L’église Sainte-Thérèse de Keryado ou Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus


La mission de construire une église a été confiée à l’abbé Le Gal par l’évêque monseigneur Gouraud. Par contre, l’évêché était dans l’incapacité d’apporter son aide pour le financement du projet. Il a alors appartenu au recteur de Keryado de se débrouiller pour trouver de l’argent afin d’entreprendre les travaux et de mener la construction à son terme. Il faut attendre le décès de l’évêque et l’arrivée de son remplaçant, monseigneur Tréhiou, qui bien qu’il confirme qu’aucune aide financière ne peut être apportée, autorise l’abbé à entreprendre la construction par tous les moyens qui lui conviendront. Il multiplie les actions, lance des publications et va même jusqu’à vendre son propre mobilier aux enchères.

L’emplacement où doit s’élever l’église, dans le futur lotissement du Rouho, prévoit dans le cadre d’un plan d’embellissement, la construction d’un boulevard. Une bataille commence entre la paroisse et les municipalités de Lorient et de Keryado.

La réception d’une statue mais surtout d’une relique de la Sainte en juin 1927 marque le début de l’aventure de la construction de la nouvelle église. L’abbé fait alors dresser un autel dans l’église Saint-Joseph pour la statue offerte par un enfant, Albert Le Guernevé, baptisé dans l’église dite La Cabane, quelques années auparavant. À partir de ce moment-là, et grâce au cadeau d’un jeune Keryadin (devenu frère Armel de l’ordre hospitalier de Saint-Jean de Dieu, Basile Le Gal qui est parti se reposer cinq mois dans le sud de la France suite à une congestion cérébrale, sait à quel Saint vouer la future église.

Elle est toujours visible, protégée dans son reliquaire, au mur entre les portes d’accès à la sacristie et à la crypte, à droite de l’autel numéro deux, aire du Sacré Cœur de Jésus, non loin du gisant en cire de Sainte Thérèse.

Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus (née à Alençon en 1873, décédée au Carmel de Lisieux en 1897) est canonisée en 1925. Volonté du recteur Basile Le Gal, placée sous son vocable, la nouvelle église sera en quelque sorte le « Lisieux breton ».

La construction de l’église est autorisée par un arrêté municipal du 2 octobre 1929. Les travaux d’alignement seront à la charge du propriétaire du terrain Marcel Le Lausque (directeur d’école privée à Sainte-Hélène). La bénédiction de la première pierre de l’église Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus de la Sainte Face de Keryado dit le Lisieux breton ou encore « la rose de granit », implantée dans le projet de lotissement du Rouho, a lieu le 20 octobre 1929. L’église, consacrée (bénédiction solennelle) le 25 octobre 1931, est l’œuvre de l’architecte hennebontais Charles Millot, ancien architecte en chef du ministère des Régions libérée à l’issue de la Première Guerre mondiale. Il avait postulé au concours restreint réservé aux architectes de la région et clôturé le 1er février 1929. Le programme du concours est publié dans le numéro 25 du mois de janvier 1929 de la revue La Cabane.

Le 4 février, le jury composé notamment de Roger de Vitton et de l’abbé Le Gal le retient.

Lors du Grand pardon du 18 mai 1930, la cloche d’Appel « Je m’appelle Thérèse » est baptisée et est placée dans le clocheton au-dessus du chœur. Le même jour, la crypte achevée est bénite par Monseigneur Picaud. La première cloche, « Jeannette » (100 kg), baptisée en 1900 par le Chanoine Pichodo (recteur de Ploemeur) et installée dans un beffroi en bois à la chapelle Saint-Joseph est déplacée pour être installée dans un beffroi à jours en bois à l’église Sainte-Thérèse. En 1934, elle est montée au-dessus du porche de l’église dans un beffroi métallique et elle est électrifiée en même temps que la cloche d’Appel qui fonctionne avec un programmateur de déclenchement.

Le 18 mai 1930, un parchemin réalisé par un sculpteur parisien et qui recense les noms des personnalités (titulaire de l’église, évêque consécrateur, autorités locales civiles et ecclésiastiques, bienfaiteurs) qui président à l’érection du Lisieux breton est scellé définitivement dans la première pierre. L’emplacement, visible sur la face extérieure du chœur à un mètre du sol, est marqué par une croix.

Le 8 mars 1931, la statue Sainte Thérèse est bénite à l’occasion de la Grand’messe célébrée dans l’église en construction à l’occasion de la grande fête de la Transmission, avant d’être montée et scellée sur le socle préparé pour couronner extérieurement la couronne du chœur. La statue, haute de 2,80 mètres pour 1 700 kilogrammes est due au sculpteur lorientais Gouzien. Elle est érigée le 28 mai 1931. Jugée trop lourde, elle est retirée en 1962.

Le 31 mai 1931, lors du premier Grand pardon d’été dans l’église Sainte-Thérèse, sous la présidence de l’évêque Tréhiou, à part pour le clocher, toute la maçonnerie de l’édifice est achevée.

