait su installer de façon efficace contre les Américains, l'artillerie présente dans la ville ainsi que les canons de défense anti-aérienne. Cela a canonné pendant quelques jours, c'était dingue. Plus tard, on a dit que l'une des deux batteries anti-aériennes de 10,5 cm avait tiré en un jour 1 600 coups et qu'ensuite elle avait été détruite. Si c'est vrai, je ne peux pas le dire, mais qu'on ait beaucoup canonné, çà oui. Pourquoi les Américains sont-ils arrivés trop tard pour s'emparer de Lorient ? Bizarrement cela avait été causé par l'attaque précipitée d'un général américain.
Mordal écrit que le commandant de la 4e division américaine de blindés le General major John S. Wood : « est peut-être le plus brillant, le plus heureux, le plus efficace, peut-être aussi l'un des plus difficiles à commander » du commandement américain. Après que ses blindés eurent pris Rennes, la capitale de la Bretagne, il ne les a pas envoyés, comme cela le lui avait été ordonné, sur Lorient et la péninsule de Quiberon, mais il les a dirigés vers le Sud. Son objectif était les villes d'Angers et de Chartres. En agissant ainsi, c'est ce qu'il disait, il couperait de toute façon l'accès à la Bretagne. Mais son chef, le célèbre général Patton, l'a rappelé à l'ordre et lui a signifié par télégramme qu'il attendait impatiemment l'arrivée de la division Wood à Quiberon « y compris les villes de Vannes et de Lorient ». Wood a dû retirer l'avant-garde de ses blindés et les diriger contre Lorient. Mais ils avaient perdu un jour. Ils ont pu pénétrer au Nord en perçant le dispositif de défense de Lorient, où ils ont détruit entre autres la batterie anti-aérienne 401 de 13,8 cm sur laquelle j'ai été en position plus tard plusieurs mois durant. Cependant, les tirs allemands les ont obligés à battre en retraite. Ils ont investi Lorient. L'encerclement se trouvait très près de la ville au Nord. Mais il s'en éloignait à l'Est et à l'Ouest. Au Sud, la mer.

La défense de la Poche
À l'issue des violents combats des premiers jours, les positions allemandes et alliées se sont stabilisées. Il se disait qu'aux Américains s'étaient joints des francs-tireurs français. Des troupes de reconnaissance patrouillaient dans le no man's land entre les fronts. Du côté allemand, de temps en temps, des troupes de choc intervenaient pour s'emparer de certaines positions ennemies. Mais les Américains avaient en priorité installé de nombreuses pièces d'artillerie autour de la ville de sorte que les positions allemandes et aussi les dispositifs à l'arrière comme les postes de commandement de compagnies ou de bataillons étaient en permanence à portée des tirs américains. Qui voulait quitter le secteur nord pour se rendre en ville devait utiliser l'un des deux ponts, un pont routier et un pont de chemin de fer. Dans ce secteur, il fallait toujours compter avec des attaques surprises. Durant 276 jours et nuits, du 6 août 1944 jusqu'au 7 mai 1945, se sont abattus de façon plus ou moins intense des obus sur les positions et installations allemandes. De nombreux soldats ont perdu la vie ou la santé au front sous les obus et lors de combats incessants.
J’ai consigné par écrit ce que j’ai vécu dans mon journal. Mais, lorsque nous sommes partis en captivité, j’ai tout brûlé parce que je ne savais pas quelle utilisation les vainqueurs en feraient. Je n’ai rédigé dans le camp de prisonniers que ce que j’ai vécu durant les huit derniers jours de guerre. J’en rendrai compte à la fin de ce chapitre. Mais tout d’abord quelques autres évènements qui me sont particulièrement restés en mémoire.

