Pardons : sujet de conflit avec le maire


Au cours des années 1930, les relations entre le maire de Keryado et le recteur de la paroisse sont conflictuels.

Le 21 juillet 1904, un peu plus d’un an et demi avant la loi de séparation de l’Église et de l’État, le maire de Keryado, Pierre Le Breton, prend un arrêté municipal interdisant les processions sur le territoire de la commune. Pour pallier aux interdictions, les kermesses paroissiales continuent d’être organisées sur les terrains privés de la famille de Vitton.

Entre le 13 et le 20 octobre 1929 a lieu l’octave – jubilé, le premier préparatoire au Grand pardon de Sainte Thérèse à Keryado. À cette occasion, la kermesse paroissiale, traditionnellement organisée dans la propriété du comte Roger de Vitton au château de Kerlétu, est organisée sur les terrains du patronage de la rue Pierre Huet. Le comte et sa femme qui font également le service, se sont chargés de la préparation et de l’organisation du repas du pardon. Douze kilomètres de crêpes auraient été vendus ce jour-là. Le pardon des adultes programmé, l’abbé Le Gal organise également, le 19 mai 1929, pour offrir aux jeunes paroissiens les mêmes fêtes qu’aux adultes, la première fête de Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus pour les enfants de Keryado : le Grand pardon des Petits Pages.

Dans les années 1930, le patronage s’occupe des pardons à raison de trois par an de mai à octobre (un pardon thématique le troisième dimanche de mai à l’église Sainte-Thérèse, le pardon de Saint-Armel le troisième dimanche de juillet et le pardon de Sainte-Thérèse du Lisieux le troisième dimanche d’octobre. Le pardon du printemps a en général un thème en lien avec l’avancement de la construction de l’église et la souscription en cours : pardon des voûtes, du clocher et les programmes annoncent longtemps à l’avance les offices.

La deuxième moitié des années 1930 est marquée par les relations entre le maire et le recteur Basile Le Gal dont Giovannino Guareschi aurait pu s’inspirer pour créer ses personnages de Don Camillo et Peppone.

Dès sa nomination en 1935 et s’appuyant sur l’arrêté municipal de 1904 interdisant les processions, le maire Jean Le Maux, homme sanguin réputé pour son fort caractère, s’oppose aux manifestations à caractère religieux qui ont lieu sur la voie publique mais il se cristallise jusqu’en 1939 autour de la volonté municipale d’interdire la procession du pardon de Saint-Armel.

Le 21 juillet 1935, le maire se rend au village de Saint-Armel, accompagné de nombreux partisans, déterminé à stopper la procession. La maréchaussée (police) assiste à la confrontation des deux hommes. Malgré les poings levés des nombreux opposants, les paroissiens entonnent des cantiques face aux partisans du maire qui répondent par l’Internationale. Le recteur et son cortège franchissent tout de même le barrage et peuvent ainsi à accéder à la chapelle. L’année suivante, des troubles ont à nouveau lieu pendant le pardon de Saint-Armel. Le 20 mai 1937, l’abbé Le Gal, au caractère tout aussi trempé que celui du maire de Keryado, fait évacuer des petits vendeurs alors qu’ils sont dans la rue et non sur la propriété du clergé. De plus, le dimanche 23 mai, il annonce lors de la messe, en chaire à l’auditoire, qu’une manifestation se fera du presbytère à l’église pour accompagner l’évêque de Vannes. La tension avec la municipalité s’accroît. Le maire prend un nouvel arrêté le 28 mai 1937, interdisant toute procession sur la voie publique et stipulant que toute manifestation doit faire l’objet d’une demande préalable.

La bataille est également juridique. Chaque année, l’abbé Le Gal saisit le conseil d’État qui déboute à chaque fois le maire de Keryado. Le combat de deux hommes de caractère qui ne cèdent rien. La crise s’amenuise avec le départ en juin 1939 de Basile Le Gal malade qui décède le 25 mai 1942. Basile Le Gal est remplacé par le recteur Pierre Nicolas. Celui-ci doit gérer le pardon de juillet 1939, mais les relations avec Jean Le Maux sont moins tendues car le nouveau recteur est un homme de dialogue et d’écoute au caractère plus pondéré. Pour autant, la veille du pardon, alors qu’il avait donné l’autorisation de la municipalité, le maire revient sur l’accord et la messe prévue dans la chapelle se tient dans l’église Sainte-Thérèse.

Le recteur est appelé au front dès le mois de septembre 1939 en tant qu’aumônier, les vicaires devront un temps gérer les offices et la paroisse.

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