La rue Marie-Jeanne Le Bozec est située dans le quartier de Kervénanec à Lorient. Elle fait un angle avec la rue du capitaine Marienne.
Marie-Jeanne Le Bozec, dite Yvon, est née à Rosporden le 25 novembre 1912 et décédée le 14 juin 2004 à Vannes.
Après ses études, elle travaille à l’arsenal de Lorient. Dès 1940, elle effectue ses premiers actes de résistance face à l'occupant en distribuant des tracts. En février 1942, elle s'engage dans la France Libre et entre au réseau de résistance intérieure Confrérie Notre-Dame dont elle assure le secrétariat sous le pseudo d’Yvon. Elle effectue la compilation et le tri des renseignements qu'elle transmet alors aux radios et aux agents de liaison.
Après la destruction de l’arsenal par suite des bombardements mais aussi en raison des soupçons des Allemands, elle rejoint Paris où le Réseau lui trouve un hébergement. Elle est arrêtée par la Gestapo dans la nuit du 13 janvier 1944 (selon les sources) à son domicile. Elle a essayé de s'enfuir par l'escalier et se réfugie chez le concierge qu'elle informe de son implicquation dans la Résistance. Il lui indique la cave où elle rend illisibles ses papiers qu'elle a bien maché, mais face à la violence et par peur, il dévoile la cachette de Marie-Jeanne.
Torturée par l'agent collaborateur Georges Delfanne dit Christian Masuy, elle se souvient : Il me passe lentement les menottes aux chevilles […] Il m’envoie une poussée qui m’expédie à l’autre bout de la pièce […] Je me fais l’effet d’une souris dans les pattes d’un chat. Il m’attrape la tête, me la plonge dans l’eau glacée de la baignoire où il la maintient un temps indéfini. Impossible de respirer, l’eau me suffoque. Il recommence l’opération plusieurs fois. Je l’entends crier : Parle… Tu vas parler.
J’entendrai plus tard Masuy raconter : Elle reste au fond sans bouger, n’essayant pas de sortir. Elle est là comme une poupée. C’est très drôle. On ne voit bouger que les petites bulles qui sortent de sa bouche et qui montent à la surface. (Témoignage extrait du livre La Gestapo en France de Marcel Hasquenoph, page 142).
Malgré la violence des interrogatoires (gifles, coups de poing, passage par cinq fois au supplice de la baignoire), elle ne parle pas et ses tortionnaires diront d'elle : une vraie mule [...] elle valait bien deux hommes.
Elle est déportée à Ravensbrück par le convoi parti de Compiègne le 31 janvier 1944. Sous le matricule 27453, elle est transférée au Kommando de Salzwedel mis en place pour les femmes avec un premier convoi à la fin juillet - début août 1944. 1 520 femmes déportées sont ainsi acheminées au Kommando dépendant du camp de Neuengamme en trois convois au total (..., octobre 1944, décembre 1944). Ses femmes sont une main d'oeuvre utilisée par les usines Polte Magdeburg à la fabrication de munitions. Hébergées dans les baraquements d'un camp situé dans l'enceinte d'une fabrique d'engrais chimique, elle travaille en deux équipes de 12 heures.
Début avril 1945, l'effectif des déportées passe à 3 000 avec le tranfert des femmes des Kommandos Porta Westfalica-Hausberge et Fallersleben. Seul Kommando de Neuengamme qui n'a pas été évacué face à l'avancée des Alliées, il est libéré le 14 avril 1945 par une unité de la 9e armée américaine.
Elle épouse René Mantrand en 1950. Le général de Gaulle qui a lu les écrits de Gilbert Renault dit colonel Rémy la convoque.Séduit par la femme animée, il en fait la secrétaire de son parti RPF (Rassemblement pour les Français). Puis elle devient la secrétaire particulière du général de Gaulle de 1958 à 1967.
Commandeur de la Légion d’Honneur, Grand Croix du Mérite national, Croix de guerre, médaillée de la Résistance.
Dénomination précédente : rue de Kerléro.
Appellation donnée par délibération du conseil municipal du 13 octobre 2011.