Les troupes de choc
À quatre reprises, j’ai dû participer avec mes hommes à une opération avec une troupe de choc, une fois dans le secteur Ouest et trois fois dans le secteur Nord. De 30 à 40 soldats étaient engagés dans chaque opération. Notre mission consistait à percer les positions de l’adversaire et à nous en emparer. Pour diverses raisons toutes ces opérations se sont soldées par des échecs. Lors de la première mission nous avions reçu l’ordre de prendre une colline solidement fortifiée par les Américains. Notre troupe de choc était commandée par le jeune lieutenant W. La veille, nous nous étions rendus dans une ferme derrière laquelle se trouvait le front. Tôt le matin, il faisait encore nuit noire nous sommes approchés à tâtons des positions américaines. Nous sommes arrivés à un ruisseau, derrière lequel s’élevait une colline. En haut de celle-ci s’étaient retranchés les Américains qui y avaient fortement consolidé leur position. Où se trouvait l’ennemi était à vrai dire évident, mais le lieutenant a fait comme si le secteur devait d’abord être reconnu. II m’a envoyé avec mon groupe tout d’abord dans un chemin creux sombre longeant le ruisseau. Puis, il m’a fait revenir. À cet instant précis, les tirs d’artillerie et de mortier allemands, qui étaient censés appuyer notre attaque, se sont déclenchés. Quelques obus se sont abattus devant nous, tout près. Si nous étions partis à l’assaut, nos propres tirs nous auraient tués. À la suite de quoi le lieutenant W. a donné ordre a toute la troupe d’aller sur la droite. En agissant ainsi nous nous sommes éloignés de notre objectif initial. En fin de compte, nous sommes retournés à notre base de départ en faisant un grand détour. Le jour s’était levé. Il n’était désormais plus possible de remplir notre mission. En effet, le pilonnage des positions ennemies, préparation de l’attaque par notre propre artillerie, était maintenant passé. Il était temps de se replier car, à présent, l’artillerie ennemie réglait son tir sur nous.

Plus tard, un camarade m’a raconté que la troupe de choc était de nouveau passée à l’attaque et que nous avions subi de lourdes pertes. Il s’était avéré impossible de prendre la colline fortifiée.

J’ai été transféré avec ma section dans le secteur Nord, où nous nous trouvions à environ un kilomètre face aux Américains et aux Français. Un dimanche après-midi est arrivé l’ordre de lancer une opération avec une troupe de choc sur le village de Penprat situé sur le bras de mer du Scorff. Alors que nous nous approchions des lignes ennemies, le lieutenant P., qui dirigeait les opérations, a heurté en courant un fil de fer relié à une grenade qui a explosé. Il a reçu des éclats dans les jambes et dans le postérieur. Il a dû mettre un terme à l’opération.

La deuxième fois, nous nous sommes approchés en nous faufilant dans l’obscurité jusqu’aux positions ennemies. C’est alors que des tirs violents ont été échangés, auxquels ont succédé les tirs de notre artillerie censés nous appuyer, mais qui se sont abattus juste devant nous. Des soldats de la Marine qui n’avaient pas été formés aux combats terrestres ont dû aussi prendre part à des opérations avec des troupes de choc. L'un d’entre eux s’est lancé en traversant une prairie à l’assaut d’un bunker ennemi d’où une mitrailleuse faisait feu sur nous. Il a été touché et s’est écroulé. Il était impossible d’aller le chercher, nous aurions tous été tués de la même façon. Désormais, l’artillerie ennemie nous avait à l’œil et autour de nous explosaient ses obus. Nous avons dû nous replier.

Excepté un camarade, nous n'avons pas subi de pertes. Il en est allé de même lors de la troisième tentative durant laquelle on devait attaquer le village par un autre côté. Mais là aussi, nos forces n'ont pas suffi pour déloger l'ennemi. Par la suite, l'objectif de s'emparer de Penprat a été abandonné. Quelques semaines après ces opérations, j'ai été convoqué à un cours, en vue de terminer notre formation d'aspirant. Elle s'est déroulée dans un secteur tranquille de la Poche dans le secteur Ouest.

De retour dans ma compagnie, j'ai été promu feldwebel [sergent] puis j'ai pris le commandement d'une section qui a été tantôt au front en toute première ligne, tantôt retirée sur une position à deux jusqu'à trois kilomètres derrière la ligne de front. Tout est resté calme à l'exception d'échauffourées sporadiques avec des patrouilles de reconnaissance ennemies qui nous ont aussi coûté des pertes, ainsi que d'incessantes attaques surprises de l'artillerie ennemie à l'occasion desquelles étaient aussi utilisées les fameux orgues de Staline.