Dans un style art déco aux influences cubistes l’église fait également référence à une ligne architecturale régionaliste, caractéristique par sa forme trapue ancrée dans le sol, sa vaste toiture en ardoise, ses rampants saillants, et l’utilisation de la pierre (granit bleu provenant des carrières de Beg Runio et de Rustel à Quéven). Toute son ossature en ciment armé, s’apparente néanmoins à la modernité. Clair et lumineux, l’intérieur de l’église s’articule autour d’une imposante nef recouverte d’une large voûte blanche en cimentalithe moulée reposant sur des colonnes recouvertes de stuc marbre. L’édifice se déploie autour d’une grande nef (51 m de longueur 17 m de largeur et 11 m de hauteur sous voûte), avec des bas-côtés séparés de celle-ci par des piliers dotés de deux modèles de chapiteaux en plâtre (staff) aux décors floraux. Un chemin de croix peint en 1936 court le long des bas-côtés, interrompu par une succession de six petites alcôves dans lesquelles sont placés des autels. Ces fresques sont l’œuvre de Léon Toublanc. Élève d’Ernest Laurent et de Paul Baudoin (fresquistes reconnus à l’époque), il est aussi intervenu à la basilique de Nanterre (Sainte Geneviève) et à l’église du Saint Esprit à Paris.

La voûte du chœur est décorée d’une vaste mosaïque réalisée en 1941 qui remplace une fresque décorative figurant une draperie. Elle représente la première communion de Sainte –Thérèse et est attribuée à l’architecte Caubert de Cléry, à l’atelier de vitrail Mauméjean Frères (Paris) et à l’entrepreneur Jagueneau (Vannes).

Le maître-autel est dessiné, par l’architecte vannetais Guy Caubert de Cléry qui travaille dans le cabinet de son père Joseph, en 1937 et il est entièrement achevé en mai 1942. Il est taillé d’un seul bloc en granit de Parigné. Il mesure 3,50 mètres de long et repose sur 8 colonnes de granit rose de Perros-Guirrec. Il est consacré le 12 mars 1955. Un an auparavant, le Carmel de Lisieux faisait don d’une relique de la Sainte, scellée dans le maître-autel.

Les vitraux figuratifs réalisés par les ateliers Mauméjean illustrent avec des couleurs chatoyantes la vie de Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus.

Financée en grande partie par des dons, la construction de l’église n’est interrompue que par la Seconde Guerre mondiale. Aussi, au moment de la reconstruction, René Millot, est retenu pour les réparations et pour l’édification du clocher et ainsi achever l’œuvre de son père Charles. En effet, avant la guerre, Charles Millot dresse des plans du futur clocher mais ses archives brulent dans les bombardements d’Hennebont. C’est par amitié pour lui que le recteur entame des pourparlers avec son fils René mais après son refus, le recteur fait appel à Guy Caubert de Cléry (fils de Joseph Caubert de Cléry) qui a déjà travaillé sur le maître-autel, pour enfin doter l’église d’un clocher. Le clocher de 25 mètre de hauteur dont les travaux commencent en 1957 n’est achevé qu’en 1959. Depuis cette époque, une statue en granit rose de Ploumanac’h du sculpteur lillois Robert Coin, représentant Sainte-Thérèse de Lisieux, surmonte le portail du clocher.

Le clocher renferme aujourd’hui les trois cloches : Marie, Josèphe et Thérèse. À son sommet, est érigée une croix grecque, en souvenir de la croix découverte dans le sol d’implantation de la future église avant son édification. En effet, une croix grecque en fer (300 grammes) dite la Croix des Fouilles est trouvée par des ouvriers en creusant un trou pour les études de sol de la future église Sainte Thérèse, le 7 septembre 1929.

L’abbé Basile Le Gal, le « curé-bâtisseur » prend sa retraite à Pont-Scorff, pour raison de santé le 15 mai 1939. Il est remplacé par le recteur Pierre Nicolas. Lors de son départ, il est conscient de laisser un travail inachevé à son successeur, mais il ne désespère pas et croit en « un don généreux pour qu’enfin un clocher s’élevât haut dans le ciel du Rouho comme le fût, grâce à un cœur généreux aussi, le beau clocher Saint-Charles de Blois ».

En 1941, Pierre Nicolas demande par écrit à l’abbé Basile Le Gal de lui faire parvenir des portraits photographiques car le nouveau recteur souhaite qu’au vu de son engagement dans la construction de l’église, Basile Le Gal soit représenté dans l’église. Le mosaïste Mauméjean est chargé de le représenter sur le maître-autel, en train de donner la première communion à Sainte Thérèse portant une couronne de fleur.

L’abbé Basile Le Gal ne verra pas la fin des travaux de son église, car il décède en 1942. L’œuvre est néanmoins indéfectiblement liée à son créateur. Ainsi Il est inhumé à l’entrée du chœur. Sa plaque funéraire est visible entre le couple de statues réalisée par la sculptrice Yvonne Parvillée de l’atelier George Serraz.

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