Monument aux morts de Keryado


Un monument aux morts est un monument érigé pour commémorer et honorer les soldats, et plus généralement les personnes, tuées ou disparues par faits de guerre. Il en existe de plusieurs types :

  • les cénotaphes (monuments mortuaires n’abritant aucun corps), généralement dans le centre d'une ville ou d'un village, mais qui ont aussi été, après la Première Guerre mondiale, élevé dans les entreprises, les écoles, les foyers fréquentés par les disparus de leur vivant ;
  • les mémoriaux, monuments nationaux élevés sur les champs de bataille ou les cimetières militaires, abritent les tombes de soldats, parfois des centaines de milliers.

Territoire anciennement rattaché à la commune de Ploemeur, Keryado est une commune indépendante depuis le 18 avril 1901 et sera rattachée à Lorient le 1er octobre 1947. Après la Première Guerre mondiale, comme toutes les communes de France, Keryado souhaite rendre hommage à ses enfants morts pour la Patrie avec l'édification d'un monument commémoratif.

Le monument commémoratif, réalisé en 1921 est en granit extrait du sol de Bretagne. Posé sur la colonne du monument de la commune de Keryado, un buste de Poilu en bronze qui est dessiné par le sculpteur Pierre Lorenzi, issu d'une célèbre lignée de mouleurs d'art toujours en activité aujourd'hui. Le monument commémore les victimes militaires de la Première Guerre mondiale et rend hommage aux 148 Keryadins morts aux combats, dont les noms sont inscrits sur le monument, à l'origine en lettre d’or (en 2023 en rouge).

Autour du monument, posés au sol, six obus d'époque et deux crapouillots (petits canons) qui pointent vers le ciel, le tout relié par une chaîne.

Pour le maire de Keryado de l'époque, Jean-Marie Touliou, la pierre choisie est dure « comme la volonté et la résistance des enfants de Bretagne » et « Il est surmonté du buste d’un Poilu au regard fier, à l’attitude mâle : le drapeau qu’il a bravement défendu l’ombrage de ses plis ; la couronne de chêne symbolise sa victoire ; la croix de guerre et la palme avec laurier sur le socle récompense sa vaillance. Simple et sobre, ce monument est indestructible comme notre souvenir. »

Dès le 23 novembre 1918, le conseil municipal de Keryado vote à l'unanimité le lancement d'une souscription pour l'érection d'un monument dans le cimetière de Keryado à la mémoire des soldats et marins mort pour la Patrie.

Le 14 février 1920, les plans du professeur de dessin monsieur Chabert sont présentés au conseil. Le coût étant de 8 000 francs et le résultat de la souscription recueillie par le garde-champêtre Gérard étant de 2 646 francs, le maire Jean-Marie Touliou a alors lancé un appel au directeur de la liquidation des stocks à Paris, pour l'obention de trophées de guerre, canons et autres engins, qui serviraient d'entourage au monument. L'ensemble est validé par le conseil.

Un marché de gré à gré est passé le 12 mai 1920 avec les entrepreneurs keryadins de travaux funéraires François Le Moing et Francois Le Meste chargés de l'érection du monument aux morts pour la Patrie qui a été déssiné par monsieur Chabert : le monument sera fourni et posé à cinq assises de granit bleu, dit de (Guendal ?). En premier lieu, une plate-forme circulaire de 2m80 de diamètre et 0m10 d'épaisseur, le dessous au ras du sol actuel du cimetière, en béton de ciment armé et soutenue par un autre béton de chaux hydraulique et de pierres cassées de 0m20 d'épaisseur, également circulaire et du même diamètre que celui de dessus. Première assise en granit - circulaire, au diamètre de 2m, ayant 0m34 de largeur de granit tout le tour pour 0m30 de vue, les 4 centimètres de plus servant à la pose de la seconde assise ; le milieu de cette assise complété par un béton de chaux hydraulique et  pierres cassees et le tour en granit formé de six pièces. Les 2e, 3e et 4e assises, de granit et au carré de 2 pièces chacune et formant le plein, les joints à l'applomb et au milieu en se découpant à chaque assise ; à la 3e assise, une plaque de marbre de 0m75 x 0m25 et 0m02 d'épaisseur, sera scellée dans le bloc, partie encastrée et partie en saillie, sur la face principale du monument.
La 5e assise ou stalle, en une seule pièce, avec deux plaques de marbre à chaque face ; les grandes de 1m47 x 0m36 et 0m02 d'épaisseur, et les petites de 0m36 x 0m08 et même épaisseur, scellées également dans le bloc, dans les mêmes conditions que pour la 3e assise. [...] La pose des attributs et des pylones, si ces fournitures sont en métal seront à la charge de la commune. le marché stipule que la livraison devra avoir lieu au plus tard en mars 1921.
Pourtant, le 12 mai 1921, le maire de Keryado écrit au préfet car la municipalité n'a toujours pas reçu d'arrêté autorisant l'éxcution des travaux et approuvant le marché. Une deuxième souscription a été lancée et récolte 1 700 francs supplémentaires. S'ajoute une subvention du département de 1 400 francs.

