Aller au marché en 1934


Marcher pour fréquenter les marchés de Lorient

Tous les samedis,  mes parents faisaient leurs achats alimentaires sur les marchés du centre-ville. J’avais 15 ans et souvent j’étais de l’expédition.  De Carnel où nous habitions, direction le centre-ville. Le chemin emprunté était celui de la ligne du tramway place Bisson/Keroman. Quelque soit le temps, mois d’hiver compris, pas question de prendre le tram : trop cher selon ma mère mais surtout trop fréquenté et donc trop de promiscuité  avec les risques de salir ou froisser les vêtements de " dimanche ". Pour une telle promenade on soignait sa tenue : " tout dessus " selon l’expression populaire. Après avoir emprunté la rue Carnot et la rue Poissonnière premier arrêt place Bisson : grand point de convergence du cours de la Bôve, de la rue du Morbihan et des halles Saint-Louis pour les ménagères très affairées. J’aurais bien voulu m’attarder pour écouter les camelots ou bonimenteurs de la place Bisson, mais nos heures sont comptées ; le grand rendez- vous pour les courses se trouve sur le marché de  " La Plaine "  appellation ancienne de la place Alsace-Lorraine.

Pour s’y rendre, emprunter la rue des Fontaines, assez étroite, un jour de marché, ressemble à un parcours plein d’embuches pour les piétons indisciplinés qui n’ont guère de place sur les trottoirs ; à la circulation des tramways et des véhicules automobiles et hippomobiles viennent s’ajouter les voitures de cultivateurs qui obstruent la chaussée dans l’attente de se garer  sur le marché de la place Alsace-Lorraine.

Les petits ambulants avec leur paniers et leurs charrettes  pressés d’atteindre La Plaine  accentuent la pagaille : marchands d’pillots, de petits suisses, de brioches fraiches, de craquelins et de gâteaux cassés, de cacahuètes caramélisées ; en hiver le marchand de marrons grillés et sa petite locomotive est le même que celui qui propose en été dans sa joli baladeuse à baldaquin ses glaces. Tout ces gagnes-petits ne connaissent que la marche à pied.

Tout ce brouhaha est ponctué de cet accent lorientais qui constitue l’originalité de nos rues. 

Enfin nous atteignons le marché. Notre première visite est pour notre tante venue de Kerroch à pied avec ses buguls pour vendre les crabes péchés de nuit par son mari marin-pêcheur. 

Pour midi paniers bien garnis nous rejoignons à pied notre quartier de Carnel

Souvenirs de Pierre Mayol.

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