École d'Art de Lorient


Une première école est créée en février 1769, à Lorient. À partir de 1914, l’école fonctionne de pair avec l’école de musique jusqu’en 1940. Sont uniquement dispensés des cours de modelage et de peinture le soir et le samedi après midi.
Après la reconstruction, la poursuite d’un enseignement artistique est envisagée dès les années 1950, avec les cours d’initiation artistique, identiques à ceux délivrés avant la guerre, à l’initiative de M. Couliou (décédé en 1995) et de Claude Huart, professeurs au lycée du Puy de Lôme. Dans un premier temps, sa réouverture doit se faire avec celle de l’école de musique.

Des courriers sont envoyés aux établissements scolaires (collèges et lycées) de Lorient afin de signaler la création de la nouvelle école et de déterminer un nombre d’élèves susceptibles d’être intéressés par les cours d’initiation plastique. Parmi ces établissements figurent l’Institut Saint Louis, l’école nationale de musique de Lorient ou encore le collège moderne et classique de jeunes filles à Lorient.
L’école est finalement ouverte le 6 novembre 1961 après délibération du conseil municipal du 4 novembre 1961. L’école s’installe dans l’ancienne école primaire désaffectée de Lanveur, rue Comtesse de Ségur. Un petit local autrefois affecté au service des eaux est également récupéré impasse Enfantine. La municipalité alloue des crédits pour les besoins matériels. Les disciplines enseignées sont le dessin, la peinture, la sculpture et la céramique puis à partir du 1er mars 1962, l’architecture.

Selon Yves Pigrée, avocat du barreau de Lorient, il y a 300 inscriptions pour l’année 1961/1962, dont 250 réguliers. À l’ouverture, il y a un directeur et neuf professeurs à temps incomplet dont M. Le Goff et Jean-Paul Jappé, qui enseignent jusqu’en 1963. La création d’un poste de directeur à temps complet est créé pour l’année 1963/1964, ainsi que trois postes de professeurs à temps complet pour M. Paul Quatreveaux, Gérard Gautron et Yves Oternaud. M. Pirioux et Pernès font également partie de l’encadrement pédagogique.

À la rentrée de 1963, 83 élèves permanents sont inscrits, ainsi que 200 personnes pour les cours du soir. Dans son rapport d’inspection de juin 1963, l’Inspecteur général de l’Enseignement artistique, Daniel Octobre indique : « le sort cette école est entre les mains de sa municipalité .»

Le règlement organique de l’école municipale des Beaux-arts précise dans le chapitre 1, article 1 que l’école avait pour objet :

" - Dans le cadre d’une école de plein exercice :
La préparation au CAFAS
La préparation aux grandes écoles
La préparation aux métiers d’art
La préparation au diplôme de commis d’architecte.

- Dans le cadre de l’enseignement artistique d’agrément
L’étude du dessin, de la peinture, de la sculpture, de la céramique.

- Dans le cadre de l’enseignement professionnel
L’étude du dessin d’architecture. "

Article 2 : " L’École municipale des Beaux-arts est un établissement d’enseignement public communal fonctionnant sous la surveillance du Ministère des Affaires culturelles et conformément aux lois en vigueur et aux règles édictées par le présent règlement. Les recettes et les dépenses de l’Ecole seront décrites dans des comptes inscrits au budget de la ville. L’école est installée dans l’ancienne école communale de Lanveur rue de la Comtesse de Ségur. "

Article 3 : " L’École est administrée par le conseil municipal assisté de la commission de l’enseignement et des Beaux-arts. "

M. Octobre encourage l’école à augmenter le nombre d’heures d’enseignement afin de préparer le Certificat d’aptitude à une formation artistique supérieure (CAFAS) et le diplôme de commis d’architecte, délivré après 2 ou 3 ans d’études. Le CAFAS est délivré entre 1954 et 1973.

