Lorient, les Compagnies des Indes et l’esclavage…


Une histoire mondiale partagée avec l’Afrique
La création de Lorient et l’essor des Compagnies des Indes correspondent à la mondialisation des XVIIe et XVIIIe siècles. Véritable port charnière entre les mondes Atlantique et Indien, la ville doit son développement à ses relations avec l’Asie, l’Amérique et l’Afrique. Vrai terminal, son port ouvre l’Europe sur les Indes, l’Afrique et l’Amérique et inversement les Indes, l’Afrique, l’Amérique sur l’Europe. Il doit sa notoriété aux produits et trésors importés d’Orient et sa rapide prospérité[1]  repose  sur une dynamique  complexe liant commerce, colonies, traite et esclavage. Si d’importants bénéfices vont au  pouvoir royal, principal actionnaire des Compagnies,  les activités profitent à toute une population de cadres et d’employés de la Compagnie, d’officiers et équipages des bateaux, de marchands, d’artisans, de soldats, sans oublier les aventuriers, les colons  et les gens de mer. Tout cet enrichissement est rendu possible par le trafic et l’utilisation d’une main d’œuvre d’Africains, Malgaches, Indiens déportés et astreints au travail forcé d’esclaves. La Compagnies des Indes exerce une telle emprise sur des territoires qu’elle fonde les bases de l’empire colonial français, de la fabrication des outre mers français  et des réseaux d’influence actuels.

Lorient ou les  ambitions impériales  des rois de France
La politique maritime des Rois de France s’inscrit dans la logique de compétition  entre les puissances européennes. En 1534, au nom de François 1er, le Malouin Jacques Cartier  pose la première croix sur les « terres neuves » du futur Québec. Samuel Champlain, sous Henri IV,  poursuit les conquêtes jusqu’aux Antilles. Sous l’impulsion des Richelieu, Mazarin, Colbert et Philippe d’Orléans est créé le premier empire colonial français[2]. Des armateurs normands  s’emparent de la Martinique (1635) et de la Guadeloupe. Des Compagnies sont créées, sociétés capitalistes d’actions, elles possèdent le monopole des échanges tout en assurant le développement  et peuplement des territoires acquis. Ainsi la Compagnie du Sénégal  et du Cap vert approvisionne les Antilles en main d’œuvre servile, la moitié des 20 000 habitants en 1664. L’expansion de plantations esclavagistes de canne à sucre rapporte des profits substantiels aux actionnaires[3] et des rentrées fiscales à L’Etat.

Au XVIIe siècle, les créations de la Compagnie des Indes Orientales (1664) et de son port L’Orient (1666) correspondent aux prétentions de la monarchie à se définir comme absolue et universelle. En 1690, 3000 ouvriers du chantier naval fabriquent de gros navires armés, et dès 1730, la ville nouvelle de L’Orient devient Cité avec ses 20 000 habitants. En 1719, la Compagnie perpétuelle des Indes est devenue un complexe monopolistique d’état regroupant toutes les compagnies royales.  La Compagnie des Indes, qui dispose de quarante-cinq puissants bateaux armés, élargit l’empire colonial français notamment  en Inde[4] avec Dupleix et  Mahé de la Bourdonnaye. Les Anglais, concurrents des prétentions françaises, tentent en vain de détruire l’arsenal de Lorient en 1746, protégé par un dispositif de batteries sur la côte de Ploemeur et à l’entrée de la rade[5].

La foire de Lorient draine des marchands de toute l’Europe. Le montant des ventes des thés, cafés, épices, cotonnades, soieries, porcelaines… explose de 7 millions de livres en 1725 à plus de 20 millions en 1750, avec des ventes annuelles de 21 à 25 millions de livres[6]. Des fortunes locales  se créent même si une part des bénéfices s’évade à Versailles, à Nantes ou à Saint Malo.

Lorient,  port-charnière négrier entre les Océans  Atlantique et Indien[7]  
La connexion entre l’économie-monde de l’océan Atlantique et celle de l’océan Indien[8] intègre l’Afrique, qui fournit des matières premières, des produits d’artisanat et surtout la main d’œuvre aux plantations des îles et des comptoirs. Le trafic d’esclaves se fait à la fois sur les côtes occidentales et sur les côtes orientales africaines. Le texte de fondation de Lorient [9] rend la Compagnie  propriétaire des îles et maitresse du  commerce. Colbert officialise la traite des hommes et l’esclavage[10] en rupture avec la politique menée au préalable à Fort Dauphin (Madagascar). Les consignes y interdisaient la traite pour sauvegarder l’honneur du roi de Madagascar et la confiance de la population malgache[11]. La recherche de main d’œuvre servile ruine le rapport d’entente.

Le commerce triangulaire négrier atlantique
À partir de l’année 1674, date de création de la Compagnie du Sénégal, les liens entre le pouvoir politique et la traite négrière s’accentuent. La Marquise de Maintenon, maitresse de Louis XIV,  rachète avec l'argent du roi le château de Maintenon à Charles François d'Angennes, planteur de Martinique, ayant le monopole de la traite. En 1684 François Bernier écrit la « Nouvelle division de la Terre par les différentes espèces ou races qui l’habitent »  justifiant une vision hiérarchique et raciale des hommes, la  colonisation et la déportation.

