Guergadic (rue Pierre)


Vins, bières, charbon ! Dans les années 1960, sa carte de visite est verbale. Le ton un brin gouailleur, Pierre Guergadic était « l'ami de tous à Lorient », sa ville d'adoption. Ses racines sont du pays de Cléguerec, mais le voilà qui grandit dans le Nord : la Bretagne centrale étant pauvre en emploi, son père avait migré pour être chauffeur de maître pour un industriel. Retour pour la fin de la guerre. L'esprit d'entreprise est déjà là : livrer bistrots et restaurants. Succès personnel, de Mur-de-Bretagne à Lorient ! Le P'tit Quinquin ! Sa chanson préférée ne sera donc pas bretonne, mais bien Le Pt'it Quinquin chantée en boucle le lundi soir, au restaurant, avec l'équipe des bénévoles, grande famille épuisée mais tapageuse, à chaque fin de festival. « C'était l'ami de tout le monde, il préférait la vie de tous les jours à la politique. Il aurait pu en faire, mais il n'en voulait pas », confie l'un de ses proches. « Il avait la capacité de mettre les gens en mouvement », apprécie Nobert Métairie, maire de Lorient. Livreur de tous les bistrots ou presque de Lorient, « Pierrot », car c'est le nom qui restera pour toujours dans la mémoire collective, sachant s'attacher cette amitié indéfectible, recrutait des dockers pour être contrôleurs, des verres de contact à l'appui pour un incroyable réseau d'influence convivial, afin de mettre sur pied des projets insensés. D'abord, pour commencer, les fêtes de Merville! Avec des gags, les courses de trottinettes, des plongées savonneuses dans le lavoir, un bal populaire avec orchestre sur le plateau d'un camion descendant toute la rue, marquant l'étape devant chaque estaminet, un jumelage improvisé entre Napoléonville (Pontivy) et Merville dans un éclat de rire. A l'époque, voilà les plus belles réjouissances lorientaises pour une foule en liesse. Pierrot séduit sa ville d'adoption. Des fêtes, il en lancera d'autres, pour animer une ville qu'il aime par-dessus tout. Après la reconstruction, il y veut de la vie. C'est un touche-à-tout génial. Il ne refuse rien. Un festival de musique militaire, la Fête des ports bretons d'abord, la Fête des cornemuses ensuite, il faut que cela bouge! Il accepte l'idée suggérée par un certain Polig Montjarret de faire venir ici les bagadoù : le comité des fêtes de Brest, exsangue financièrement, ne peut plus les accueillir pour le concours 1971. Pierrot devient le parrain des sonneurs, sans vraiment savoir à quoi il s'engage, il y a 40 ans. Peu importe ! S'il savait chanter, il ne sonnait pas, et il lui a fallu déployer, avec des complices, des trésors d'imagination et d'audace pour construire le Festival interceltique avec « des bouts de ficelles ». Lui, qui ne parlait pas plus anglais que breton, s'est trouvé un fils adoptif, Jean-Pierre Pichard, pour nouer langue avec tous ces pays que Pierrot est allé aussi visiter, reçu comme un ministre en déplacement, lui l'homme si simple. Volontiers gourmands, donc hommes de table, ils ont inventé le Village celte, d'abord modeste, où l'on mangeait une crêpe debout. Avant d'aligner des tables dans ce lieu privilégié des agapes celtes. Pierrot a toujours préféré côtoyer le peuple plutôt que les artistes. Serrer les mains. Bien chez lui, mais capable de se perdre à l'aéroport de Hong-Kong, sur le chemin de l'Australie. Avec son clan, chaque année, il se rendait à Saint-Yves Bubry, à la chapelle de Saint-Clément, pour allumer un cierge : protection divine pour se garantir une météo impeccable pour dix jours et dix nuits de fête où il le dormait pas, ou si peu. Un soir, voilà Pierrot bien embêté : il manque un camion frigorifique quelque part ! Juste un coup de fil à un ami transporteur dans le Finistère, qu'il sort du lit. « Viens donc avec ta belle, je t'invite au restaurant. N'oublie pas le camion, c'est urgent. » Le camion est arrivé, les amis aussi... Aujourd'hui, ils sont près de 700 000 chaque été ! Pierrot en mort en mars 2005. Toute une ville est triste. Une modeste rue porte son nom.
Source : www.ouest-france.fr/pierrot-guergadic-ami-de-tous-ami-dune-ville-523115

Appellation adoptée par délibération du conseil municipal du 16 novembre 2006.

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