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Mais pour un abus intolérable, et surtout en des circonstances aussi critiques, les fermiers des buanderies situées près de la belle fontaine la plus voisine de cette ville et qui seule pourrait peut être encore aujourd’hui, comme ci-devant, suffire à la consommation de la ville par l’abondance des sources qui y forment deux fontaines, n’en retiraient l’eau à mesure qu’elles s’écoule pour remplir leurs douêts, comme si ce besoin secondaire et auquel on peut d’ailleurs pourvoir en envoyant blanchir le linge au dehors, pouvait prévaloir au premier besoin de la vie, en sorte que l’affluence des citoyens qui courent à ces deux fontaines plus à leur proximité et se précipitent les uns les autres pour y puiser le peu d’eau qu’il y a, à mesure qu’elle paraît, au moyen d’écuelles ou autres petits vases de fer blanc dont ils remplissent ensuite leurs cruches, degrainaratisent les fontaines, salissent l’eau et en font une perdition considérable, outre qu’elle devient ainsi plus chère et malsaine par la difficulté de s’en procurer.
Aux autres fontaines ci-dessus indiquées, mêmes abus, d’autres font encore obstacle à la ressource dont elles peuvent être en ce moment ; tantôt ce sont les propriétaires ou fermiers des terres où elles sont situées qui, sous le prétexte d’une propriété exclusive, refusent inhumainement d’y laisser puiser les citoyens de cette ville et des environs, tandis qu’ils l’emploient soit à laver du linge ou à abreuver leurs bestiaux ou qu’ils la vendent par barriques à des maçons pour faire leurs mortiers, tantôt d’autres plus coupables encore exigent des citoyens une rétribution commissionnaire pour leur laisser la liberté d’y puiser de l’eau.
Que l’on fasse cesser ces abus, et aussitôt cesseront avec eux les murmures des citoyens qui, par la sagesse de vos précautions, messieurs, se trouveront aussitôt aussi suffisamment pourvus d’eau bonne et salutaire
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à ces causes. Requis qu’il fut pourvu sur sa remontrance. Signé au registre Le Gallic et Kerizouet.
Nous Maurice Toussaint Maujouan du Gasset premier juge civil, criminel et de police de la juridiction de Lorient, faisant droit sur la remontrance du procureur fiscal, faisons expressément défenses et inhibitions à toutes personnes 1°. De prendre de l’eau d’aucune des fontaines désignées en la dite remontrance du procureur fiscal, pour laver du linge, 2°. D’y en puiser pour aucun usage que pour boire, 3°. D’y puiser de l’eau avant qu’elles soient emplies de manière à ce qu’on y puisse immerger et plonger la cruche ou buie ; 4°. Ordonnons que l’eau des dites fontaines sera puisée à tour et rang d’arrivée sans désordre et à fur et mesure qu’il y en aura suffisamment pour pouvoir y plonger une buie et la remplir par son immersion ; 5°. Faisons même et pareille d’offenser à toutes personnes, et sous quel que prétexte que ce puisse être d’empêcher les citoyens de puiser de l’eau dans les fontaines ci-dessus désignées, et de la manière qui est dit, le tout sous peine de cinquante livres d’amende contre les contrevenants payable sans départ et par corps, même de plus grande peine en cas de récidive.
Enjoignons aux commissaires de police de tenir la main à l’exécutive de la présente qui sera lue, publiée et affichée partout
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Où besoin sera, d’exécuter par provision nonobstant appel, afin que personne n’en puisse prétendre cause d’ignorance. Signé au registre, Maujouan monsieur Le Sénéchal
D. Aubin
Pour en savoir plus sur l'histoire de l'eau à Lorient, consulter la brochure en quête d'eau douce.
Visualiser la notice documentaire sur la base de données en ligne des Archives de Lorient.