Des bateaux partent de Lorient, comme le « Courrier de Bourbon » en 1723,  commandé par le capitaine Lalande-Boulou-Ménard. Ils rejoignent Saint Louis du Sénégal, Gorée, la Gambie, Grenade, la Balise en Louisiane, puis reviennent à Lorient[12], le triangle est bouclé !  Lorient devient le premier port négrier français[13] . Ces gros navires de 320 tonneaux en moyenne redoutent les épidémies notamment après les pertes de « La Valeur » et « l’Henriette ». Au Sénégal, la Compagnie est installée à St Louis, à Gorée et dans le Sine Saloum. Elle envoie des navires adaptés sur le fleuve jusqu’à Saint Joseph de Galam à 400 km de la côte[14] où ils se procurent des esclaves, de la gomme arabique, de l’or, du mil et divers produits. Elle possède des «comptoirs-forts» sur le golfe de Guinée comme à Ouidah au royaume de Xwéda (Bénin actuel). Ses bateaux y sont transformés pour embarquer le maximum d’hommes et de femmes et effectuer la «Grande traversée»[15]. Ils approvisionnent en main d’œuvre les plantations des îles Caraïbes et de Louisiane, puis ramènent à Lorient ou Nantes du sucre de canne, du coton, du rhum, des épices… Ces produits fournissent en matières premières une industrie alimentaire et textile. Plus de 126 expéditions  partent de Lorient ou d’autres ports pour le compte de la Compagnie durant le XVIIIe siècle.

L’autre commerce négrier en océan Indien
Après les étapes sur les côtes de l’Afrique atlantique, des navires poursuivent  jusqu’au Cap pour rejoindre l’océan Indien. Des Africains du Sénégal et de Guinée sont déportés dans les îles des Mascareignes.  Le journal de François Périgault, pilote sur la frégate armée de la Compagnie Royale des Indes, « la Badine », raconte les échanges entre 1735 et 1736 du Sénégal, de Gorée, de Gambie vers les îles de France, de Bourbon et même jusqu’à Pondichéry[16]. Ainsi, entre 1731 et 1736,  la frégate « l’Hirondelle »[17] mène la traite sur les côtes malgaches pour les iles de France, de Rodrigue et de Bourbon. Son capitaine Antoine Paul Castillon a la mission de créer une base dans l’ile Marotte[18] et de nouer des relations avec le roi sakhalave. La frégate «l’Astrée» de la Compagnie des Indes, commandée par Claude Pezron du Leslay, natif de Pont-Scorff, pratique cette traite entre 1732 et 1736 selon son journal de bord. Les sites malgaches d’Antongil, Foulpointe, Mananzary, Matatanne et Fort Dauphin sont très fréquentés par les navires négriers de la Compagnie ou liés à elle, comme «le duc d’Anjou» ou «le Vierge de Grâce» qui en 1733 traite sur la côte de Soffala[19]… De la côte orientale de l’ Afrique, du Mozambique à Zanzibar[20] , les marchands s’approvisionnent en «Cafres» ou «Macouas », plus prisés que les Malgaches pour les gros travaux et la conduite des chaloupes[21]. Ainsi  existe-t-il en océan Indien, un système triangulaire (Afrique, îles, Lorient) comparable à celui de l’Atlantique.

Sur les îles Bourbon et France, la Compagnie encourage  la production de la canne à sucre, de café, de cacao, d’épices, de bois précieux, de produits d’artisanat.  Seigneur des îles par la grâce du roi, elle y développe un système social esclavagiste de production [22]. Consentant  des prêts à long terme aux planteurs pour se procurer des esclaves, elle leur achète  en retour leurs produits.  Ses bateaux en route vers les Indes et la Chine font escale sur ces îles pour réparation, ravitaillement et attente de la mousson d‘été[23]qui les conduit en Inde !  Ils y trouvent le sucre, le café en provenance de Moka au Yémen.  Placées sur la route du café ouverte par les Malouins en 1710, vers les régions de consommation[24], on y plantent des graines de café. Devant le succès, cette nouvelle culture est introduite dans les Antilles et les Caraïbes. L’esclavage d’abord lié à la production du poivre et des épices, explose avec celle du café entre 1719 et 1750[25]. Sur les 15 000 habitants à Bourbon et  17 000 à l’île de France, 80% sont des esclaves importés de Madagascar et du Mozambique[26]. A la fin du XVIIIe siècle le café (or noir du XVIIIe s.) est produit en majorité par des plantations d’esclaves. La courbe de l’esclavage suit celle de la croissance des productions, d’autant qu’il faut compenser les pertes dues aux maladies, aux fuites et aux résistances[27] .

La Compagnie des Indes a aussi recours aux esclaves pour le fonctionnement de ses bateaux et même en cas de besoin elle recrute des esclaves comme soldats. Ce sont des esclaves de confiance, dénommés les "laptots", enrôlés d’office au XVIIIe siècle contre rénumération à leur propriétaire. Ils contribuent à la sécurité des navires de la Compagnie notamment pour la traite ! Ils participent aux combats menés par Mahé de La Bourdonnais dans l’océan Indien contre les Anglais.

La traite négrière avec l’Inde
Il faut ajouter la traite des esclaves avec l’Inde. Les ventes d’Africains y sont anciennes, des sources attestent de leur existence malgré le peu d’études[28]. Par contre la vente d’Indiens comme esclaves est mieux connue. Le bateau «la Vierge» en provenance de Pondichéry débarque 25 esclaves à Bourbon en 1710. Le «Saint Malo» et le « Saint Jean Baptiste » récidivent quelques temps après. A partir de 1728 le gouverneur Dumas encourage l’arrivée tous les ans d’une centaine d’esclaves, depuis Pondichéry ou Chandernagor. En 1738 plus de 200 esclaves sont débarqués aux Mascareignes. Toutefois, les bateaux chargés de produits pour la métropole, ne peuvent alimenter un trafic d’envergure. Selon les années la traite est interdite, notamment par La Bourdonnais, mais elle redémarre à la demande des colons.