Le problème du ravitaillement
Le problème crucial pour nous était que nous n'avions que peu à manger. Au début, on nous disait que la Poche disposait d'un ravitaillement pour 5 000 hommes et pour quinze jours. Mais nous étions plus de 20 000 soldats et nous devions nous défendre pas pendant quinze jours, mais pendant neuf mois pleins. Heureusement, la Bretagne est riche en légumes et en fruits. C'est ainsi qu'il y avait du chou et des pommes matin, midi et soir. Comme les hivers en Bretagne sont relativement doux, j'ai pu ramasser des pommes en mars. L'un de mes livreurs, « un vieux briscard » qui avait été en Russie, ayant repéré dans un champ des gerbes de blé, en avait transporté un bon nombre dans une baraque inoccupée, puis installé un grillage tout autour et y avait accroché des pancartes avec l'avertissement « Attention, Mines ! ». Personne n'osait aller à la baraque. Lui seul savait comment s'y rendre. De temps en temps, il en sortait des gerbes, les égrenait dans un sac, moulait les grains avec une machine à café et faisait des boulettes qui étaient aussi dures que des balles de tennis. Il fabriquait aussi un sirop de pommes. Ce n'était certes pas facile à digérer, mais nous n'avions plus faim.
Un camarade du secteur voisin, sous-lieutenant de marine, avait des contacts avec le secteur Est, où il y avait plus de champs que dans le nôtre. Un jour, alors que je passais le voir, il m'a demandé : « Vous voulez un sac d'oignons ? » Bien sûr que oui. Tout ce que l'on pouvait manger était précieux. Je lui ai proposé en échange deux paquets de cigarettes étant donné que je ne fumais pas. Deux jours plus tard, j'avais mon sac d'oignons. Qu'est-ce que je pouvais bien en faire ? Mon camarade de la marine m'a dit qu'il avait fait cuire les oignons dans une poêle et qu'il les avait mangés sans rien d'autre. Mais cela ne me disait rien. Je les ai alors proposés à notre cuisinier qui les a pris contre un morceau de beurre.
Il y avait aussi des champs, dans lesquels poussaient des pommes de terre. Mais ils se trouvaient dans la zone avancée à mi-chemin entre nos positions et celles des Américains et des Français. Un beau matin, il faisait encore sombre, nous nous sommes mis prudemment en chemin et lorsque nous sommes arrivés, nous avons creusé aussi silencieusement que possible pour trouver des pommes de terre. Nous en avons ramassé une grande quantité. Le lever du jour nous a obligés à rentrer. D'autres camarades ont voulu faire de même quelques jours plus tard. Mais l'ennemi s'était aperçu de quelque chose. Il s'était caché dans les buissons au bord du champ de pommes de terre et lorsque les soldats allemands eurent déposé leurs fusils et mitraillettes et commencé à creuser, l'ennemi a ouvert le feu. Plusieurs camarades ont été touchés.
J'ai vécu cette situation lors d'une autre sortie. Mais cette fois nous n'avons eu aucune perte à déplorer. Une patrouille de reconnaissance avait découvert dans quelques maisons abandonnées de la zone avancée de ma compagnie un tas de gerbes de blé. Chacun d'entre nous a pris un couteau et un sac et nous nous sommes faufilés derrière une patrouille de reconnaissance qui devait protéger la petite localité, où nos soldats avaient trouvé le tas de gerbes. Nous avions l'intention de couper les épis et de les emporter en ville. Nous nous dépêchions de les couper, lorsque la mitrailleuse de notre patrouille de reconnaissance s'est soudain brutalement mise à tirer. L'ennemi a répliqué. Les balles sifflaient à nos oreilles. Les tirs étaient si intenses que nous avons emporté nos sacs de blé et nous sommes repliés à toute vitesse. Mais avant de commencer à couper les épis, j'avais posé ma mitraillette. Elle se trouvait trop loin pour que je puisse à la récupérer vu le feu nourri des tirs ennemis.
La situation était difficile. Mon camarade Arthur S., du poste de commandement de la compagnie arrivé sur nos positions, m'a informé que le lendemain matin, de nouveau une patrouille de reconnaissance retournerait dans la zone avancée. Je me suis joint à lui abandonnant les soldats devant les maisons où nous avions coupé les épis, j'ai continué à ramper et j'ai retrouvé ma mitraillette à l'endroit, où je l'avais posée la veille. L'artillerie ennemie avait tiré toute la nuit sur la localité. Manifestement, ils croyaient que nous étions toujours là-bas. À l'aube, les tirs avaient perdu de leur intensité. C'est ainsi que je suis rentré avec la patrouille de reconnaissance et ma mitraillette sans pertes.