Parmi les arguments avancés pour délivrer des diplômes, Maître Pigrée insiste sur l’absence d’école d’art dans le département, obligeant les personnes intéressées par ces études à aller à Quimper, voire Rennes ou Nantes. L’extension est également motivée par l’importance démographique de la ville et du pays et le souhait de celle-ci de rehausser son prestige artistique. Pour la circonstance, M. Huart, directeur de l’école, établit un programme des réalisations à faire, un budget prévisionnel et liste les besoins matériels et en personnels.
Une subvention de 3550 francs pour le fonctionnement et un crédit de 1000 francs pour l’acquisition des moulages sont accordés par le département du Morbihan.
Cette extension permet à l’école de passer en 2ème catégorie, par arrêté du 9 décembre 1965 et de recevoir une subvention de l’État, subvention destinée à la création d’une nouvelle école. L’école a ainsi la possibilité de préparer au Diplôme national des Beaux-arts (DNBA), diplôme en vigueur depuis le décret n° 56-824 du 11 août 1956.

À la rentrée de 1964, 81 élèves permanents sont inscrits : 44 en arts plastiques et 37 en architecture.
Dans son rapport d’inspection pour l’année 1963/1964, Arthur Fages juge les locaux insuffisants, mais il met en avant la qualité des professeurs, à savoir M Quatreveaux pour le modelage, la sculpture et le croquis, M Oternaud pour la décoration, M Bourhis et Gefflot respectivement pour la décoration plane et la décoration volume, M Pirioux et Jacquin pour l’anatomie et la perspective, ainsi que M Huart pour les cours d’histoire de l’art. 83 élèves permanents dont 42 en arts plastiques et 41 en architecture, 80 enfants en cours du jeudi et 100 adultes en cours du soir constituent l’effectif de l’année 1964/1965. 10 étudiants sur 14 sont admis à l’examen du CAFAS dont 8 obtiennent la mention AB.

Dans son rapport d’inspection pour l’année 1964/1965, Arthur Fages estime les bâtiments trop exigus. Parmi les professeurs à temps complet figurent Claude Huart (en plus de sa fonction de directeur), Paul Quatreveaux (16h), Gérard Gautron (12h), Yves Oternaud (16h). Quant à Jean-Jacques Le Bourhis (8h), Albert Baudeau (4h d’architecture), Camille Gefflot (7h), Henri Jacquin (5h), Henri Joubioux (7h), Robert Pernès (7h) et Maurice Romualdo Hautefage, Jacques Pronost (4h chacun en architecture), ils ont un temps d’enseignement incomplet. Une exposition des travaux des étudiants et des cours du soir et du jeudi est organisée dans des salles du musée de l’Hôtel de ville. L’école connaît rapidement une forte demande et doit mettre en place un examen d’entrée pour la rentrée 1965, refusant certains candidats. Lors de la première année de délivrance du CAFAS en juin 1966, sur douze admissibles, huit sont reçus dont un avec mention assez bien. Les examens, bien qu’effectués à l’école de Lorient, sont jugés à Paris par un jury national.

Dans son rapport d’inspection pour l’année 1965/1966, Charles Mathonal fait un éloge du directeur et de son équipe, précise le matériel à renouveler, recommande de constituer la bibliothèque et juge les locaux trop petits. En 1966, le concours d’entrée pour la section Beaux-arts comprend une épreuve de dessin d’après plâtre, des études documentaires, de peinture, de décoration, de français et l’examen du dossier de travaux personnels du candidat. Pour la section architecture, il y a des épreuves de dessin, de perspective, de géométrie et de dessin d’architecture. L’enseignement est gratuit et les fournitures scolaires à la charge des élèves. Les cours du soir (dessin, croquis, céramique) sont à hauteur de quatre par semaine de 18h30 à 20h30. Les cours du jeudi, réservé aux scolaires de 10 à 20 ans ont lieu de 14h à 16h et les cours du samedi après midi en peinture de 14h à 17h.

À la session de 1966/1967, trois étudiants sont admis au DNBA, Alain Gauthier et Jean-Claude Le Floch en décoration plane et Benito Moreno en gravure. Le conseil d’administration de l’Ecole municipale des Beaux-arts du 8 décembre 1966 récapitule les fonctions de l’école. La section architecture doit former des dessinateurs – collaborateurs d’architectes et des dessinateurs –collaborateurs de décorateurs sur 3 ans. De plus, il faut signaler l’abandon de plusieurs professeurs de la section : M. Pirioux, M. Delayre et M. Fatus. Pour la section arts plastiques, le but « idéal » est de « former des artistes peintres, sculpteurs, décorateurs … et surtout de préparer au CAFAS en 3/4 ans, à l’entrée de grandes écoles d’arts (arts appliqués, ENSAD) et au DNBA en 2 ans, dans plusieurs disciplines : peinture, sculpture, gravure, décoration plane, décoration volume, publicité et céramique. » M. Gautron, Quatreveaux, Oternaud, Huart ont un temps complet, tandis que M. Gefflot, Pernès, Le Bourhis et Jacquin ont un temps incomplet. 

