Le monde agricole


Avant-guerre, 86 % de la surface communale est dévolue à l’exploitation agricole avec 43 fermes sur la commune : deux au Bois-du-Château, trois au Bourgneuf, trois à Kerbréhueste (Kerbrévest), quatre à Kerforn, une à Kergoal, une à Kerguillette, deux à Kerlégant, une à Kerlétu, deux à Kerlouano, deux à Kernitra, trois à Kerulvé, une à La Cardonnière, quatre au Manio, une à La Périnière, deux au Pouillot et huit fermes groupées à Saint-Armel.

Le Bois-du-Château, nouveau quartier de la reconstruction, est une dénomination ancienne dont les terres appartenaient à la seigneurie de Tréfaven. Ces terres abritent alors la petite forêt du château de Tréfaven. Le bois, qui s’étend jusqu’à Kerdual, composé essentiellement de hêtres, auquel ce quartier doit aujourd’hui son nom, est rasé en 1805 suite au décret impérial du 6 mars 1805 qui transforme le château de Tréfaven en poudrière. Ce défrichement permet à cette zone déjà rurale d’y exploiter de nouvelles terres fertiles.

Le lait des vaches fourni notamment la laiterie de Kerlétu appartenant à la famille de Vitton puis celle de Kerguillette qui produit entre autres les fromages Camembert d’Arvor, le Campeur, le Saint-Armel mais également du beurre ou des yaourts. Le 20 avril 1954, un arrêté définit le code des laiteries sans qu’il soit obligé de mentionner les noms et les adresses des fabricants sur les étiquettes : la laiterie de Kerguillet reçoit le code 56E.

La première laiterie est créée à Kerguillette en 1924 par trois ingénieurs agronomes suisses. Le site par son abondance en source d'eau est propice à une telle exploitation. Elle est rapidement acquise par un fromager parisien dénommé Jaggi qui revend la laiterie-fromagerie en 1930 à madame Lesage, associée à monsieur Courtet. Ils étaient alors propriétaires depuis 1920 d'une autre fromagerie à Kerguillette vendue en viager en 1950 à Robert Colin de Pont-Aven. Ce dernier, diplômé de l'école laitière de Surgères, rencontré par madame Lesage lors de son repli à Pont-Aven est embauché par elle après la Seconde Guerre mondiale. Pour faciliter la reprise de l'activité, il demande à ce qu'un prisonnier de guerre allemand puisse être utilisé pour l'aider. Avec son épouse Louise (fille de paysans, originaire de Querrien), il fait vivre la laiterie de Kerguillet de 1950 à 1982. À leur départ en retraite, deux des employés reprennent les rennes dont madame Postic qui en assure la direction. En 1990, ils vendent à leur tour à monsieur Maréchal. Il déménage la laiterie à Plouay en 1999. Depuis 1999, les produits sont donc fabriqués à Plouay : fromages, lait ribot, beurre en baratte, yaourt, crème fraîche… En 2011, le couple reprend l'affaire.

Aux comices agricoles de Ploemeur de 1853, un cultivateur installé au Bois-du-Château remporte le concours des labours. En 1900, un examen d’admission pour l’école d’agriculture du Morbihan est organisé à Kersabiec. Véritable grenier de Lorient, par ses activités agricoles, Keryado alimente les marchés et halles de Lorient mais une grande partie de sa production est également exportée depuis la gare de Lorient.
Les principales cultures sont celles des choux, du blé, des petits pois et des haricots verts. Les légumes sont notamment vendus à la conserverie Delory à Kerentrech. Le cidre produit est écoulé dans les différents débits de boissons de Keryado et Lorient.

Le 20 octobre 1901, après une conférence menée par monsieur Le Rouzic (professeur d’agriculture), les cultivateurs présents créent aussitôt la Société d’Assurances Mutuelles contre la mortalité du bétail, des communes de Lorient – Keryado. L’orateur leur a démontré les services qu’apporte la prévoyance aux cultivateurs. Monsieur Le Moing est aussitôt nommé président de la société puis Morin vice-président, François Cagnec secrétaire-trésorier ; Lestréhan (oncle), Yacinthe Le Coroller, Jacques Cagnec, Jean Esvan, Joseph Jégo, Eugène Cagnec, Joseph Cagnec, Lomnec et Le Hun experts.

