Lucien Houé


Extraits des Mémoires de Lucien Houé « J’ai vécu et vu tout cela, journal de Guerre 1938-1948, Histoire et mémoire n°1, Archives municipales de Lorient, 2009

Il a fallu se résoudre à évacuer. Les gens fuyaient souvent sans but. Ils partaient au hasard, emportant ce qu’ils avaient pu sauver.

Pour bien d’autres, dont les maisons n’avaient pas été détruites, c’était la course pour trouver un camion, une voiture automobile.

Les tombereaux, les charrettes des cultivateurs étaient prises d’assaut et les convois chargés de meubles, literie, objets de cuisine, etc. partaient vers la campagne proche.

Beaucoup s’arrêtaient à uns vingtaine kilomètres, même moins : Pont-Scorff, Plouay, Bubry, Calan ont été les lieux où se sont réfugiés beaucoup de Lorientais, car, si certains avaient eu de la chance de trouver un véhicule pour les déménager, d’autres partaient avec des voitures à bras, des brouettes ou des voitures d’enfants.

Hélas ! Les réfugiés étaient accueillis, très souvent, selon l’humeur des hôtes.

Bien souvent, pour ne pas dire en général, on ne leur offrait qu’un coin de l’étable, le grenier au-dessus des écuries, des granges dans lesquelles plusieurs ménages cohabitaient en séparant l’espace par des armoires ou des draps suspendus à des fils.

Les plus fortunés réussissaient à louer une pièce chez l’habitant.

Cette cohabitation donnait lieu à de violentes disputes pour des peccadilles : le bruit, les enfants, les rapines. Car l’arrivée massive de tout ce monde avait réduit les réserves alimentaires.

Il était difficile, même en campagne, de trouver l’essentiel.

Les cultivateurs évacuèrent, pour la plupart en dernier, avec leurs chevaux, leurs vaches et le matériel qu’ils avaient pu envoyer.

Si les premiers temps, leurs chevaux, leurs bras, étaient bien vus, là aussi les relations se détérioraient assez vite, car beaucoup profitaient des chevaux et du matériel des réfugiés. Cela a duré deux longues années.

Tout brûlait dans le quartier de la gare où habitait notre Mamie et ses parents. Ils décidèrent de partir.

Mamie connaissait l’aumônier de la J.O.C. (Jeunesse Ouvrière Catholique), l’abbé Le Mestre. L’abbé avait un camarade curé à Plescop à qui il demanda de bien vouloir recevoir la famille Le Guen (la famille de Mamie) et le mobilier.

Grâce à Grand-père qui avait été, pendant de longues années, employé aux tramways lorientais, Mamie obtint un car qui vint un samedi après-midi pour le déménagement.

Avec le frère de Mamie, tonton Louis, nous avions démonté les meubles, fait les paquets et rempli le car de tout ce que nous avions pu y mettre.

Le car a pris la route pour Plescop qui se trouve à 6 km de Vannes, sur la route de Grandchamp.

Quant à Mamie et moi (Nous n’étions pas mariés), c’est par le train que nous avons rejoint Vannes.

Puis, de la gare de Vannes, Mamie est allée à pied jusqu’à la Maison des Oeuvres de Vannes où l’abbé Renaud, qui était le responsable, vint me chercher ; et dans sa Celtaquatre Renault, à notre tour nous avons gagné Plescop pour aider au déménagement du car.

Les parents de Mamie avaient trouvé, grâce au père Thébaut, le recteur de Plescop, refuge dans l’école privée du bourg.

Une grande chambre à l’étage et un cabinet (petite pièce au-dessus de l’escalier) avaient été mis à leur disposition.

Malheureusement, quelque temps après, les Allemands réquisitionnèrent, avec d’autres pièces de l’école dont une classe, le cabinet où dormait Mamie.

Extrait de ses mémoires écrites en 2007.

Au printemps 1943, je fus affecté du port de Kiel au bord de la mer Baltique à la base de sous-marins U-Boot de Lorient. Ma batterie comprenait environ 150 hommes. A Lorient, j’ai été intégré à la IV. Brigade de DCA marine dont le poste de commandement se trouvait au Ter. J’ai été placé sous les ordres du commandant de la 817e section de DCA marine dont le PC se trouvait au château de Kerloudan.

