Gabriel Battut


Gabriel Battut : 30 septembre 1940

Extrait du Journal de guerre, 1940-1944

Prisonnier de guerre, atteint par une grave dysenterie, j’étais hospitalisé à l’hôpital de la marine et mon état commençait à s’améliorer, quand un beau jour, le 30 septembre 1940 vers neuf heures du soir, la RAF fit une apparition. Elle venait depuis quelque temps assez souvent mais ne faisait pas de mal. Cette fois il devait en être autrement. Le plus dangereux pour nous c’est que nous étions en lisière de l’arsenal et que les pièces de 37 tiraient à moins de vingt mètres de nous. A l’intensité de la DCA, je compris qu’il se passait quelque chose d’anormal. Nous descendîmes dans ce qu’on peut appeler un abri, une cave avec pour toit un simple plancher.

Quelques minutes après le début de l’attaque, pendant une accalmie, j’étais sorti pour voir les effets de cette première vague. De tous côtés le ciel était en feu, de partout çà brûlait, même en plein centre de la ville. Les femmes criaient dans la rue et abandonnaient leur demeure. Bientôt des petits gosses furent emmenés avec nous. La DCA reprit de plus belle, annonçant l’arrivée d’une nouvelle vague. Cette fois ce fut terrible, nous entendions le ronflement des moteurs, puis le tir des mitrailleuses qui annonçaient que les avions volaient bas.

Soudain de terrifiantes explosions éclatèrent tout près, faisant trembler le sol et tomber les vitres. Puis la première bombe d’un chapelet tomba tout près, instinctivement nous nous entassâmes les uns sur les autres. Cà y est, la dernière pour nous ! Oui ! mais elle n’éclatera pas, on la retrouvera le lendemain dans les sous-sols. Nous avions eu chaud ! Comme je me trouvais vers le soupirail, je pris la porte sur la tête et fus aveuglé par les gravats.

A la suite de ce bombardement, nous fûmes évacués une première fois pour faire éclater la bombe, une autre fois pour de bon.

On classa les malades par catégorie, je fus reconnu malade léger et dirigé sur le camp.

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