Keryado, terre agricole, c’est naturellement que les syndicats agricoles de Lorient, Ploemeur et Keryado se réunissent régulièrement sur son territoire comme le 10 janvier 1909 dans la salle de l’école communale de Keryado. Ce jour-là, monsieur Hidoux, professeur d’agriculture, y tient une conférence sur la fumure des petits pois.

En 1943, 42 agriculteurs sont imposés pour des livraisons de bétail, au total 42 bovins, 170 veaux et 4 porcins : Louis Rivalain (Kernitra), Pierre Le Cagnec (La Périnière) Louis Le Mancq, Jules Bissonnet, Raymond Dequay (Kerbréhueste), Eugène Le Mentec (Perroquet-Vert), Pierre Lescop, Charles Costovec (Kerlégan), madame Noémie de Vitton (Kerlétu), Pierre Coëffic (Kergoal), veuve André Pogam, Louis Coëffic (Kerlouano), Jean Le Coguic, Joseph Stéphant, veuve Philomène Kerlir (Bourgneuf), Louis Le Coroller (Kerfichant), Alexandre Allanic, Joseph Le Guerroué (Pouillot), Gaston Chegard, Jean Chegard, Pierre Giguelay (Kerulvé), Pierre Jaffrézo, Philippe Henri, Alexandre Guérard, Gaston Le Hunsec, Félix Le Boudouil, Maurice Le Calvar, Antoine Giguelay, François Esvan (Saint-Armel), Alphonse Guyonvarc’h, Pierre Le Hunsec, Jean Porhiel, Henri Le Danff (Manio), Joseph Le Montagner, Veuve Rosalie Le Liboux, Jean Lomenech (Kerforn), Jean Le Pogam (Kerguillet), Jean Le Floch, Jean Lestréhan (Tréfaven), Pierre Le Bellec (Kerdual) Pierre Keryhuel, Jean Le Bellec (Bois du Château).

De même, un courrier daté du 23 avril 1943 du chef du service des réquisitions de la région lorientaise informe que les maisons de cinq d’entre eux ont été réquisitionnées : veuve Rosalie Le Liboux, veuve Philomène Kerlir, Louis Coëffic, Eugène Cagnec et veuve Noémie de Vitton.

Dans une lettre du 6 mai 1943, les noms de Raymond Dequay, Jules Bissonnet et Gaston Chegard y sont ajoutés pour des réquisitions de terrains. Au fil de la guerre la liste des exploitants réquisitionnés pour des terres, du matériel ou du bétail s’allonge : Joseph Stéphant, Jean Le Coguic, Pierre Bellec, Pierre Coëffic, Pierre Keryhuel, Jean Le Pogam, Joseph Le Guerroué, Pierre Lescop… En ce qui concerne Jules Bissonnet, il est alors interné en Allemagne et c'est en fait son épouse Eugénie Bissonnet (née Kerlir) qui gère la ferme.

Le 31 mai 1946, 120 dossiers de réquisitions, faites sur la commune de Keryado par les Allemands, sont transmis à la préfecture du Morbihan : 23 de ses dossiers concernent les agriculteurs de la commune dont 21 pour des réquisitions de terrains. En effet, au printemps 1944, 69 hectares auparavant dévolus aux terres agricoles, sont recensés comme terrains militaires utilisés par l'armée allemande.

Même pendant l'évacuation du territoire, les exploitants agricoles n'ont abandonné ni leur terre ni leurs animaux. Sur les 42 dénombrés (17 propriétaires exploitants, 25 fermiers) seul 3 (Eugène Le Mentec, Alexandre Allanic, Philomène Kerlir) vont quitter Keryado le temps du Festung (Poche de Lorient) et ne revenir qu'à la Libération.

Déjà bien éprouvés entre 1940 et 1945, les paysans keryadins vont subir d’importantes pertes lors des cyclones des 20 septembre et 9 décembre 1946.