Dans le rapport sur l’examen de dessinateurs – collaborateurs d’architectes de 1967 figure les noms de membres du jury, dont M Romualdo-Hautefage, M Baudeau, M Pronost , architectes, professeurs à l’Ecole des Beaux-arts et M. Gefflot, professeur de dessin et de géométrie.

Dans son rapport d’inspection du 13 mai 1970, M. Tautel estime les locaux « assez satisfaisants » et juge l’équipe d’enseignement « enthousiaste », allant jusqu’à préciser « la marie […] peut être fière de son École ».

La première année d’enseignement considérée comme une année d’éveil appréhende la forme et la couleur. M. Pernès encadre les recherches dessinées, M. Jacquin la perspective, M. Le Bourhis la décoration plane et M. Quatrevaux le modelage et le volume. En deuxième année, les étudiants accédent aux différents ateliers : M. Oternaud gérant celui de décoration plane, d’arts graphiques et de gravure, M. Moreno celui de gravure, M. Gautron (recruté en 1966) celui de peinture, M. Quatrevaux celui de sculpture et M. Huart celui de céramique et d’histoire de l’art. En parallèle, messieurs Pronost, Vallin, Baudeau dispensent des cours de commis d’architecte, et M. Gefflot des cours de géométrie, de couleur et d’architecte d’intérieur.

L’arrêté du 20 juillet 1970 autorise l’école à préparer la section peinture, décoration et sculpture du DNBA.

Cependant, les locaux utilisés sont insuffisants et en relatif mauvais état. M Huart insiste pour trouver une nouvelle implantation. En 1972, la superficie des locaux de l’école était de 2700 m². L’école emménage dans l’ancienne institution Jeanne d’Arc entièrement remodelée et agrémentée de deux constructions neuves, au 9 rue Jules Le Grand, en octobre 1976. L’école est conçue par ses propres utilisateurs : architectes – professeurs, plasticiens – professeurs et étudiants, sur quatre niveaux. Les nouveaux locaux comprennent des ateliers de travail du bois, des métaux, de la pierre, des matières plastiques, de céramique, un studio et un laboratoire photographique, une salle d’audio-visuel, des ateliers d’arts graphiques, de gravure et de lithographie, un centre de documentation et de bibliothèque, une salle d’exposition et un foyer pour les élèves. La situation géographique de l’école, au cœur de la ville doit permettre des échanges plus nombreux avec la population.

L’arrêté de février 1976, article 2 spécifie qu’« en cas d’absence pour maladie, congé ou tout autre motif, M. Huart sera remplacé par M Quatreveaux Paul, professeur à l’Ecole municipale des Beaux-arts ».

En 1978/1979, il y a 132 permanents, 95 en arts et 37 en architecture, ainsi que 86 enfants et 125 adultes aux cours publics. En 1979/1980, il y a 130 inscrits aux cours, 97 en arts et 33 en architecture, ainsi que 99 enfants et 137 adultes aux cours péri et postscolaires. En 1982, Armand Guillemot, député maire, explique le rôle de l’école sur le plan culturel dans une lettre au ministre de la culture. Ainsi, il semble important d’assurer les cours péri et postscolaires pour les enfants et les adultes, la mise en place d’exposition et l’intervention ponctuelle d’animation dans la Ville, avec la décoration de quartiers par exemple.
En 1985/1986, 3 étudiants sont reçus au DNSEP, en 1986/1987, 2 sur 5 sont reçus, en 1987/1988, 4 sur 8, en 1988/1989, 5 sur 9, en 1989/1990, 5 sur 11, en 1990/1991, 4 sur 5, en 1991/1992, 2 sur 3, en 1992/1993, 2 sur 2, en 1993/1994, 6 sur 6, en 1994/1995, 4 sur 4, et en 1995/1996, 4 sur 5. En 1989, Jean-Pierre Duigou, ancien élève à l’Ecole des Beaux-arts (EBA), installe, en collaboration avec la municipalité d’Inzinzac-Lochrist et l’EBA, la fonderie d’art Art-fusion. En 1990, il n’y a plus qu’un seul cours public, en 1997, leur nombre est de 16.