La Compagnie voit son influence décliner après 1750, suite aux conflits avec le Royaume Uni[29] (perte de l’Inde, sauf cinq comptoirs) et à la vague libérale anti-étatique. Dès 1750, des armateurs privés comme Esnoul-Deschatèles[30] et les frères Delaye, prennent le relai. Ils versent à la Compagnie leur dû sur chaque esclave, comme le stipule  la convention signée par l’armateur de la « Minerve »[31] en 1765. Le «Ruby» qui mène campagne en 1763 au Mozambique note dans son journal de traite les sommes versées en piastres : 110 pour 5 grands noirs pièce d’Inde,  50 pour 2 négresses, 25 pour un négrillon, 1799 pour 87 grandes négresses …pour un total de 200 esclaves[32]. Le bateau « Les deux frères », parti de Lorient le 18 février 1785, accoste à l’ile de France en avril 1786, puis repart après un ravitaillement effectué à l’Ile Bourbon pour se rendre à l’ile d’Oybe au Mozambique. Le 4 février 1787 il est de retour à l’ile de France avec 197 esclaves, 104 sont décédés dans le trajet. Durant le XVIIIe siècle, 24 bateaux négriers de Bourbon  sont recensés à Anjouan (Comores)[33]. C’est en 1761 que “l’Utile», de retour illégalement de Madagascar, fait naufrage à l’île Tromelin, abandonnant sur l’îlot sa cargaison humaine[34]. En 1790 Joseph la Blache de l’Ile de France se procure 700 esclaves auprès du sultan d’Anjouan, pour son aide dans la conquête de Mayotte dépendante alors d’un sultan malgache sakhalave[35].

Attirés par le rêve d’enrichissement nombreux Français, dont des Bretons partent s’installer aux iles Bourbon, France, Rodrigue. Ils y épousent des femmes créoles ou esclaves affranchies[36] et se lancent dans la culture de plantation esclavagiste ou les affaires.

La Compagnie des Indes disparait à la Révolution Française, mais les éléments de la domination française sont bien en place. Après 1815, malgré l’interdiction de la traite imposée par les Anglais, la population servile des Mascareignes ne cesse de croître jusqu’aux abolitions officielles de 1848. Ensuite des réseaux persistent notamment en provenance des Comores. A Mayotte, française depuis 1841,  les colons continuent de s’approvisionner à  Anjouan ou à Zanzibar en pratiquant une « traite cachée »[37].

Près de 100 000 déportés par les bateaux de la Compagnie des Indes de Lorient

De l’Afrique à l’Amérique,  126 navires de Lorient [38] ont déporté entre 40 à 50 000 personnes soient plus de 35 000 hommes et femmes  vendus, 2000 donnés, 3200 morts[39]. Mais à cette traite directe (10% des armements)  s’ajoutent les opérations menées en océan Indien. L’esclavage y est pratiqué à divers niveaux pour suppléer aux Européens  peu nombreux : on ne compte qu’environ trois cents employés, dont une centaine en Inde, une cinquantaine aux Mascareignes[40] et entre 1300 à 1500 soldats et officiers. Le peuplement et la mise en exploitation des îles s’accompagnent de l’importation de 45 000 esclaves.

Au total l‘estimation des esclaves déportés par des bateaux de la Compagnie des Indes de Lorient, directement ou indirectement est de plus de 95 000[41], nombre qu’il convient de compléter par les transports clandestins, les populations captives  des îles. Beaucoup de ports bretons s’adonnent à la traite des esclaves, bien sûr Nantes avec ses 1427 expéditions, mais aussi  Saint Malo, Vannes, Brest, Saint Brieuc. En Bretagne, entre 1750 et 1850 on compte  plus de 200 expéditions négrières, en dehors de Nantes[42].

Si la traite est risquée et d’un profit variable, elle dynamise partout l’économie des villes-ports[43]. La  Compagnie organise l’artisanat et le commerce de textiles indiens, les madras, destinés à habiller la main d’œuvre servile[44]. Ces tissus «de traite» facilitent les achats d’esclaves aux rois africains. A Pondichéry,  la demande est telle que leur fabrication modifie l’organisation sociale séculaire. A Terre Neuve la Compagnie se procure aussi de la morue (des bas morceaux) pour nourrir les esclaves (origine des accras). Elle se fournit en piastres espagnoles en provenance d’Amérique latine et en fusils de traite pour régler ses achats auprès des fournisseurs d’esclaves. Ce trafic est un moteur imbriquant les multiples activités de la Compagnie des Indes et des armateurs lorientais.

