Rue située dans le quartier de Keryado et qui relie la rue de Belgique à la rue de Saint-Armel.
Émile (Auguste) Chartier dit Alain est un professeur, philosophe Français né à Mortagne-au-Perche le 3 mars 1868 et décédé au Vésinet le 2 juin 1951.
En 1892, il effectue sa première rentrée au lycée de Pontivy après avoir été reçu troisième à l'agrégation de philosophie, achevant ainsi ses trois années d'études à l'école normale supérieure. Son père qui exerce le métier de vétérinaire, décède en avril 1893. À la rentrée suivante, c'est avec sa mère, qui se retrouve sans revenus, qu'il s'installe dans un logement de fonction du lycée de Lorient. Remplaçant monsieur Brunschwieg muté à Tours après deux années à Lorient, il va y enseigner la philosophie de 1893 à 1900. Sur un document d'archives du lycée, conservé aux Archives départementales du Morbihan, le proviseur écrit le 1er mars 1895, une critique qui ne manque pas d'éloges : L'enseignement de M. Chartier me paraît très personnel, très réfléchi et bien compris. Le cours interesse vivement les élèves. L'interrogation est animée et la classe est bien entraînée. La classe de philosophie comprenait l'année dernière 7 élèves. Tous ont été reçu à l'examen du baccalauréat. Le 31 juillet 1895, pour la remise des prix du Lycée, c'est Émile Chartier qui prononce le discours d'usage où il oppose l'accord pour la vie à la lutte pour la vie. Son discours est retrancrit à la Une du Nouvelliste du Morbihan du 4 août 1895. Le discours est même édité et mis en vente. Un an auparavant, c'est le discours qu'il prononce dans la cour d'honneur du pour la remise des prix aux jeunes filles du cours secondaire qui est en Une de L'avenir de la Bretagne du 2 août 1894.
Lors de son professorat à Lorient, il écrit plusieur chroniques dans la presse locale. En janvier 1895, il prend même la co-direction du journal L'Union Universitaire. Si son premier pseudonyme est Criton, il prend celui d'Alain à partir de 1900 avec plusieurs articles en Une du journal entre juin et novembre 1900 : Le droit des morts le 7 juin 1900, Neutralité le 14 juin, La "Gloire" le 21 juin, La tête et la main le 29 juin, L'alcool meurtrier le 5 juillet, Lettre à un inconnu le 12 juillet, Le Parchemin le 19 juillet, Des Mots ! le 26 juillet, Pas de politique ! le 1er août, La force le 8 août, L'ouvrier porte-lumière le 16 août, Les Irresponsables le 30 août, Nos Lycées le 6 septembre, Les Fauves le 13 septembre, L'Aiguilleur le 20 septembre, Lendemain de triomphe le 27 septembre, Naïveté le 4 octobre, De la lumière ! le 18 octobre, Le féminisme le 15 novembre.
Outre l'écriture, il donne des conférences pour le compte de la Société d'instruction républicaine qui est créée en 1890. Il reprend en fait le poste de conférencier de son prédecessur au Lycée. Si sa verve est appréciée lors de ses conférences, ses propos font parfois polémique et vont lui créer des tensions avec l'Académie. D'ailleurs, dans le journal La Croix du Morbihan du 11 avril 1897, le polémiste Xavier Hostin dit de lui : N’en déplaise au jeune homme qui occupe la chaire de philosophie au lycée de Lorient : l’Enfer existe ». Selon lui, « la philosophie enseignée au lycée de Lorient est absolument dangereuse pour la foi des élèves »
Dans La Croix du Morbihan du 11 avril 1897, le directeur du journal, Xavier Hostin, écrit en Une: N’en déplaise au jeune homme qui occupe la chaire de philosophie au lycée de Lorient : l’Enfer existe. [...] c'est que les parents chrétiens doivent, en conscience, sous peine d'être punis certainement, en ce monde et dans l'autre, surveiller la formation intellectuelle de tous leurs enfants, garçons aussi bien que filles, et tenir à ce que cette formation soit chrétienne. Comment voulez-vous, par exemple, que je regarde comme chrétiens les parents qui donnent leurs confiance à un lycée ? La Religion n'y est pas la base de l'instruction ; elle est reléguée au dernier plan [...] Cette conférence qui a eut lieu à la salle Dousdebès est jugée en page deux comme antichrétienne par le journal. Le directeur remet en cause le résumé paru quelques jours auparavant dans Le Nouvelliste du Morbihan qu'il juge impartial et complaisant : [...] De la lecture du Nouvelliste il faut retenir ceci : c'est que la philosophie enseignée au lycée de Lorient est absolument dangeureuse pour la foi des élèves. Les parents qui se prétendent chrétiens savent ce qu'ils ont à faire.