Le 18 juin 1921, le sous-préfet de Lorient écrit au maire de Keryado afin que celui-ci lui fournisse au plus vite, suite à la décision municipale prise par le conseil le 28 mai 1921 d'acheter un buste de Poilu (casqué et arborant la Croix de guerre et regardant fièrement vers l'horizon), une Croix de guerre et une palme que la commune souhaite apposer sur le monument, le devis estimatif afin qu'il puisse approuver la délibération. Le 22 juin 1921, le préfet du Morbihan, informe la commune qu'il a approuvé le devis de 1 602,05 francs. Les trois éléments sont fondus à la fonderie d'art du Val d'Osne (83 boulevard Voltaire à Paris) à partir d'un moule qui permet de tirages en série. Le buste est l'œuvre du sculpteur Pierre Lorenzi dont l'atelier est situé rue Racine à Paris. La société anonyme des Fonderies & ateliers de construction du Val d'Osne proposait quant à elle dans son catalogue édité en 1921, plusieurs bronzes commémoratifs dont deux versions de buste de Poilu dessiné par Lorenzi. Si les format sont indiqués, en revanche, le poids n'apparaît pas. Les bustes existent en deux tailles chacun. Sans drapeau : 0,90 ou 0,70 mètres de hauteur pour 0,330 x 0,250 ou 0,260 x 0,205 mètres de largeur ; avec drapeau : 1,30 ou 0,90 mètres de hauteur pour 0,330 x 0,250 ou 0,260 x 0,205 mètres de largeur. Avec Keryado, c'est près de 100 communes françaises qui vont choisir pour leur monument aux morts l'un où l'autre des bustes de Lorenzi : Barberey-Saint-Sulpice (Aube), Miniac-Morvan (Ille-et-Vilaine), Plouëc-du-Trieux (Côtes-d'Armor), Cavan (Côtes-d'Armor), Loguivy-Plougras (Côtes-d'Armor), Auneuil (Oise), Saint-Fraimbault (Orne), Pervenchères (Orne), Dracy-le-Fort (Saône-et-Loire), Le Pin-au-Haras (Orne), Rully (Saône-et-Loire), Vindecy (Saône-et-Loire), Chemazé (Mayenne), Saint-Étienne-lès-Remiremont (Vosges), Cubrial (Doubs), Escoussens (Tarn), Le Tél (Tarn), Acquin-Westbécourt (Pas-de-Calais), Amancy (Haute-Savoie), La Chapelle d'Abondance (Haute-Savoie), Avenas (Rhône)...

La cérémonie d'inauguration a lieu à Keryado le 31 juillet 1921, à 10h00 du matin, le même jour que pour le monument aux morts de la commune de Ploemeur, en présence du député du Morbihan et surtout du sous-secrétaire d’État à la marine marchande et aux pêches, Alphonse Rio. Pour l’occasion, le maire invite les habitants de Keryado à pavoiser leurs habitations. Ce jour-là, une messe est célébrée à 8h00 du matin dans l’église paroissiale Saint-Joseph en bois (La Cabane) située rue Pierre Huet, par le recteur de la paroisse l’abbé Rio. Selon la presse de l’époque, l’état délabré de la pauvre église « a évoqué, à l’esprit de beaucoup, ces humbles sanctuaires du front que fréquentèrent souvent ceux-là même dont on commémorait l’héroïsme. » Un cortège d’automobiles arrivent à la mairie de la rue de Belgique (anciennement rue de Brest) à 9h17. Alphonse Rio y est accueilli par le maire Jean-Marie Touliou entouré des membres du conseil municipal de Keryado. De nombreux notables de la région ont été invités : Pierre Guillemant (préfet du Morbihan), contre-amiral Pierre Delzons (préfet maritime de Lorient) ; Pierre Bouligand, Ernest Lamy, Paul Maulion, Maurice Marchais, Victor Robic et Alphonse Sévène (députés du Morbihan), Albert Mony (sous-préfet de Lorient), Edouard Labès (maire de Lorient), Louis Guyomar (maire de Guidel), Théophile Guyomard (maire de Pont-Scorff), Julien Moëllo (maire de Quéven), Camille Herwegh (directeur des forges d’Hennebont), René Herscher (commandant des sapeurs-pompiers de Lorient)…