Lors de mon arrivée, l’Organisation Todt continuait de travailler activement à la construction du bunker du PC. Pour les téléphones nécessaires aux transmissions des ordres et pour les tables à cartes nécessaires à la conduite des combats, etc., nous utilisions, en attendant, les salles du château.

Les positions étaient réparties dans les secteurs de Ploemeur, Larmor, Lomener, Guidel jusqu’à l’embouchure. Jusqu’à la fin des travaux sur le bunker du Pc de Kerloudan, mon poste de combat à été au PC de la Brigade du Ter.

A chaque fois que la DCA était mise en alarme – ce qui arrivait fréquemment aussi bien de jour que de nuit – il fallait se dépêcher. J’utilisais donc la bicyclette pour atteindre mon poste au plus vite. Après l’achèvement du bunker de Kerloudan, des abris ont été construits dans des bunkers souterrains aux alentours du Château. L’ensemble de la position fut sécurisé par de vastes réseaux de barbelés et des champs de mines.

Après l’invasion anglo-américaine en Normandie en juin 1944 et l’encerclement de la poche de Lorient, un redéploiement de toutes les forces eut lieu pour assurer la défense. On m’a confié le commandement de la batterie 8/817 ; je devenais simultanément le 1er officier de garde du PC de Kerloudan.

Venant de la mer, des avions de reconnaissance ennemis nous survolaient fréquemment et, de la terre, nous étions pris à intervalles réguliers sous le feu de l’artillerie, qui toutefois resta inefficace dans notre secteur. Un évènement triste survint dans le champs de mines. Deux soldats de ma batterie furent grièvement blessés lors de travaux d’entretien par l’explosion d’une mine.

Au cours de la formation de la poche, la précarité des approvisionnements nous a causé bien du souci. La récolte de pommes, de carottes, de betteraves et de choux, dans les environs de Kerloudan, furent pour nous d’une grande utilité.

Ce n’est pas seulement la faim qui tourmentait chacun d’entre nous, mais aussi la fatigue morale. Les lignes de communications avec les familles vivant au pays avaient été interrompues. L’état-major ne réussissait que rarement à nous transmettre du courrier par voie aérienne. Parfois, un sous-marin à réussi à parvenir jusque nous. Cela ravitaillait la poche quelque peu.

Une chose me revient en mémoire. Cela concerne mon comptable qui possédait un petit chien. Un jour, ce petit chien gisait au milieu du champ de mines, ensanglanté et hurlant . D’un coup de fusil, je délivrai la petite bête de ses souffrances.

Une autre fois il y eut un message émanant de la sentinelle qui était de service sur une grande tour métallique construite par l’organisation Todt, et qui mesurait environ 10 m de haut. Cette tour se situait entre le bunker et le champ de mines camouflées parmi les arbres et servait à l’observation et à la transmission des ordres. La sentinelle avait aperçu une vache blessée dans le champs de mines. Il fallait faire vite. En respectant le plan du champ de mines, un de mes soldats, boucher de profession, se dirigea vers la vache, la dépeça méticuleusement et apporta les morceaux à la cambuse. Là, on prépara divers rôtis de fête pour la totalité de la compagnie.

De plus, on avait mis sur pied à Kerloudan un ensemble musical qui, du commandant au simple soldat, nous divertit et nous redonna le moral à plusieurs reprises.

Me sont également restées en mémoire quelques jeunes filles françaises qui, aux cuisines, ont accompli leur tâche de façon loyale, fidèle et cordiale. Après la capitulation, elle furent maltraitées par leurs propres compatriotes, à ce qu’on nous a raconté. Très regrettable, mais il en était ainsi à cette époque !

A la capitulation, je fus fait prisonnier le 9 mai 1945 et, tout d’abord, nous marchâmes vers le lieu de rassemblement du Ter. De là, nous nous rendîmes à Ploemeur et après une courte pause et vérification de notre paquetage, nous partîmes pour le parc des sports de Lorient. Là, nous passâmes la nuit en plein air. Le lendemain matin, notre marche nous mena au terrain d’aviation de Lorient. »

© 2018 - Site officiel des Archives et du patrimoine de la Ville de Lorient

Retour en haut