Yvette Gagne


Yvette Gagne, ancienne employée municipale

J’ai connu les tickets, à l’épicerie, on vendait du café. Il y avait des queues interminables de personnes qui revenaient par le train de Pont-Scorff. Il n’y avait plus d’eau dans la ville. On avait cuit nos pommes de terre avec du vin blanc, c’était chez le patron ? Tout le personnel était là.

Le 23 janvier, la sirène a retenti. C’est ce jour là que les Américains sont venus, ils ont largué une grosse bombe et ce jour là, ma maison a été détruite. Le patron nous a dit de partir à l’abri. C’est la première fois que j’ai vu un abri, cours de la Bôve, sous une maison. Chez moi, ma sœur a dit à ma mère je pars, viens avec moi. Elles sont allées à l’abri qui était près de la Poste. Quand elles sont revenues, il n’y avait plus rien. La maison avait déjà été abîmée par les bombes incendiaires mais là, il ne restait plus rien. Elle était dans le style qui datait de la Compagnie des Indes avec des poutres, des balcons. Rue de la Comédie, c’était des maisons anciennes.

L’évacuation à Lorient, il y a eu deux département décrétés d’office : la Mayenne et l’Indre-et-Loire. On va là où on vous dit d’aller quand on n’a pas de point de chute. On était mal logés bien sûr mais c’était mieux que chez nous où il n’y avait plus rien.

En Seine-et-Marne, le conseil général a voté une motion pour venir au secours des Lorientais, c’était le cœur qui parlait. La Seine-et-Marne le faisait par générosité.

Notre marraine à tous était restauratrice à Barbizon, le lieu des peintres, elle tenait un hôtel de réputation national. Elle emballait tout le monde et à la fin du repas, certains dimanche, elle organisait une loterie à l’Américaine comme on disait à l’époque, en faveur des Lorientais qui n’ont rien en mettant une de ses toiles aux enchères. Elle a décroché pas mal de tableaux de chez elle.

Je suis partie fin 1943 et je suis revenue fin 1946. A chaque fois qu’un problème disparaissait, il nous gardait pour faire autre chose. Il y a eu les réfugiés Lorientais et après le rapatriement des prisonniers et des déportés… on faisait toutes les choses extraordinaires. J’ai assisté à des choses terribles, je me rappelle du rapatriement des déportés. On s’occupait de leur hébergement, ils arrivaient à Fontainebleau. Il y avait les équipes de la croix rouge qui venait pour les accueillir et les envoyer dans les hôpitaux militaires. On ne voulait pas les rendre à leurs familles dans l’état où ils étaient, il se refaisait une santé.

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