Nous avons fêté Noël 1944 dans un calme relatif. Dans la nuit de la Saint-Sylvestre ont éclaté de nombreuses détonations venant des deux côtés, surtout des balles traçantes. Mais on ne tirait pas sur l'ennemi, mais en l'air. Ce fut, comme si les soldats voulaient oublier un instant cette guerre absurde, et faire quelque chose qui leur rappelait des temps passés, meilleurs et de paix.

Nouvelle mission
Peu de temps après, j'ai reçu pour mission d'aller inspecter les positions dans le secteur relevant de notre bataillon et de faire des propositions pour les améliorer. Je suis donc allé d'une base à l'autre les inspecter. Lors d'une inspection, j'ai rencontré par le plus grand des hasards mon camarade Henry O. de B., qui était simple soldat préposé à une mitrailleuse dans une compagnie voisine. Jusqu' à ce jour, il avait traversé la guerre sans être blessé. Maintenant, il partait huit jours se reposer sur l'île de Belle-Isle [Belle-Île-en-Mer] qui se trouve au Sud de Lorient devant la presqu'île de Quiberon. À son retour, il a passé un jour au poste de commandement de la compagnie dans le quartier de Lanester où il s'est pris une attaque surprise de l'artillerie ennemie. Il a reçu un éclat dans la moelle épinière et a été transporté dans un hôpital militaire. Je lui ai rendu visite. Nous n'avions aucune idée ni l'un ni l'autre de l'étendue de sa blessure. Il m'a dit ne plus avoir aucune sensation dans les jambes. Il ne pouvait plus les bouger. Nous pensions qu'il serait transporté en Allemagne avec un navire-hôpital et que pour lui la guerre était terminée.

Lorsque je suis revenu dans sa compagnie, ses camarades m'ont demandé : « Êtes-vous au courant à propos d'Henry ? » « Oui, » dis-je, « Je lui ai rendu visite ». « Non, » m'ont-ils dit « il est mort ». Cela m'a profondément bouleversé. J'ai assisté à son enterrement dans un cimetière de la Poche.

Nous n'avions qu'une liaison postale avec l'Allemagne. Pour faire savoir à nos proches que nous étions encore en vie, nous faisions virer de petites sommes par télégraphe. C'est ainsi qu'un télégramme-réponse fut la dernière nouvelle que j'ai reçue de mes parents, de mes frères et sœurs dans la Poche. Il était daté du 25 mars et disait : « Argent et courrier reçus. À la maison, tout le monde en bonne santé et tout va bien. Félicitations et salutations de tes parents et de tes frères et sœurs » Trois semaines plus tard, Hermannsburg est tombé aux mains des troupes britanniques.

Mais nous, il fallait continuer à combattre. Lorsque, plus tard, j'ai pu, du camp de prisonniers, envoyer des lettres en Allemagne, j'évoquais aussi la mort de Henry et son enterrement. Je pensais que ses parents avaient été mis au courant depuis longtemps. Mais ce n'était pas le cas. À peu près un an après sa dernière lettre, ils attendaient toujours de ses nouvelles. Il en est allé de même avec son frère aîné, tombé en Italie vers la fin de la guerre. Et maintenant arrivait la nouvelle de la mort d'Henry. Le couple n'avait que ces deux enfants.

Les huit derniers jours (30 avril — 7 mai 1945)
J'ajoute maintenant ce que j'ai noté par écrit au début de ma captivité à propos des huit derniers jours dans la Poche.

Le 30 avril 1945, l'après-midi, à trois heures j'ai été reçu par le lieutenant S. qui me transmit la surprenante nouvelle, ma mutation dans la 1ere compagnie. Cela signifiait donc, après une période de cinq mois — depuis le 9 décembre 1944 — sur la base militaire 401, boucler mes valises. Vers 22 heures, je suis arrivé au poste de commandement de la compagnie « Hackerkeller » et je me suis présenté au lieutenant K.

Mardi, 1 mai 1945
Une journée mouvementée ! À quatre heures et demie du matin je suis à Krakau, le secteur du front où 20 hommes avaient disparu dans la nuit. Grande insécurité dans tout le secteur ! Des bunkers en mauvais état, des positions en partie délabrées, une nourriture de médiocre qualité, un manque manifeste de confiance dans le commandement. L'après-midi, le lieutenant B. s'avance dans le secteur droit avec sa section de soldats du génie. Cette nuit, à 12 heures, on me transmet la nouvelle qu'à Berlin le Führer cet après-midi est tombé en combattant vaillamment. Dönitz lui succède. La nouvelle nous bouleverse. Le Troisième Reich va-t-il partager son œuvre et bientôt son destin. J'ai l'impression que cela sent le roussi. Et malgré cela, le combat continue !