Des partenariats avec les acteurs locaux ont été mis en place, parmi eux figurent la fonderie d’art de Lochrist-Inzinzac ou encore le domaine de Kerguéhennec. L’école est également membre de l’association Art accord, association créée pour promouvoir la coopération internationale dans le domaine de la culture, de l’enseignement et de l’industrie.

Pour l’année 1992/1993, l’école accueille 106 étudiants, 523 adultes et 153 enfants. Alors que l’année précédente, l’effectif est seulement de 72 étudiants. Cette augmentation s’explique par la collaboration entre les quatre écoles de Bretagne : Brest, Lorient, Quimper et Rennes. Chacune d’elle s’est spécialisée, Brest en design maritime, Quimper dans la médiatisation de l’œuvre d’art, Lorient en sculpture et espaces et Rennes en communication.

Lorient s’est aussi spécialisée dans les échanges internationaux, avec la mise en place d’ateliers de recherche, en collaboration avec des Anglais (thèmes : emballage, publicité, design des produits de la mer), des Tchèques (vidéo, informatique) et des Allemands (sculpture).

Les cours proposés aux enfants et aux adultes ont également été revus et l’école propose désormais : 3 cours d’Histoire de l’art, 1 cours de photographie, 2 cours d’aquarelle, 1 cours de peinture, 1 cours de peinture à l’huile, 2 cours de sculpture et 1 cours d’héraldique.

Pour la rentrée 1993/1994, l’école accueille 95 étudiants sur 5 ans.

En 1996, Rozen Andreatta, Marie-Agnès Annic, Valérie Gallard, Jean-Paul Jappé, George Le Bayon, Gilles Le Lain, Yannick Liron, Yves Oternaud, Paumier, Georges Peignard, Guy Prévost, Paul Quatreveaux et Gérard Vienne sont professeurs.

En 1995/1996, une annexe de 1000 m² rue Etienne Pérault est investie pour exposer les cours des adultes et accueillir les cours de première année. Cette duplication des locaux complique l’organisation des cours. En 1995/1996, 111 étudiants, 483 adultes, 176 enfants suivent des cours à l’école. En 1995/1996, 11 étudiants sur 13 sont reçus au DNAP et 4 sur 5 au DNSEP. Il y a 637 inscrits aux cours du soir et 157 enfants le mercredi. En 1996/1997, 10 étudiants sur 22 sont reçus au DNAP, 6 sur 6 au DNSEP et il y a 518 personnes assistant aux cours publics. En 1997/1998, 147 étudiants, 523 adultes et jeunes sont inscrits à l’école. En 1998/1999, 150 étudiants, 465 adultes et 220 jeunes sont inscrits à l’école. En 1999/2000, il y a 481 personnes aux cours publics, ainsi que 252 jeunes et 152 étudiants, soit 885 personnes fréquentant l’école.

Dans l’article d’octobre 1997 dans Le Télégramme, Jean-Yves Boislève exprime la vitalité des cours publics : « Partis d’un cours en 1990, nous en sommes, aujourd’hui à 16 ! Nous avons, en effet, 550 inscrits, cette années ».

Le succès des activités est l’une des raisons qui entraine le changement de lieu de l’école au 1 avenue de Kergroise en 2000. Cela doit permettre de moderniser les cours existants, de proposer des formations correspondants aux attentes du public, de nouvelles technologies du graphisme, des cours de compréhension de l’art contemporain et les autres formes artistiques (vidéo, cinéma, théâtre, danse, littérature).

En juin 1997, le dossier L’Institut supérieur des arts plastiques, la nouvelle école des Beaux-Arts à la jonction des ports et de la ville présente le projet d’aménagement de la future école. Le conseil municipal prend la décision d’acquérir l’ancienne usine de peinture Lappartient, par délibération du 13 octobre 1997, pour accueillir la nouvelle école d’art.