Comme pour les habitations de particuliers et les bâtiments publics, les exploitants agricoles de Keryado qui ne sont pas épargnés par la Seconde Guerre mondiale, ont quasiment tous subis des pertes. Selon un rapport du 19 novembre 1946, 12 d’entre eux ont éprouvé des pertes évaluées à plus de 75 % : les fermes de Gaston Le Hunsec avec 100 % du matériel et du cheptel (Saint-Armel) ; de Pierre Keryhuel avec 80 % du matériel et 100 % du cheptel (Bois du Château) ; de Pierre Bellec avec 75 % du matériel et du cheptel (Bois du Château) ; de Jean Lomenech avec 80 % du matériel et 75 % du cheptel (Kerforn) ; de Jean Le Mentec avec 80 % du matériel et 100 % du cheptel (Perroquet-Vert), de Jean Chegard avec 75 % du matériel et 80 % du cheptel (Kerulvé) ; de Pierre Giguelay avec 75 % du matériel et du cheptel (Kerulvé) ; de Gaston Chegard avec 75 % du matériel et de cheptel (Kerulvé) ; de François Esvan avec 75 % du matériel et de cheptel (Saint-Armel) ; de Joseph Le Guerroué avec 75 % du matériel et de cheptel (Pouillot) ; de Gabriel Giguelay avec 75 % du matériel et de cheptel (Saint-Armel) ainsi que la propriété de Vitton à Kerlétu avec 75 % du matériel, 100 % du cheptel.

Avant-guerre, les terres labourables réprésentent 228 hectares et 30 ares, les prés et pâturages 169h et 40a. Au printemps 1944, il n'y a plus que 182h et 64a de terres labourables (15h et 21a de moins qu'au printemps 1943), 85h et 35a de prés et pâturages. Au printemps 1945, 178h et 24a de terres labourables, 103h et 15a de prés et pâturages. En 1946 : 192h et 14a de terres labourables, 90h de prés et pâturages. En 1947, 210h et 80a de terres labourables, 80h et 60a de prés et pâturages.

Au 17 novembre 1942, 462 bovins (dont 3 taureaux et 446 laitières) sont recensés sur le territoire de Keryado et 48 cochons dont 30 porcelets. Au printemps 1946, les bovins remontent à 286 dont 268 vaches laitières.
Pour le cheptel, entre 1943 et 1947, les bovins passent de 336 (dont 2 taureaux et 331 vaches laitières) en 1943 à au 5 avril 1944, 323 vaches et 5 veaux dont 37 pour le cheptel de madame de Vitton. Au moment de la formation de la Poche de Lorient, il y a 321 bovins (dont 2 taureaux et 316 vaches laitières), au printemps 1945  ils sont 200 dont 1 taureau et 168 laitières, en novembre 1945 ils sont 224 (dont 2 taureaux et 195 laitières), puis à 286 (dont 2 taureaux et 268 vaches laitières) au printemps 1946, pour remonter à 294 en 1947 (dont 2 taureaux et 282 vaches laitières).
L'élevage porcin connait peu de variation sur la période, passant de 36 en 1943, à 43 au printemps 1944, 31 porcins de moins de six mois au printemps 1945, 26 à l'automne 1945, 34 porcelet et une truie reproductrice au printemps 1946 et à 46 en 1947.
Pour les chevaux dans les exploitations agricoles : 68 en 1943, 63 en 1944, 50 au printemps 1945, 55 à l'automne 1945, 69 en 1946 et 72 en 1947.
Les poulaillers ne sont recensé qu'une seule fois sur la période, à l'automne 1943 : 411 poules et coqs dont 247 pondeuses et poulettes.

En juin 1945, pour faciliter la reprise de la production agricole, ce qui conditionne le retour des ouvriers pour la reconstruction et de la population évacuée, l’armée française met à disposition des fermiers, des prisonniers de guerre allemands. De 16, leur nombre va jusqu'à 21 au maximum. En septembre 1946, ils sont 19 utilisés dans le domaine de l'agriculture dont un à la laiterie et 2 chez des maraîchers, 2 en garage automobile (garage Nédélec) et un en boucherie chez le tripier Le Bot.

Pour faire revenir la population sur le territoire, les commerces alimentaires doivent pouvoir fonctionner. Aussi, pour les besoins de la commune, des bovins sont réquisitionnés pour être livrés aux différents bouchers de Keryado que sont Le Roy, Alphonse Philippe, Pierre Philippe, Antoine Pochat, Pierre Roperc'h et Pierre Rustuel. Ainsi, au 5 mars 1946, une liste est établie pour la saisie entre le 24 novembre et le 21 décembre 1945 de 10 génisses, 4 bœufs et 22 vaches chez 22 agriculteurs exploitants.

