Erich Grote


Réponses à un questionnaire de Jean-Yves Le Lan pour la Société d’Histoire du pays de Ploemeur

Avant la formation de la poche, tous les soldats étaient tenus au bon déroulement d’un tableau de service dressé quotidiennement. Au-dessus, il y avait le tableau de garde 24h sur 24. le service des sentinelles consistait à observer constamment l’espace aérien/maritime et à signaler les incidents particuliers ou les évènements inhabituels. Un téléphoniste avait la tâche de transmettre les appels et les ordres par téléphone…

L’apprentissage et l’exercice dans la reconnaissance des avions étaient également dispensés, de même que l’exercice des armes et des engins de guerre. Chaque chef d’unité avait la tâche, dans la mesure du possible, de dispenser l’information sur la situation générale de la guerre.

Les communiqués, les ordres émanant de la brigade ou de la section, les nouvelles apprises par la radio ,étaient affichées. L’échange de courrier de chaque soldat fonctionnait bien par ce canal et permettait d’échanger des idées.

Lors d’occasions particulières, par exemple des fêtes de famille ou d’autres évènements importants, des permissions étaient accordées. Les liaisons ferroviaires entre Lorient et les villes allemandes et reour étaient sans problème. La vie pouvait jusque là être considérée comme normale.

Pendant mon séjour, j’avais l’impression qu’il y avait peu d’habitants à Ploemeur. Beaucoup de maisons à mon avis, et je ne crois pas me tromper, avaient été abandonnées et étaient vides. On a eu peu de contact avec les habitants ; on s’est respecté, les relations étaient courtoises .

Je me rappelle être allé à la mairie, juste à mon arrivée à Ploemeur. On m’a reçu amicalement et donné avec bonne volonté les renseignements souhaités.

Déjà avant la formation de la poche, mais surtout après, nous avons eu des informations – elles ne provenaient pas des environs de Ploemeur – suivant lesquelles la Résistance tendait des embuscades et pratiquait depuis quelques temps des attaques sanglantes. Nos soldats reçurent l’ordre de ne plus quitter leurs positions de combat seuls mais seulement en compagnie de plusieurs personnes. Etre attentif, c’était l’ordre suprême ; un changement s’était opéré tout d’un coup dans la population française.

Au château de Kerloudan cela a commencé de façon très paisible. En présence d’un gendarme français, on a déposé toutes les armes à feu et on s’est rendu au lieu de rassemblement du ter. Là également, rien de spécial ne s’est passé. On a séparé les officiers des hommes de troupe.

Nous, les officiers, sommes partis ensuite pour Ploemeur. Là, on a contrôlé le paquetage que nous avions en notre possession et un commando français nous a encadrés. La destination suivante était le terrain de sports de Lorient. C’est là qu’a commencé notre chemin de croix. Sur le terrain de sports, venant de toutes les directions, se concentraient les soldats allemands fait prisonniers. Des soldats français qu’on pouvait reconnaître à leur brassard passé sur leurs vêtements civils et qui étaient armés de fusils entrèrent en action. Ils surveillaient tout le terrain de sports, donnaient des ordres et disaient comment nous devions nous comporter. On dormit à la belle étoile.

Là, il fallait faire terriblement attention. On nous menaçait, on nous tourmentait et on nous volait. Pour la première fois cette pensée me traversa l’esprit, cette question : « Ets-ce que les Conventions de Genève ont été abolies ? »

Sur le chemin vers les différents camps de prisonniers, des scènes désagréables ont eu lieu. Il est ainsi arrivé qu’en entrant ou en quittant un wagon de marchandises servant au transport des prisonniers, des civils nous ont jeté des pierres ou nous ont battus à coup de ceintures de cuir sans que les soldats nous accompagnant essaient d’éviter ou d’interdire cela.

Au début de notre détention, l’état dans lequel nous avons trouvé les camps était très misérable, et la façon dont nous étions traités très inhumaine. Ce n’est que petit à petit que, manifestement, on a cherché à modifier cela. Ceci était de la responsabilité de chaque commandant de camp.

Nous souffrions tous de la faim et pas seulement les prisonniers. Par exemple, à ma libération en février 1958, je pesais 45 kg. Les Français souffraient également de la faim. Pour eux les conditions de vie à cette époque n’étaient pas simples. Mais surtout, tous étaient heureux d’avoir survécu.

Un nouveau départ était devant nous. Un proverbe dit : on ne guérit qu’avec le temps. Il faut aussi pouvoir pardonner et oublier. Avec le recul il faut comprendre la haie qui s’est propagée sur nous autres Allemands. Car en fin de compte, pendant ces années de guerre, l’Allemagne a répandu beaucoup d’injustice et de souffrance dans le monde.

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