Ange Coroller


Ange Coroller, fils d’agriculteur empoché à Kerlivio en Ploemeur

Je travaillais à la ferme. Jusqu’à la fermeture de la Poche, on avait 16 vaches. Les allemands en ont réquisitionné quinze pour la Poche et aussi un cheval. On n’a pas voulu partir pour conserver nos biens. Ceux qui partaient étaient pillés. Ceux qui étaient partis n’ont rien pu semer et n’ont rien eu en 45.

Les informations disaient à la radio que les Américains approchaient. On avait une radio depuis 1933. On a entendu les combats vers Quéven puis plus rien. On a attendu en croyant que les Américains allaient refaire une offensive plus tard, dans la nuit ou le lendemain mais il n’y avait plus de tirs, plus rien,… alors on a compris qu’on ne serait pas libérés.

Au moment de la fermeture de la Poche, la moisson était rentrée. On n’avait pas beaucoup de travail du fait qu’il ne restait qu’une vache. On a tout de même semé du blé, arraché des betteraves et rentré des pommes de terre.

Les Allemands n’étaient pas à Kerlivio. Il y avait parfois une chambre réquisitionnée pour un sous-officier. Il y avait des batteries à proximité.

Les contacts n’étaient pas mauvais avec l’armée allemande. Il y avait de gens de tous âges ; les Allemands avaient mobilisé large, de 17 à 60 ans ! Le problème c’était plutôt les Russes. Ils pillaient la nuit. Un Russe a même tué un paysan, un autre a volé une vache,… Il n’y a jamais eu de SS ou de Gestapo dans le secteur de Kerlivio.

Pour le quotidien, on se débrouillait. On ne manquait pas de nourriture. On fabriquait du « savon mou » avec de la soude et de la graisse. On avait de l’eau à une fontaine. Pour les déplacements, c’était à pied ou à vélo, tant que les vélos ont été en état. Les gens se connaissaient, s’aidaient, passaient un moment ensemble. Il n’y avait rien ou presque à échanger. Des pêcheurs de Groix venaient parfois chercher du cidre ou du blé mais ils payaient en argent, ils n’échangeait pas avec autre chose. On donnait un peu de l »légumes et de beurre à des gens de la ville qu’on connaissait.

On avait réussi à avoir un petit cochon. Planqué dans une cave, on l’a engraissé et abattu. On ne manquait pas de sel et on a donc pu le saler et avoir ainsi de la viande tout le temps. Les gens se voyaient le dimanche à la messe de Keryado. La messe se tenait sous l’église dans une crypte. Une cinquantaine de personnes s’y retrouvait. Il y avait encore des bureaux de la mairie à Ploemeur pour certains papiers, les papiers de ravitaillement par exemple.

Toutes les réquisitions faisaient l’objet d’un papier officiel, ce qui a permis d’être indemnisé après la guerre.

Les Allemands n’étaient pas bien nourris. Ils mangeaient des choux tous les jours. Beaucoup étaient malades. Malgré les réquisitions, ils avaient peu de ravitaillement vu le nombre qu’ils étaient dans la Poche.

A la Libération, on est allé en famille voir les Américains et les Résistants entrer dans Lorient. On a pu racheter des bêtes assez rapidement après la Libération : quinze jours après environ, car avant on n’avait pas le droit de bouger ; On est allés du côté de Pontivy. Les bêtes réquisitionnées par les Allemands étaient parquées à Lann-Bihoué. On a retrouvé notre cheval qui est rentré tout seul à l’écurie quand les bêtes ont été lâchées !

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