De même, pour pousser les producteurs de céréales à produire, un système de point convertible en article divers est mis en place : 1 point au quintal livré de céréales panifiables,  c'est à dire nécessaires pour le pain. Ainsi, en mai 1947, 920 points sont distribués. Si la plupart des 42 producteurs choisit en contrepartie des chemises, des bleus de travail ou encore des chaussures, deux choisissent un pneu pour vélo et d'autres de la ficelle lieuse en complément. Avec 100 quintaux livrés pour sa ferme de Kerlétu, Noémie de Vitton choisit comme article un pneu automobile. Outre de favoriser la production, ce système permet d'améliorer les conditions de travail.

Pour l'année 1947, il reste encore 18 propriétaires exploitants et 23 fermiers. La main d'œuvre familiale est alors composée de 20 hommes et 61 femmes ; la main d'œuvre salariale permanente de 15 hommes et 11 femmes ; la main d'œuvre salariale saisonnière de 59 femmes ; la main d'œuvre de prisonniers de guerre allemands de 18 hommes. Une estimation du manque de main d'œuvre est faite : 21 hommes et 1 femme pour la main d'œuvre salariale permanente, 1 homme pour la main d'œuvre salariale saisonnière. À celà s'ajoute 4 artisans ruraux employant 7 compagnons et 3 apprentis.

Le 23 décembre 1947, pour la section de Keryado, la surface des terres labourables est de 205,85 ares, celle des prairies de fauche est de 85,03 hectares, celle des pâturages de 58,5 hectares. La surface totale des exploitations agricoles est encore à cette date-là de 323,68 hectares. Un recensement plus précis de septembre 1949, trouve un total de 340,88 hectares pour la totalité des exploitations agricoles de Lorient.

Le 16 avril 1942, est créé sous la présidence de Pierre Le Cagnec (exploitant à La Perrinière) le syndicat corporatif agricole de Keryado dont le siège est à la mairie de Keryado pour la circonscription de Keryado et de Lorient. Ce syndicat comprend les chefs d'exploitation, les salariés, les propriétaires exploitants, les propriétaires non exploitants et les artisans ruraux.
Le 29 juillet 1945, les paysans se sont réunis au Puits de Keryado en assemblée générale constitutive pour créer Syndicat agricole de Keryado s'étendant sur le territoire des communes de Keryado et de Lorient. La présidence revient à Pierre Le Cagnec (exploitant à La Perinière) et la vice-présidence à Joseph Le Cagnec (exploitant à La Villeneuve en Lorient). Le secrétaire et trésorier est Louis Rivalain (Kernitra). Les membres sont Joseph Stéphant (Bourg-Neuf), Jean Lomenech (Kerforn), Maurice Le Calvar (Saint-Armel) et Noémie de Vitton (Kerlétu). Les statuts sont revus le 21 janvier 1951.
Le 30 juin 1951, est créé, en assemblée générale, la Caisse locale d'assurance mutuelle agricole contre le risque médico-chirurgical de Keryado. À la présidence, Pierre Le Cagnec et à la vice-présidence Roger de Vitton. André Rivalain est quant à lui le trésorier secrétaire.

Le 9 avril 1963, l'adjoint spécial de Keryado dresse un état dans lequel il recense 22 exploitations sur Keryado et une sur Kervénanec qui déclarent avoir plantés du chou mais avoir connu un pourcentage de perte entre 70 et 90 % à cause du gel pour la saison 1962 -1963. En juin 1979, André Le Coguic dont l'exploitation est au Bourgneuf fait une déclaration de perte suite à la sécheresse de l'automne 1978 et au gel de janvier 1979, d'une perte de 1,30 hectares de choux-fleurs sur 2 hectares de plantation de choux-fleurs.

Petit à petit, face à l’urbanisme grandissant, les terres agricoles diminuent puis disparaissent quasiment entièrement. Francis Esvan, le dernier agriculteur de Lorient, installé au bout de l’allée du Village de Saint-Armel, tient sa ferme qu’il avait repris après ses parents, jusqu’en 2001. Petit-à-petit, il vend les terres qui entourent la ferme le long de la rue Marie Le Franc où en contre-bas de l'école Pablo Neruda, et laisseront place à des maisons d'habitation. De cette zone rurale, il reste encore l'espace en friche, en face du groupe scolaire René-Guy Cadou, ou François Esvan envoyait ses vaches paître jusqu'au bout. Combien d'élèves du quartier de Saint-Armel ont suivi le fermier avec son troupeau où combien ont été chercher le lait pour la famille, directement à la ferme. L'époque de la campagne dans la ville.

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