Construit en 1949 par l’architecte Reglain, l’immeuble est emblématique de la revitalisation portuaire et de l’osmose ville-port à concrétiser. Celui-ci se remarque par ses qualités architecturales et de construction (cf. plan, plan de masse, coupe, photo). L’usine Lappartient a fait partie de l’âge d’or de Keroman avant que le port ne soit rattrapé par la crise. Le précédent propriétaire est une société civile immobilière créée par Georges Guénoum, Marcel Le Mentec et deux promoteurs Jacques Guégan et Jean Ruseff. Elle accueille différentes sociétés selon un article du Télégramme du 16 mai 1997.

En 2000, le budget de l’ESA est de 26 172 851 €. En parallèle, une restructuration du stade du Moustoir est lancée avec un calendrier des procédures (24 sept 1997). Le programme des travaux relatifs à la restructuration est approuvé par délibération du 4 février 1999. Le maître d’œuvre de l’opération était le cabinet Davoust-Le Dylio. L’estimation du projet est évaluée à 15 500 000 francs TTC, mais dans un rapport de mars 1999 à Monsieur le Maire, le coût des travaux est réévalué à 16 760 000 francs TTC. La nouvelle école occupe une surface de 3830 m² pour le bâtiment principal, plus 283 m² pour l’annexe A et 857 m² pour l’annexe B. En juin 1999, Catherine Trautmann, ministre de la culture souhaite unifier le nom de toutes les écoles d’art avec le label « École supérieure d’art ». L’école bénéficie d’un programme pluriannuel en 2000 : « NTIC- Ecoles d’arts », avec un budget de 16,8 millions de francs dont 8,4 à la charge de l’Etat et 2,8 à la charge du conseil régional. Pour cette rentrée, l’école accueille 187 étudiants et 802 personnes inscrites aux cours post et périscolaires.
Le coût total de cette opération en investissement s’éleve à 23,4 MF (dont 15,7 MF pour les travaux) pour un montant de subventions de 10,3 MF : 6 MF (État), 3 MF (Conseil régional de Bretagne) et 1,3 MF (Conseil général du Morbihan). Le budget de fonctionnement de l’Ecole supérieure d’art de Lorient s’éleve en 2000 à 6,6 MF avec une participation de l’État de 630 000 F.

De l’usine de peinture Lappartient à l’école Européenne Supérieure d’art de Bretagne, site de Lorient

La Perrière : la naissance du quartier

Au 18e siècle, le quartier de la Perrière était situé à l’extérieur de la ville de Lorient. Il était notamment constitué de marécages et de quelques espaces cultivés et dédiés à l’élevage. Un chemin conduisait vers le château de Keroman, le village de Kergroise et à la carrière de la Perrière, attestée dès le 18e siècle.
En 1711, un calvaire expiatoire, la Croix de la Vérité, a été édifié le long de cette route, pour réparer le vol de vases sacrés effectué par un matelot génois à l'église Saint-Louis, l’année précédente. Ce calvaire est toujours situé face à l’École Européenne Supérieure d’art de Lorient (EESAB) après le pont de Carnel.

Aux 19e et 20e siècles, le quartier connaît un nouvel essor avec le développement de la plaisance et des bains de mer. Dès le milieu du 19e siècle, un phare nommé le feu de la Perrière est construit pour signaler l’entrée du Blavet. En 1884, une plage est aménagée et en 1907 un casino et des cabines de plage sont édifiés. Les commerces s’y installent progressivement. Une ligne de tramway permet de relier le quartier à Ploemeur.

Après la Première Guerre mondiale, le quartier de La Perrière devient le cœur économique et industriel de Lorient avec l’aménagement progressif du port de pêche. À la même période, les premiers quais du port de commerce de Kergroise sont édifiés.

L’usine de peinture Lappartient: un bâtiment emblématique de la Reconstruction

H. Lappartient bénéficie de dommages de guerre après les destructions engendrées pendant la Seconde Guerre mondiale pour construire une grande usine de peinture en 1949. La réalisation est confiée à l’architecte Henri Reglain (1901-1974). Ce bâtiment est emblématique, puisqu’il est l’un des premiers reconstruits dans le quartier et marque encore aujourd’hui l’entrée de l’avenue de la Perrière.