Des esclaves noirs à Lorient
Force est de constater que l’esclavage ne laisse pas beaucoup de traces dans le paysage de Lorient, où son rôle est aujourd’hui quasi oublié[45]. Officiellement au XVIIIe siècle les esclaves sont interdits sur le territoire français, pourtant leur présence est bien attestée[46]. En 1720 un bateau en route pour la Louisiane accoste  à Lorient avec 250 esclaves, qui sont aussitôt enfermés dans le château de Tréfaven. Plus couramment  des esclaves sont utilisés  comme «personnes de compagnie»,  «valets sans gage » ou laquais au service des familles aisées. Les officiers ont le droit de conserver leurs esclaves-domestiques.  Au musée de la Compagnie des Indes à Port Louis sur un tableau, l’aventurier Antoine de Vire du Liron de Montivert parade avec ses trophées dont un jeune esclave africain[47], habillé à l’indienne. Plusieurs mariages « mixtes » et une centaine de baptêmes « d’étrangers noirs » sont enregistrés dans les registres paroissiaux du XVIIIe siècle à Lorient. Il faudrait ajouter ceux qui sont baptisés avant de débarquer pour ne pas être considérés comme esclaves, nombre difficile à évaluer[48], ainsi que des « clandestins ». Ces immigrants-contraints importés à Lorient sont des  adolescents, des  jeunes  autour de 20 ans. Il y a quelques femmes avec des enfants et qui se sont mariées.  Le premier enfant noir nait à Lorient en 1733 : Elisabeth, fille de Marie Françoise(19ans) enregistrées comme « propriété » d’Ignace Bart (1700-1766), capitaine des vaisseaux de la Compagnie des Indes. Les origines géographiques des esclaves reflète l’ampleur de l’empire colonial de la Compagnie : ils proviennent du Sénégal, de la Guinée, du Mozambique, de Madagascar sans oublier des Indes et  Pondichéry (une vingtaine). A Groix un chirurgien a aussi son jeune domestique noir. La fresque du peintre Pierre Cadre[49] , « Mme de Sévigné à Lorient», créée en 1931 dans la nouvelle Chambre de commerce montre la présence d’Africains sur les quais de Lorient au XVIIIe siècle : vision imaginaire ou mémoire persistante?

Ailleurs en France, dans  l’arrière-pays de La Rochelle, sont signalés des travailleurs noirs  dans les champs[50], alors pourquoi pas en Bretagne ?  A Paris, à Bordeaux ils sont  plusieurs milliers d’ « immigrés » noirs.

La consommation de plus en plus large du café, du sucre de canne, des épices, du poivre, témoigne de l’importance de l’esclavage des plantations et du trafic des navires de la Compagnie. Le café et le chocolat d’abord réservés à la Cour à Versailles, dans les Cafés parisiens se diffusent dans toutes les couches de la société. A Groix, la Grek, cafetière en arabe omanais (origine du café), chauffe sur la cuisinière. Le café y est introduit en contrebande, par les bateaux qui y font escale.

Commerce non infamant ou « crime de lèse humanité » ?
Si ce commerce des Noirs ne parait pas infamant pour la majorité de la population, ceux-ci, considérés comme objets marchands, sont des être[51]dévalués, selon le Code Noir (1685). Toutefois la conscience de l’iniquité de l’esclavage apparait aussi à cette époque[52]. Voltaire  dénonce l’esclavage : «C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe »[53]mais lui même possède des actions dans ce commerce. Bernardin de Saint-Pierre, le créateur de Paul et de Virginie, est résolument engagé contre la traite des Africains, comme Condorcet ou encore l’Abbé Grégoire. Par contre les marchands lorientais refusent de remettre en cause leur source d’enrichissement. A la Révolution Française, la municipalité de Lorient et son député du Tiers-Etat Delaville-Leroux s’inquiètent de voir appliquer les droits de l’homme aux Noirs : «  Le mot de liberté prononcé à ses hommes, les Noirs,  peut anéantir  nos plus belles ressources» (4/1/1790)[54]. A Saint Domingue, les Noirs (500 000 esclaves) se soulèvent au nom de l’application[55] des droits de l’homme. L’abolition de l’esclavage est décrétée par la Convention nationale le 4 février 1794, les Africains étant reconnus citoyens français. Un député parle alors de « crime de lèse humanité » pour ceux qui continuerait de les traiter en esclaves[56]. Ainsi dès cette époque l’esclavage est désigné comme « crime contre l’Humanité », en aucun cas il s’agit d’un anachronisme.

Le courant abolitionniste s’impose de plus en plus. Selon Annick Le Douget[57], la volonté de répression de la traite des Noirs par les autorités françaises s’affirme avec la promulgation des lois de 1827 et de 1831 qui font du trafic négrier un crime passible de la cour d’assises. Celle du Finistère reçoit compétence pour juger trois équipages négriers en 1830, 1832 et 1850. Le poète et écrivain lorientais Brizeux entretient un courrier avec son ami réunionnais Lacaussade, engagé contre l’esclavage. Ce lien entre les deux écrivains fait l’objet aujourd’hui de rencontres universitaires entre chercheurs à la Réunion [58], à Maurice, à Bordeaux, à Nantes, mais pas encore à Lorient.

Revisiter une  histoire dérobée et un patrimoine oublié : un parcours de la route des esclaves à Lorient ?
Les destructions dues à la dernière guerre mondiale ont enfoui bon nombre de constructions de Lorient qui faisaient le patrimoine de l’époque de la Compagnie des Indes. Pourtant des traces existent de l’époque du système esclavagiste dans l’architecture et le tracé de la ville. Un véritable parcours-marquage de la Route des esclaves[59] orchestré par les Compagnies et les Armateurs pourrait être créé, ballade de la liberté et de la dignité. A La  porte de Colbert pourrait être mentionnée la politique en faveur de l’esclavage et du Code Noir. Dans le jardin du Pavillon Gabriel une œuvre pourrait rappeler l’importance de la traite pour la Compagnie, au château de Tréfaven ou sur le quai du Scorff pourrait être mentionné la présence des 250 esclaves en 1720 et sur les hôtels particuliers quai des Indes l’importance du trafic négrier. L’emplacement du  château de Keroman qui abritait un directeur de la Compagnie pourrait être signalé. A Riantec le château de Kerdurant a été la propriété d’armateurs enrichis par ce trafic comme à Ploemeur pour le château de Soye, édifié par Esnoul des Châtelets, armateur de la Compagnie des Indes. A Pont Scorff le manoir de Saint Urchaud est lié aussi à l’épopée de la Compagnie des Indes, avec le marchand Jean Grasset, comme le manoir de Kerulvé à Lorient, ou encore  le château du Diable à Caudan édifié par un marchand de bois qui a fait fortune au XVIIIe siècle. Jusqu’à Quimperlé, en 1752 Simon Bernard Joly, responsable de cargaison à la Compagnie des Indes achète le domaine du Bois Joly. Il y plante des essences d’arbres d’Asie et d’Afrique. A Lorient dans le parc Chevassu, il conviendrait de noter à proximité de la statue de Brizeux son lien avec Auguste Lacaussade ardent abolitionniste.de la Réunion. En écho au « parcours de la liberté et de la dignité », le Musée de la Compagnie des Indes pourrait donner une plus grande place à l’histoire des esclaves[60], aux conditions sociales des  plantations, aux résistances et aux révoltes[61]. Des colloques entre les Université de Bretagne Sud,  de la Réunion, de Maurice, d’Afrique  pourraient ouvrir notre histoire à celle des peuples qui y ont contribué[62] .

