Prémices de l’indépendance religieuse


Keryado a connu plusieurs statuts. Elle se détache de Ploemeur en 1901 pour devenir indépendante, avant d’être annexée à Lorient en 1947. Elle a même failli devenir paroisse quévénoise à la fin du XVIIIe siècle. En effet, le 27 novembre 1790, le recteur de Quéven refuse la proposition de Ploemeur de lui rattacher le village de Keryado et le village de Saint-Armel avec sa chapelle. Un siècle plus tard le recteur de Ploemeur Louis Pichodo, ne semble pas vouloir se séparer de ces paroissiens. Situé sur le domaine de Tréfaven, un oratoire qui peut difficilement accueillir plus de 200 fidèles est mentionné pour la première fois vers 1500. Il pourrait s’agir de la chapelle Saint-Armel près du village de Saint-Armel. Le 26 septembre 1877, monsieur de Vitton demande à ce qu’une somme de 200 francs soit allouée pour le logement d’un vicaire. Le 12 mai 1879, l’indemnité de logement au curé ou à défaut au local servant de presbytère pour le vicaire est présentée au Conseil. Le 20 juillet 1879, l’érection de la chapelle communale de Saint-Armel sur la section de Keryado est annoncée aux membres du conseil municipal. Ainsi, des messes peuvent y être célébrées.

À une époque où il n’y a ni véhicules motorisés ni tramways, les Keryadins (Keryadains ou Keryadiens) souhaitant assister aux messes et aux cérémonies religieuses doivent se rendre à la chapelle Saint-Armel ou au bourg de Ploemeur. L’Église de Ploemeur, pour palier à la défection de ces paroissiens rebutés par la distance et qui par conséquent préfèrent se rendre aux offices réguliers sur Lorient, décide de la construction d’une nouvelle chapelle plus proche du bourg de Keryado.

La chapelle, en bois, construite par les capucins de Lorient à partir de 1890, dont les travaux sont terminés en mars 1891, porte alors le vocable de chapelle des Capucins. Tous les exercices religieux sont alors suivis chaque soir par une foule nombreuse mais dès le 29 mars 1891, suite à des désordres récurrents, le préfet du Morbihan s’y déplace à la demande de l’adjoint spécial de Keryado. Immédiatement, il ordonne la fermeture de la chapelle, le clergé de Ploemeur ayant omis de demander l’autorisation prévue pour la célébration du culte dans la chapelle des Capucins.

Le 24 mars 1892, la fabrique de Ploemeur est autorisée à occuper à nouveau, et à titre gratuit, la donation de Hyacinthe Glotin du terrain et de la chapelle. Elle est située au Manio, sur un terrain appartenant à monsieur Glotin, à l’angle de la rue Pierre Huet et de la rue Saint-Joseph. La construction rustique en bois, rapidement appelée La Cabane, est bénite le 17 septembre 1893. Ce jour-là, la première grand-messe est célébrée par le clergé de Ploemeur dans l’édifice alors dénommée chapelle de Keryado. L’appellation chapelle des Capucins disparaît. La chapelle est livrée au culte le 24 mai 1893. Les vicaires généraux de Vannes ont décidé de confier la section de Keryado éloignée du bourg à un vicaire qui y demeure afin d’y officier les services. Le service de Keryado est alors officié par le vicaire Buléon nommé vicaire à Ploemeur le 11 février 1893. Le curé de Ploemeur adresse une lettre au maire de Ploemeur demandant une indemnité de logement pour le vicaire exerçant à la chapelle de Keryado. Cette demande est repoussée par le conseil municipal le 3 septembre 1893.

Le 14 avril 1894, une conférence est donnée dans la chapelle Saint-Joseph sur la fête nationale de Jeanne d’Arc par l’abbé Duparc. Dès le 22 avril suivant, une deuxième conférence y est donnée sur le thème Les Droits de l’Homme par l’abbé Buléon qui est professeur au petit séminaire de Sainte-Anne. Plus étrange est le sujet de la conférence qui y est donnée le 19 mai 1895 sur l’anarchie avec le titre Ni Dieu ni maître par l’abbé Garrec est professeur au petit séminaire de Sainte-Anne, devant un auditoire de 300 personnes. Le 26 mai, l’abbé Buléon tient sa deuxième conférence dans la chapelle : Le Bon Dieu, (prière ou blasphème qu’on entend sur les rues comme dans les églises). Le samedi 8 juin, l’abbé Duparc clos le cycle des trois conférences annuelles par celle intitulée Le pape.

En 1896, le recteur de Ploemeur exprime à plusieurs reprises sont mécontentements à l’évêché suite à cette décision. Il y voit une amputation de son pouvoir et un rabaissement de son autorité. Le 1er juin 1897, Hélène Séveno vend sa maison de Keryado au recteur de Ploemeur pour faire office de presbytère, moyennant une rente viagère (jusqu’en septembre 1947). La même année, des registres paroissiaux de baptêmes, mariages et sépultures propres au territoire de Keryado sont ouverts. Les cérémonies ont alors lieu dans la chapelle de Keryado qui prend le vocable de chapelle Saint-Joseph. Après l’éducation de l’âme, c’est au tour de l’éducation de l’esprit de s’implanter à Keryado avec le 29 août 1897, la bénédiction de l’école privée Sainte Jeanne d’arc, encadrée par les filles de la Sagesse. Il y a alors cinq religieuses pour une vingtaine d’élèves. École de filles ou seul la classe infantile (maternelle) est mixte. Le 17 février 1898, le chemin de Croix de l’oratoire de l’école paroissiale est bénit. C’est le début de l’indépendance religieuse du territoire. Suite à la séparation de l’Église et de l’État, Hyacinthe Glotin loue au recteur Jaffré et à ses successeurs un terrain sur lequel se trouvent l’église paroissiale et le patronage.

© 2018 - Site officiel des Archives et du patrimoine de la Ville de Lorient

Retour en haut