Maisons SOCOR


Émile Guillerot, préoccupé par la question du logement social à Lorient, comme son beau-père Émile Marcesche l’avait été par les Caisses de compensation, s’investit dans la création d’une « branche construction », fondée sur l’utilisation du sable kaolinique.
C’est ainsi que dès 1953, une partie des terrains de la Grande Cidrerie est utilisée pour implanter une usine à « préfabriquer les mûrs de maisons préfabriquées » : les maisons SOCOR (SOlides, COnfortables, Rationnelles).

Une réalisation sociale : les maisons SOCOR
Par décision du 23 mars 1953, le ministère de la reconstruction autorise Emile Guillerot à utiliser 60 millions de francs, normalement destinés à la remise en état de la cidrerie, pour édifier une usine de construction d’éléments préfabriqués de maisons. Le permis de construire est signé le 9 avril 1953.

À la même époque, grâce à ses relations avec l’English China Clay, important producteur de minéraux industriels, principalement de pigments blancs, (kaolin et carbonates de calcium), Emile Guillerot rencontre à Saint Austell en Angleterre, Sir John Kee.

Kee est l’un des ingénieurs ayant mis au point le procédé de construction des ponts artificiels du débarquement en Normandie, procédé utilisé ensuite pour construire des logements ouvriers en Cornouaille anglaise. Ces habitations sont fabriquées en granit reconstitué à base de sable kaolinique, à l’aide de presses spécifiques.

Emile Guillerot pense alors acheter le procédé, obtenir une licence d’importation, et créer une unité de construction de maisons bon marché à Lorient.

« La société Selleck-Nicholls, qui a mis au point les presses destinées à la fabrication des éléments préfabriqués, est en mesure de nous fournir immédiatement une de ces presses pour la somme de 8 000 livres sterling. Comme la construction en France d’une presse semblable -en supposant que cette construction soit possible- demanderait vraisemblablement plusieurs mois, nous pensons qu’il y a tout intérêt à ce que nous commandions cet outillage. Disons que notre projet est calqué sur des procédés ayant fait leurs preuves en Angleterre. Une seule usine a construit 16 000 logements en 4 ans et marche actuellement à la cadence de 20 logements par jour. Rien ne sera innové et la mise au point est assurée. »

À Lorient, « ces maisons seront montées et agencées par des entreprises générales du bâtiment qui recevront de notre usine les éléments préfabriqués, ainsi que le matériel d’aménagement : W.C., lavabos, baignoires, peintures, etc. aux prix les plus bas possibles. Le délai de construction sera de deux mois maximum. Les entreprises recevront d’une autre usine de préfabrication, charpentes, portes et fenêtres, etc. L’étude est faite pour une usine faisant […] 5 à 10 logements par jour. Le schéma général de fabrication est des plus simple. Il y a environ 11 pièces différentes à fabriquer. »

Dans ce projet d’usine, Émile Guillerot poursuit un double objectif à caractère économique et social. D’une part, le sable des kaolins d’Arvor, jusqu’ici sous-produit presque inutilisé, trouverait une utilité. D’autre part, de nombreux emplois pour diverses spécialités, à divers niveaux, seraient créés.

« Avec quelle passion il a essayé d’obtenir ce double résultat, malgré les obstacles administratifs, malgré les magouilles entrevues (les dossiers qui se perdaient à Paris et la certitude qu’ils se retrouveraient si une enveloppe bien garnie était déposée au bon moment sur certains bureaux), l’opposition sourde ou déclarée de gens de métier qui ne voyaient pas d’un bon œil s’implanter une usine qui permettrait de construire sans eux.» (Marie-Madeleine Martinie).

L’accession à la propriété par les gens de condition modeste, est, dans l’esprit Emile Guillerot, une préoccupation constante et une des clés du progrès social.

« Construire, construire de la qualité, construire non pas seulement pour mais avec eux, c’était ce qu’il voulait. C’est pour cela qu’il travaillait tant pour le Comité Interprofessionnel du Logement (C.I.L.) qu’il avait fondé. » (Marie-Madeleine Martinie).

Émile Guillerot disait : « Permettre aux gens de devenir propriétaires de leur logement, c’est les faire sortir du prolétariat, les appeler à la responsabilité. »

« Il avait si profondément admiré son beau-père, qu’il voulait non l’imiter, mais poursuivre son oeuvre sur le plan social. » (Marie-Madeleine Martinie).

SOCOR a fonctionné quelques années avec des résultats financiers décevants, années durant lesquelles Gérard Prévost en particulier a cherché à améliorer le procédé de construction. Ce type de construction a permis à beaucoup de gens aux moyens modestes d’acquérir un logement avec l’aide du C.I.L.

Je crois pouvoir dire que cet échec d’un projet qui lui tenait tellement à cœur, fut pour Émile Guillerot une blessure profonde. (Marie-Madeleine Martinie).

C’est en 1964, juste après la mort d’Émile Guillerot, que le Conseil d’administration des Kaolins d’Arvor décide d’arrêter les constructions des maisons.

Texte de Pascal Boisson - Avril 2007

 

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