Par ces initiatives il s’agit de prendre en compte le  patrimoine social de l’esclavage[63], en montrant  comment des objets, produits par des esclaves, sont inscrits dans la peinture, la musique, la littérature[64], en faisant  entendre leur parole[65], en rendant compte des résistances comme les vols de bateaux pour fuir ou le marronnage dans les îles[66] , en diffusant les acquis de l’histoire pour réduire les représentations erronées : en un mot il s’agit de décoloniser une vision d’un passé éternel et eurocentré. Non, l’histoire de la Compagnie des Indes ne fut pas une aventure humaine pour tout le monde ! Elle a été aussi celle de l’Afrique, car comme l’écrit l’historien Achille MBEMBE « il n'y a guère d'histoire du monde qui ne soit en même temps une histoire d'Africains ou de leurs descendants »[67].

 Devoir de vérité et reconnaissance
L’état d’absence sur les apports des Africains dans l’essor de ports comme Lorient est préjudiciable à l’équilibre sociopololitique de notre pays et aux relations normalisées avec les pays d’Afrique. Seule la reconnaissance de la part des Africains dans la construction de ce qu’est Lorient aujourd’hui peut rendre aux descendants de ces peuples leur dignité pour qu’ils trouvent toute leur place dans le présent. Il est temps de rompre avec une histoire dérobée ou oblitérée[68]. Il est temps de rompre avec un roman officiel de l’histoire de France qui tend à  gommer les apports des ressortissants  des colonies et leur place en tant que  composants de la nation française, comme le rappelle Alain Mabanckou  « Parler de la couleur c’est inéluctablement évoquer les pages sombres de l’Histoire de France dans laquelle les Noirs attendent encore qu’on leur consacre des épisodes à la hauteur de leur apport quant à la construction de la nation française »… « Le fait d’être en permanence dans un silence de l’histoire provoque aujourd’hui un retour du refoulé »[69]. Il se trouve qu’aujourd’hui ce déni mémoriel se double souvent d’une exclusion sociale, cela peut provoquer fracture, frustration et risque de réaction de violence en retour. Le vivre ensemble ne passe-t-il pas  par la reconnaissance mutuelle ?  

Il y a une connexion des passés de la France et de l’Afrique dans la longue durée d’une Histoire partagée. L’affirmer permet de construire un pays plus conforme aux principes des droits de l’homme. Cela permet aussi de mieux appréhender la place de la France dans le monde, de comprendre la fabrique des outre-mers et des relations avec l’Afrique. Reconnaître  ce passé colonial esclavagiste change les rapports entre les peuples tout en incitant à ne tolérer  aucune des formes de racisme et d’esclavage dans le monde d’aujourd’hui.

Texte de Jacques Chérel
Professeur au Lycée Dupuy de Lôme, UBS, agrégé d’Histoire, de Géographie et d’Éducation civique, retraité.
25 avril 2018

Annexes :
Paul  RICOEUR : « Le devoir de mémoire est indispensable à l’oubli », La mémoire, l'histoire, l'oubli, Le Seuil, 2000.
Fernand BRAUDEL : « le grand commerce colonial a été le « coureur de pointe qui tire la croissance ».
Sudel FUMA ;  49-50; 2013 : Archipels créoles de l’océan Indien. « Le marquage symbolique de la Route des esclaves et engagés dans les pays de l’océan Indien répond à une nécessité impérieuse de réparations morales qui s’exprime inconsciemment dans l’expression culturelle des populations de l’océan Indien. Pendant des décennies après l’abolition des esclavages par les Européens, le refus de reconnaître l’histoire de l’esclavage comme un élément fondateur de la colonisation a tourmenté l’inconscient des descendants d’esclaves. Ces derniers ont ressenti le déni d’histoire et de mémoire comme une douloureuse atteinte à la dignité de leur ancêtres, une humiliation supplémentaire qui se rajoute à un passé douloureux et difficile à supporter. La sacralisation de ce passé par des symboles artistiques est une réponse au drame de la rupture mémorielle après les abolitions de l’esclavage. Par l’art et l’imaginaire des artistes, le socle symbolique des populations contemporaines des îles et pays du Sud-Ouest de l’océan occidental, à savoir la mémoire des ancêtres, retrouve sa place dans le temps présent.  La Route de l’esclave et de l’engagé dans les îles et pays du Sud-Ouest de l’océan Indien ; Une thérapeutique de la mémoire pour servir une identité créole indocéanique… ».     


