Maurice Le Diffon


Ma première impression sur la guerre fut l'arrivée des Allemands depuis quelques jours . C'était la panique. Dans le ciel de Lorient, des fumées et des flammes. C'était les citernes de Lanester qui avaient été sabotées avant l'arrivée des envahisseurs. Les gens étaient affolés, l'armée française était en déroute.

Un dernier baroud d'honneur fut organisé par l'Amiral Penfentenyo aux Cinq Chemins de Guidel. Quelques trouffions armés de fusils et de mitrailleuses se feront massacrer par orgueil de certains chefs. Les premiers allant rentrer par Keryado, ils'arrêtèrent devant les Caves Armoricaines. Ce fut une surprise de voir cette armée, car avec mitrailleuse, véhicule tout terrain, les hommes étaient habillés de treillis et bottes de cuir. Quelle différence avec nos soldats vêtus de capote datant de 1918, bandes multicolores et chaussures à clou, un vrai dessin à la Dubout !

Pendant un certain temps, ils se montraient accueillants mais bientôt, ils imposèrent une discipline de fer : couvre-feu, les lumières ne devaient pas être vues de la rue. Les Anglais venaient le soir bombarder Lorient. Il fallait descendre dans les abris ou dans les caves. La DCA tirait, les bombes tombaient. On vivait sous la terreur. Le lendemain, quand on allait à l'école, c'était des décombres, des maisons brûlées, un vrai carnage. Magré cela, les Allemands continuaient leurs travaux sur la base des sous-marins. Un jour, vers midi, un groupe d'avions se dirigèrent vers Keroman. Les Allemands croyaient que c'était leurs aviations, ne donneront pas l'alerte. Ce fut un massacre, les ouvriers furent tués et aussi beaucoup d'Allemands.

Comme tous les gosses, on était curieux : on allait voir les Allemands faire grimper leurs saucisses. C'était des ballons tenus par des câbles pour empêcher les avions de piquer sur leurs objectifs. Pour la nourriture, il n'y avait pas grand-chose, alors on allait à la gare de marchandises essayer de grapiller des choux qui tombaient pendant le chargement des wagons. Malheur à celui qui se faisait attraper : c'était un coup de pied ou bien un coup de crosse de fusil.

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