Dimanche, 6 mai 1945
Derniers jours relativement tranquilles, du moins dans ma section. Lors d'une attaque surprise je m'en suis tiré encore une fois comme par miracle. Ce soir, pendant une réunion dans le « Hackerkeller » vers 21 heures soudain violente attaque surprise. Déluge de bombes sur « Breslau ». Des fantassins parlent sous le choc des annonces ennemies faites par haut-parleurs.

Lundi, 7 mai 1945
Vers quatre heures du matin, « Argonnerwald » signale qu'un homme manque. Puis je constate que tout le groupe B. a fait défection. Le matin, relève par des groupes de la 4e et de la 6e compagnie. À midi, tirs de gros calibre, puis attaque surprise avec des obus de 10,5 cm. Un mort, deux blessés gravement et plusieurs blessés légers. La situation devient de plus en plus critique. Des soldats se précipitent pendant les tirs dans les bunkers situés à l'arrière. Si cela continue ainsi, la position sera intenable.
À partir de trois heures de l'après-midi, les tirs ennemis cessent. Le soir, ce que nous supposions devient certitude : cessez-le-feu. Nous n'osons qu'à peine respirer. Ces derniers temps, le combat nous était apparu presque absurde, absurde avant tout le sacrifice de tant de bons camarades ici à Lorient, le sacrifice d'un grand nombre d'Allemands au pays natal. Et pourtant : Qu'est-ce qui nous attend maintenant ? Le mot captivité résonne mal à nos oreilles. Et chacun peine à s'imaginer ce qui l'attend.

Mardi, 8. Mai 1945
Capitulation sans conditions. Désormais, l'ennemi pose ses conditions. Le soir, remise des armes le long de la route d'Hennebont. Rencontre avec les Américains. Pas hostiles mais aussi très peu militaires. Chasse aux souvenirs !

La fin des combats
Mon transfert dans la partie Est du secteur Nord tenait au fait que dans ce secteur la discipline des troupes s'était sérieusement relâchée et que les hommes n'avaient vraiment pas envie d'en découdre. Il s'agissait d'artilleurs de la Marine qui n'avaient ni instruction ni expérience des combats terrestres. Ils avaient été amenés dans la Poche et comme l'un d'entre eux l'exprimait fort bien « reformés » en fantassins. Leurs positions étaient faites de bric et de broc, peu solides. Les bunkers de terre étaient construits de façon légère et précaire. De plus, les hommes souffraient énormément de la faim. Comme à proximité il y avait quelques paysans français, dont les vaches se trouvaient dans un pré, quelques-uns d'entre nous en avaient attrapé une la nuit et l'avaient abattue. La viande, qu'ils n'avaient pu manger, ils l'avaient enveloppée dans des toiles de tentes et l'avaient cachée devant les positions dans un champ de maïs. Je suis allé la récupérer un peu plus tard avec quelques soldats.

Les paysans avaient dû se plaindre auprès du commandant en chef du bataillon. En tout cas, il paraît qu'il aurait dit, que s'il attrape les auteurs, il les pendrait. Sur ce, les soldats s'étaient dit : « Avant de nous faire pendre, nous nous sauverons ». Dans la nuit même de mon arrivée, 20 hommes ont disparu. À la faveur de la nuit, ils étaient passés chez les Américains. Les brèches, qui étaient apparues lors de la défense du secteur, n'ont pu être colmatées avec les forces disponibles. Nous avons exigé du renfort et nous avons obtenu une section de soldats du génie expérimentés sous le commandement du lieutenant B, ce qui a eu pour effet dans un premier temps de stabiliser la situation. Mais il y a eu d'autres désertions et plus les soldats désertaient, plus les tirs ennemis augmentaient.

Désormais, les positions allemandes et même les noms de tous les soldats étaient très exactement connus de l'ennemi. Ennemi qui a installé des haut-parleurs d'où retentissaient des : « brigadier X, maintenant c'est au tour de ta position ! » L'instant d'après éclataient les obus atteignant très précisément leur cible. Cela démoralisait complètement les soldats. Le 7 mai en particulier, dernier jour des combats, nous avons subi de lourdes pertes. L'ennemi avait recours à des pièces d'artillerie de gros calibre. Certains disaient qu'il ne pouvait s'agir que de pièces d'artillerie de navires ou de l'artillerie côtière. Le dernier obus est tombé dans un arbre tout près de mon bunker. Lorsque je me suis précipité au dehors, j'ai trouvé un homme réfugié dans le fossé devant mon bunker et dont les éclats d'obus avaient arraché les deux jambes. Sans perdre de temps, nous l'avons posé lui et ses jambes sur une civière, et l'avons transporté aussi rapidement que possible vers l'arrière. Cependant, il n'a pas survécu. Cela a été la dernière chose que j'ai été obligé de faire pendant cette guerre désastreuse.