[1] « L’histoire de Lorient, créée en 1666, est liée étroitement au destin des Compagnies des Indes qui y ont eu leur siège. Elles ont participé au développement rapide de la ville de Lorient, simple chantier naval puis ville nouvelle du XVIIIe siècle. Ces multinationales du commerce mêlent pouvoir et argent, acteurs publics et privés, le national et l'international. Ce qui n'est pas sans rappeler certaines caractéristiques de notre mondialisation contemporaine.» Philippe HAUDRERE, Gérard LE BOUEDEC, Les Compagnies des Indes, Ouest-France, 2005. Florence GOURLAY,  géographe à l’UBS, la ville a été « modelée par la mondialisation», colloque  la Compagnie des Indes et la mondialisation organisé par le musée de la Compagnie des Indes, novembre 2015, Lorient.

[2] Cyrille P.COUTANSAIS, Une histoire des empires maritimes, CNRS-éditions, 2016, p.133…

[3] Frédéric REGENT, La France et ses esclaves, de la colonisation aux abolitions, (1620-1848), Paris Grasset 2007.

[5] Yann LUKAS, Patrick Huchet, Maryvonne MOY, Histoire du Pays de Ploemeur, éditions Palatines,2007, p. 45.

[6] Les gains étaient en moyenne d’ 1 million de livres tournois par an au XVIIIe siècle, selon Philippe Haudrère.

[7] René ESTIENNE (sous la direction de), Les Compagnies des Indes, Gallimard,2013, p. 196.

[8]  Ivan VAN DER BIESEN Interpénétrations culturelles et transition d’un système économique…Cahiers des Anneaux de la Mémoire n°9, Nantes 2006, p.123.

[9] Déclaration du Roy pour l’établissement de la Compagnie des Indes orientales au Port Louis et au Faouédic, juin 1666.

[10] Fréderic REGENT, La France et ses esclaves, Grasset, 2007.

[11] D’après « Le Recueil ou collection des titres, édits, déclarations, arrêts, règlemens, & autres pièces concernant la Compagnie des Indes orientales établie au mois d’août 1664, précédé d’un avertissement historique sur l’isle de Madagascar, depuis 1506, époque de sa découverte, jusqu’au tems que le roi la réunit à son domaine » publié en 1755 et 1756 à Paris chez Antoine Boudet, cité par René ESTIENNE.

[12] Cf Archives Nationales Archives nationales - Sous-série Marine 4JJ,  Le journal de bord de la frégate La Favorite détaille sa campagne négrière partie de Lorient en 1743.

[13] Jean-Yves LE LAN, article, Société d'Archéologie et d'Histoire du Pays de Lorient.           .

[14] Abdoulaye LY, La Compagnie du Sénégal, Paris, Karthala, 1993. Ibrahima SECK Les Français et la traite des esclaves en Sénégambie.

[15] Cf la maquette du Musée de la Compagnie des Indes de Port Louis.

[16] Voir note 11.

[17] Robert BOUSQUET, Les esclaves et leur maitre à Bourbon au temps de la Compagnie des Indes 1665-1767    ( internet, historien de la Réunion) Recueil publié chez lulu.com . Le Journal de bord de la frégate «l’Hirondelle ».

[18] Nosy Marosy en malgache, ancien nom Marosy, Marotte ou Marose en français, est une île de l'océan Indien située le long de la côte nord-est de Madagascar, dans la baie d'Antongil.

[19] Albert. JAUZE, les campagnes du Ruby en 1763 et 1764, revue Les  Outre-Mers, T.100, n°374-375 , p. 120 : citation de Albert LOUGNON, Premières relations des îles avec la côte orientale d’Afrique, publié dans recueil trimestriel de documents et travaux pour servir l’histoire des Mascareignes françaises, Académie de la Réunion,1940, archives d’outre-mer.

[20] Sudel FUMA,  L’esclavagisme à La Réunion, L’Harmattan, Paris, 1992, 191 p.

[21] De la servitude à la liberté : Bourbon des origines à 1848, CCEE Région La Réunion.

[22] Prosper EVE, La société bourbonnaise, de la société paysanne traditionnelle à régime seigneurial à la société de plantation, CRESOI, 2015.

[23] Henri Daniel LISZKOWSKI, Mayotte et les Comores, Baobab Mayotte, 2000, p.134.

[24] André LESPAGNOL, Messieurs de Saint Malo, Presses Universitaires de Rennes, 2011.

[25] Jacques CHEREL (dir), Joëlle ANDRIEU, François EGLIN, Repères pour Mayotte : La population esclave de Bourbon, p.42 ; Sudel FUMA, l’esclavage à la Réunion  1794-1848,  l’Harmattan, 1992.

[26] Philippe HAUDRÈRE dans René ESTIENNE, les Compagnies des Indes….

[27] Robert BOUSQUET, La destruction des noirs marrons de Bourbon (La Réunion), sous la régie de la Compagnie des Indes. 1734-1767.

[28] Cahiers des Anneaux de la Mémoire, n°9 De l’Afrique à l’Extrême-Orient, Nantes ,2006. Les Africains en Inde portent le nom de Sidis. Rumanabur Bilal, descendante d’esclave africain, d’Ahmedabad se rendit en 2002 avec émotion sur la terre de ses ancêtres au Sénégal. En février 2017 un artiste malgache Joël Andriannomearisoa présente une œuvre à la foire d’art contemporain de Dehli faisant référence au passé d’esclaves et aux relations de l’Inde avec Madagascar, When the day belongs to the night.

[29] Affaiblie par la défaite de la France après la guerre de Sept Ans (1756-1763), opposant la France et l'Angleterre, et par la perte de ses comptoirs en Inde, la Compagnie "perpétuelle" périclite.