Pour la construction de l‘usine de peinture, Henri Reglain généralise les nouvelles techniques de construction. Il associe des éléments préfabriqués et du béton armé à des matériaux reconstitués comme les panneaux de gravillons lavés situés entre les fenêtres et les pavés de verre pour éclairer l’escalier.
Attaché à partager une esthétique inspirée du régionalisme, il utilise le granit sur de grandes surfaces pour donner un caractère prestigieux à l’usine.

La façade sur l’avenue de la Perrière marque la partie administrative du bâtiment, dominée par un escalier monumental, tandis que la façade latérale ponctuée de grandes ouvertures verticales correspond à l’espace de production des peintures. Pour relier ces deux façades, l’architecte crée des oculus, des ouvertures rondes, qui rappellent l’identité maritime du quartier. Un soubassement en bossage rattrape la pente du sol pour donner une impression de stabilité et renforcer l’unité des deux façades. Le dernier niveau en attique est en retrait et donne une unité aux deux façades. Il dissimule de la rue une toiture en dent de scie en partie vitrée qui diffuse la lumière naturelle dans toute l’usine.

En savoir plus sur l’architecte Henri Reglain

L’usine de peinture Lappartient: symbole du dynamisme économique

L’usine de peinture Lappartient représente l’âge d’or de l’industrie des quartiers de Keroman et de Kergroise de 1949 à 1985. Elle dépose des dizaines de marques de peinture et de vernis industriels, dont le fameux « gris Lappartient », peinture officielle pour les bâtiments militaires de la Marine.
Malgré la mobilisation des ouvriers et de la municipalité, l’entreprise H. Lappartient & Steren est en liquidation judiciaire et ferme ses portes en juillet 1985.
Racheté en 1987, le bâtiment va connaître une succession rapide d’entreprises  aux usages divers : National Sea, un centre de remise en forme, une solderie, Halieutis, Alpha Boy, etc. Le bâtiment se dégrade progressivement.

De l’école des Beaux-Arts à l’Ecole Européenne Supérieure d’Art de Bretagne

À la fin des années 1990, Lorient connaît une crise économique et sociale dans le secteur de la pêche et le déplacement d’activités militaires hors de la ville. La municipalité met alors en place une politique de redynamisation du quartier de la Perrière, qui se poursuit aujourd’hui.

Dans ce cadre, la ville a entrepris l’acquisition de l’ancienne usine Lappartient en novembre 1998 pour 1,02 million d’euros. Elle y installe les bureaux de l’agence de développement Audélor coté Avenue de la Perrière, et l’école municipale des Beaux-Arts dans les anciens espaces de production de l’usine. L’école était installée depuis 1972 au 9 rue Jules Legrand.
Manquant d’espace, elle peut  désormais bénéficier de grands espaces de travail, de lumière naturelle et d’un lieu de création.
Le projet est dirigé par l’architecte en chef de la ville, Philippe Albert. La première rentrée a lieu en 2000 avec 180 étudiants. Le bâtiment est réparti sur 790 m², avec plusieurs ateliers situés à l’arrière du bâtiment. La création d’un escalier permet de relier les différents niveaux. Le traitement architectural est réduit au minimal : le sol est en béton brut, les murs en parpaings et la charpente laissées apparentes.
La ville de Lorient reçoit en 2001 le prix spécial des Rubans du patrimoine pour la « réhabilitation du patrimoine industriel du XXè siècle ».

Le rez-de-chaussée accueille un espace d’exposition ainsi que les élèves de première et deuxième année. À l’étage se trouve  des ateliers ou se réunissent les étudiants de troisième, quatrième et cinquième année. L’espace en attique abrite les ateliers ouvert à tous les publics, comme les cours du soir. L’école compte également un espace administratif, une salle de documentation, un amphithéâtre et plusieurs ateliers. L’établissement devient école supérieure d’art en 1999 puis École Européenne Supérieure d’Art de Bretagne / Site de Lorient en 2010.

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