La clique des Enfants de Lorient sonnent Aux Champs après quoi les officiels pénètrent dans la mairie pour écouter un discours du maire de Keryado.

Alphonse Rio, après avoir remercié le maire pour son discours élogieux, s’adresse à François Le Darz (jeune Keryadin domicilié 185 rue de Belgique) pour le féliciter d’avoir sauvé la semaine précédente deux enfants de la noyade au péril de sa vie et lui remettre la médaille du sauvetage et le diplôme qu’il signe devant lui.

À 9h30, précédé de la Clique de la société de gymnastique Les Enfants de Lorient, des enfants des écoles de Keryado, de drapeaux de délégations d’anciens combattants de Keryado, Quéven et Lorient, Alphonse Rio entouré par le maire Jean-Marie Touliou et son adjoint Jubin, prend la tête du cortège en direction du cimetière. Pour l’occasion, une estrade décorée de tentures tricolores et de feuillages y est installée. Une fois au cimetière, après le dépôt des couronnes offertes par la section de l’Union des anciens combattants de Keryado et la municipalité, et d’une gerbe envoyée par l’UNC de Lorient, les enfants des écoles entonnent la cantate de Victor Hugo Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie. Puis après un appel à l’Union Sacrée perpétuelle de Jean-Marie Touliou qui voit le monument comme une consolation, une fierté pour laquelle chacun pourra se dire que c’est celui « du fils, de l’époux, du père qu’il pleure toujours… et le témoignage de sa vaillance. » Ensuite, il prononce le nom des 148 morts de Keryado. Après chaque nom prononcé, deux anciens Poilus keryadins (monsieur Le Caignec domicilié à La Périnière et Antoine Esvan domicilié à Kerlir) clament Mort au champ d’Honneur.

Pierre Bouligand, Ernest Lamy et Alphonse Rio prennent successivement la parole. Pour Alphonse Rio « le monument de Keryado perpétuera les noms de ses enfants et restera le fidèle témoin de leur sacrifice. Il évoquera une époque douloureuse de notre Histoire, la guerre la plus affreuse que le monde ait connue. » La cérémonie achevée, un vin d’honneur au champagne est offert dans une des classes de l’école des garçons. Le temps de cérémonie étant très court, la municipalité précisera par voix de presse qu'elle a été contrainte de faire le choix de ne pas inviter le clergé pour une bénédiction du monument aux morts.

Puis à midi, une centaine de convives se retrouvent au Courrier Fidèle pour un banquet sous la présidence du député Maurice Marchais. Le banquet est organisé par la section en formation de l’UNC de Keryado présidé par monsieur Duparc. Les autres membres du bureau de ce comité sont messieurs Robic, Mahé, EÉen, et Jubin. Tous les membres du conseil municipal de Keryado et du comité de l’UNC sont présents ainsi que le commandant des sapeurs-pompiers de Lorient René Herscher (inspecteur départemental des sapeurs –pompiers du Morbihan).

Au moment du dessert, les invités ont pu déguster des gâteaux au kirsch provenant de chez monsieur Jubin (adjoint au maire).

Le monument rend également hommage aux combattants de la Seconde Guerre mondiale.

Le monument fait l'objet d'une rénovation complète au cours de l'été 2023. D'un côté, une re-colorisation de la chaîne, des obus et des crapouillots qui perdent ainsi leur couleur terre cuite au profit d'un gris clair. Le buste en bronze, jusque-là colorisé comme les obus notamment, est quant à lui, repeint en gris anthracite. La palme bénéficie d'un autre traitement et trouve ainsi un éclat Or, alors que la Croix de guerre, située juste au-dessus de la palme, retrouve la patine naturelle du bronze. L'ensemble perd sa couleur terre cuite et gagne ainsi peut-être en sobriété.

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