[30] L’armateur Esnoul Deschateles, dont la famille est originaire de Saint Malo, est né à Lorient, le 8 août 1749. Il fait construire le manoir de Soye à Ploemeur. C’est un ancêtre de l’ingénieur Dupuy de Lôme.

[31] Archives départementales du Morbihan, 9B99.Dossier pédagogique consultable sur le net.

[32] Albert. JAUZE, les campagnes du Ruby….p. 172.

[33] Henri Daniel LISZKOWSKI, Mayotte et les Comores, Baobab Mayotte, 2000, p.134

[34] Exposition Tromelin à Lorient par le Musée de la Compagnie des Indes, 2016.

[35] L’Indicateur colonial, 5 avril 1845, cité dans Jacques CHEREL (dir.), Repères pour Mayotte…

[36] Prosper EVE, Auguste Lacaussade, un franc-créole en France, destin d’un fils d’esclave, Océan Editions, 2006, p.50.

[37] Jacques CHEREL, La traite cachée et mémoire à Mayotte, Cahiers des Anneaux de la Mémoire n° 9, De l’Afrique à l’Extrême-Orient, Nantes 2006, p.303.

[38]METTAS (Jean) : Répertoire des expéditions négrières françaises au XVIIIe siècle, édité par Serge Daget. — Paris, Société française d'histoire d'outre-mer. — 24,5 cm. Tome I : Nantes, 1978, XXI-795 p.

[39] Jacques CHEREL, Lorient, Nantes et la traite des noirs, catalogue d’exposition, 1985, Lorient, non publié. Réalisation des élèves du Lycée Dupuy de Lôme de Lorient (Projet d’action éducative), avec le concours du CRISLA, du Musée de la Compagnie des Indes, du Musée de Nantes, de l’Institut Culturel de Bretagne, de l’association Regards Croisés, de la Caisse d’Epargne. Il s’agit du premier recensement,  effectué à partir de l’inventaire établi par Jean  Mettas.

[40] Philippe HAUDRERE, Gérard LE BOUEDEC, Les Compagnies des Indes, 1999, Ouest France, p.57.

[41]Ce nombre est avancé par plusieurs autres historiens ou chercheurs : René ESTIENNE, Les archives des compagnies commerciales et la traite : l’exemple de la Compagnie des Indes, Lorient, Service historique de la Défense, 2009 p. 6 ; Philippe HAUDRERE dans René Estienne, les Compagnies des Indes, mais aussi Jean Yves LE LAN, Philippe HAUDRERE…

[42] 1 744 expéditions négrières.

[43]Michel FIGEAC, Bordeaux et la traite négrière au XVIIIe siècle, colloque et journées d’études Auguste Lacaussade à la maison des sciences de l’homme, Université Michel Montaigne, Bordeaux 2007, Océan Editions.

[44] Brigitte NICOLAS, De la côte de Coromandel aux côtes du Sénégal, les tribulations des indiennes de traite, pp. 97 à 111, Cahiers n° 9/10.

[45] Colloque sur la Compagnie des Indes et l’Afrique à Lorient et Exposition, Comptoirs d’Afrique au Musée de la Compagnie de Port Louis en 2006.

[46] Erik NOËL, Etre noir en France au XVIIIe siècle, 2006, éditions Taillandier. Exposition temporaire au Musée du Nouveau Monde de La Rochelle (Charente-Maritime), 21 avril-12 juillet 2010.

[47] Ce tableau présenté au Musée de la Compagnie des Indes de Port Louis a été réalisé en 1750, entre le retour d’Afrique de Antoine de Vire du Liron de Montivert en 1749 et son départ en Inde en 1752. Il s’agit de l’un de ses esclaves-serviteurs africains rentrés avec lui (dont Amadi, celui du tableau ?),  un singe (monsieur coco) et un perroquet ( d’après Brigitte NICOLAS, conférence du 14 octobre 2014).

[48] Cahiers du Fouédic n°6, 1993. Alban Peres, recensement des actes paroissiaux et d’état civil. Jacqueline GUYADER « Etrangers enregistrés dans les registres paroissiaux et état civil de Lorient au temps de l’esclavage », Archives municipales de Lorient 2006.

[49] La peinture du port par Pierre Cadre (1884-1972) relate un fait historique. Le 11 août 1689, la marquise de Sévigné débarquait à Lorient, en provenance de Port-Louis. Elle écrit à sa fille, Mme de Grignan : « Nous allâmes le lendemain (...) dans un lieu qu'on appelle l'Orient, à une lieue dans la mer; c'est là qu'on reçoit les marchands et les marchandises qui viennent d'Orient...».En 1931, il propose ce tableau comme maquette à une fresque murale de 40 m², prévue dans le hall d'honneur de la toute nouvelle chambre de Commerce et d'Industrie du Morbihan à Lorient (fresque visible actuellement dans les locaux de la CCI).

[50] Pierre H.BOULLE, SUE PEABODY, Le droit des noirs en France au temps de l’esclavage. Autrement, 12- 2014. En France, à partir de 1716 une exception au principe du sol libre fut octroyée aux planteurs qui souhaitaient amener en métropole leurs esclaves domestiques. Tout un appareil juridique dut être créé pour accommoder cette exception. Les Parlements de l’ouest se firent très accommodants.

[51]  La controverse de Valladolid : fallait-il baptiser les autochtones, étaient-ils des êtres humains ?

[52] Olivier GRENOUILLEAU, La Révolution abolitionniste, Gallimard, 2017.

[53] VOLTAIRE, « le Nègre de Surinam »,  Candide, chapitre 19.

[54] Gérard LEBOUEDEC in Jacques CHEREL (dir), Révolution en Bretagne, PUR, 1993 p. 151.