Les hostilités ont cessé peu à peu. Nous nous attendions à ce qu'arrivent d'autres offensives, mais l'artillerie est restée muette. Pas seulement une heure ou deux comme parfois auparavant, mais toute l'après-midi et toute la soirée. Peu à peu est née en nous l'idée que tout était terminé. Le lendemain, la nouvelle est tombée, la poche avait capitulé.

Capitulation et départ en captivité (7- 10 mai 1945)
Le 8 mai 1945, nous avons dû remettre nos armes aux Américains dans une prairie le long de la route d'Hennebont. Le 10 mai au matin, j'ai rassemblé pour la dernière fois ma section ou du moins ce qu'il en restait. La marche vers la captivité commençait.

Jeudi, 10 mai 1945
Capitulation de la Poche. Le matin, nous quittons « Krakau ». Vers les 11 heures, la compagnie arrive sur le lieu de rassemblement du régiment. La période de l'investissement est terminée. Les dix dernières journées ont été le point culminant de ma présence à Lorient qui au total (depuis le 3 juillet 1944) aura duré 312 jours, dont 280 dans la Poche. À 11 heures, le régiment était rassemblé près du bunker du Scorff. L'après-midi, avec l'apparition des premiers pillards, la première grande déception de la captivité. Ce n'était pas une captivité de guerre américaine, mais française qui nous attendait. Le soir, départ vers l'aérodrome en traversant la ville. Nous, les officiers, étions hébergés dans une baraque.
Lors de la traversée de la ville, nous avons été pris à partie par la population. Cette situation, nous allions la vivre à maintes reprises. Sur l'aérodrome, nous étions tranquilles. Personne ne semblait s'intéresser à nous. Nous, en tant qu'officiers, étions plutôt bien tombés car nous avons été conduits dans une baraque. Elle était certes en partie criblée d'éclats d'obus, mais nous avions au moins un toit sur nos têtes. Après notre arrivée sur l'aérodrome, nous avons été séparés des hommes du rang. Ils ont été conduits dans un autre lieu, très éloigné de nous et ils ont dû camper là-bas en rase campagne, même lorsqu'il pleuvait. Quelques-uns d'entre eux ont été envoyés plus tard dans un camp près de la localité de Kervégant [Ploemeur] au Nord de Lorient où ils ont dû déminer et déblayer les décombres de la ville en partie détruite par une attaque aérienne. On ne nous a rien donné, rien à manger. Mais nous avons trouvé dans un coin de l'aérodrome de quoi manger dans un fossé longeant la route. Selon toute vraisemblance, on avait déchargé un véhicule de fourrier et jeté les vivres dans un fossé. Dans un premier temps, aucun des officiers n'y a touché. Mais, lorsque nous avons vu qu'on ne nous donnait rien à manger, chacun s'est servi. J'ai dégotté une boîte de légumes en conserve et un peu d'huile. Dans notre baraque, il y avait un poêle et comme les murs avaient en partie volé en éclats sous l'effet des obus, nous avions du bois de chauffage. De cette façon, j'ai pu réchauffer ma boîte de légumes, versé l'huile dedans et j'ai eu quelque chose à manger.

Le dimanche 13 mai 1945, j'ai noté dans mon journal :
Nous nous trouvons toujours sur l'aérodrome. Les officiers des autres régiments se sont joints à nous les uns après les autres. Nous nous attendions à poursuivre notre marche, mais cela n'a pas été le cas. La façon dont on nous traite est correcte. On nous laisse pas mal de liberté. Nous subvenons nous-mêmes à nos besoins et vivons de ce fait vraiment bien.

Je ne sais plus précisément ce que nous avons fait. Je ne revois que notre transfert en camions le vendredi 18 mai 1945.

Témoignage extrait du livre Eine Jugend in Zeiten des Krieges (Une jeunesse en temps de guerre) - traduction de Jean-Paul Villepreux

 

 

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