[55] Dans la nuit du 22 au 23 août 1791 éclate une violente insurrection à Saint-Domingue, colonie française. Esclaves noirs et affranchis revendiquent la liberté et l'égalité des droits avec les citoyens blancs.

[56] Le décret d'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises du 4 février 1794 (16 pluviôse an II) est une décision émise par la Convention nationale et votée à Paris le 16 pluviôse an II, 4 février 1794. Le décret décide l'abolition de l'esclavage des Nègres dans toutes les Colonies. Il suit et confirme l'initiative des commissaires civils de Saint Domingue Sonthonax et Polverel et prend valeur de loi générale. Le texte a été abrogé par la loi du 20 mai 1802.

[57] Annick LE DOUGET, voir p. 69-86 dans Ronan LE COADIC, De la domination à la reconnaissance. Antilles, Afrique et Bretagne, édité aux Presses Universitaires de Rennes. De la domination à la reconnaissance. Antilles, Afrique et Bretagne, Presses universitaires de Rennes, coll. « Essais », 2013, 370 p ; mais aussi Histoire de la violence, du crime et de la Justice en Bretagne Spezt, Coopbreiz 2011 ; Juges, esclaves et négriers en Basse-Bretagne, 1750-1850. L’émergence de la conscience abolitionniste. Fouesnant, auteur, 2000.

[58] Communications de Joseph RIO, sur les relations épistolières entre les écrivains Brizeux et Lacaussade : Brizeux, Lacaussade : des inventeurs d’identité, dans Auguste Lacaussade , colloque international à l’université de Maurice, 2009, Océans Edition. Jean François GERAUD, Lacaussade à Bourbon : les 3 temps de l’esclavage, dans Auguste Lacaussade, journées d’études Musée Dobrée, Océan Editions, 2009, p. 323. Des publications du Centre de Recherches et d’Etudes sur les Sociétés de l’Océan Indien rendent compte de ce travail.

[59] Voir annexe, ci-dessous.

[60] Gilles GERARD, La famille esclave à Bourbon, thèse de doctorat Université de la Réunion 2011.

[61] Philippe HAUDRERE, La révolte des esclaves à bord des bâtiments négriers français au XVIIIe s.: essai de mesure. PUR.2004.  Le Répertoire des Expéditions négrières françaises au XVIIIe s. de Jean Mettas et Serge Daget, recense 3134 voyages de traite, dont 138 – soit 4,4  % – sont perturbés par une révolte des esclaves.

[62] Cf Colloques internationaux du MÉMORIAL DE L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE à Nantes. Cf Colloque de l’association des Anneaux de la mémoire à Nantes : Les ports européens face à la pluralité des mémoires de la traite des Noirs et de l’esclavage.

[63] Françoise VERGES, Les patrimoines de la traite négrière et de l'esclavage, préface. Les esclaves  ne sont plus des personnes «sans histoire» mais des êtres humains inscrits dans le monde par leurs créations, leurs paroles, leurs luttes et leurs chants.

[64] Cf Les visites guidées au Louvre :  « L’ESCLAVE AU LOUVRE. UNE HUMANITÉ INVISIBLE ».

[65] Frédéric REGENT, Gilda GONFIER, Bruno MAILLARD, « Libres et sans fers, paroles d'esclaves français » – éditions Fayard histoire, 2015, 300 pages,

[66] Prosper EVE, Auguste Lacaussade , Journées d’études Musée Dobrée Nantes 9-10 mai 2008, Océan Editions 2009, p.75.

[67] Achille MBEMBE « L'Afrique est avant tout un projet planétaire» et « il n' y a guère d'histoire de l'Afrique qui ne soit en même temps une histoire du monde tout comme il n'y a guère d'histoire du monde qui ne soit en même temps une histoire d'Africains ou de leurs descendants.Tout s'opère dans les circulations des mondes“. De la postcolonie, Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine, Paris, Karthala, 2000, 293 pages. Professeur d'histoire et de science politique en Afrique du Sud et aux États-Unis.

[68] Selon le sens donné par Emmanuel LEVINAS, entretien avec Françoise ARMENGAUD à propos de l’œuvre de Sosno, édition de la Différence, 1990.

[69] Alain MABANCKOU, préface p.12, in TA-NEHISI COATES, une colère noire, lettre à mon fils, Autrement,2015. Alain Mabanckou a été nommé récemment au Collège de France.

Alors que les jours de commémoration de l’abolition de l’esclavage approche, le silence sur la part de Lorient et de la Compagnie des Indes sur l’esclavage me paraît satisfaisant à un moment où la République veut affirmer l’unité de la Nation et le vivre ensemble. Il ne s’agit nullement de repentance mais de reconnaissance de la part des Africains dans le devenir de ce qui est aujourd’hui la réalité de notre pays. Ce texte n’a d’autres ambitions que de rappeler les réalités historiques, loin des mythes sur les aventures de marins en Inde ou ailleurs, véhiculés par une histoire idéalisée et lacunaire. Seule l’affirmation de la vérité des faits peut permettre l’entente entre les peuples. J’ai moi-même participé à l’écriture de cette histoire en proposant une exposition dans les années 1980 sur le sujet à Lorient à partir de travaux de lycéens. J’ai également dirigé la publication d’un ouvrage sur l’enseignement de la Révolution et la Bretagne publié aux PUR, qui aborde le sujet, ainsi qu’un livre scolaire sur l’histoire de Mayotte, Repères pour Mayotte (éditions Baobab), divers articles.
D’avance je vous remercie de bien vouloir diffuser le texte ci-dessus, voire de le publier.

Jacques Chérel,
26 avril 2018.

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