Une semaine plus tard, nouveaux propos concernant Émile Chartier dans le même journal : Le Lycée de Lorient et le Diable. Par son professeur de philosophie, qui résume la doctrine de la maison, le lycée nous a signifié, en réunion publique, que le diable n'existe pas, qu'il ne peut pas exister. Le raisonnement était simple : si Dieu existe, il n'a pu s'opposer à lui même un être aussi puissant que lui. [...]
Contre l'enseignement laïc, Xavier Hostin pense alors que la philosophie, entre autre, qui est enseignée au lycée de Lorient est dangereuse pour la foi des élèves. Il exhorte les parents chrétien à en retirer leurs enfants. Toute la presse catholique s'engouffrant dans la polémique, le professeur est convoqué par le proviseur. Les plaintes de l'aumonier suite à l'affaire, la polémique grandissante ont raison du proviseur qui faisait l'éloge de l'enseignant deux ans auparavant. Il est simplement remplacé par un nouveau proviseur auquel Émile Chartier va se heurter régulièrement jusqu'à son départ du lycée.
En octobre 1900, il quitte Lorient pour le lycée Corneille à Rouen. Nouveau poste à Paris au lycée Condorcet etau lycée Michelet à Vanves. À partir de 1903, il publie dans la Dépêche de Rouen suniquement sous le pseudonyme d'Alain, les "Propos du dimanche", puis les "Propos du lundi" sous forme de chroniques hebdomadaires.
Devenu professeur de Khâgne au lycée Henri IV en 1909, il exerce une influence profonde sur ses élèves (Raymond Aron, Georges Canguilhem, Julien Gracq, André Maurois, Simone Weil,...).
À l'approche de la guerre, Alain milite pour le pacifisme. Lorsque celle-ci est déclarée, sans renier ses idées, et bien que non mobilisable, il s'engage pour satisfaire ses devoirs de citoyen. Brigadier de l'artillerie, il est démobilisé en 1917 avec un pied broyé. Ayant vu de près les atrocités de la Grande Guerre, il publie en 1921 son célèbre pamphlet "Mars ou la guerre jugée". Sur le plan politique, il s’engage aux côtés du mouvement radical en faveur d'une république libérale strictement contrôlée par le peuple. Jusqu'à la fin des années 30, son oeuvre sera guidée par la lutte pour le pacifisme et contre la montée des fascismes. En 1936, une attaque cérébrale le condamne au fauteuil roulant.
Alain met au point à partir de 1906 le genre littéraire qui le caractérise, les "Propos". Ce sont de courts articles, inspirés par des événements de la vie de tous les jours, au style concis et aux formules séduisantes, qui couvrent presque tous les domaines. Cette forme appréciée du grand public a cependant pu détourner certains critiques d'une étude approfondie de son oeuvre philosophique. Ses maîtres à penser furent Platon, Descartes, Kant et Auguste Comte. Le but de sa philosophie est d'apprendre à réfléchir et à penser rationnellement en évitant les préjugés. Humaniste cartésien, il est un "éveilleur d'esprit", passionné de liberté, qui ne propose pas un système ou une école philosophique mais apprend à se méfier des idées toutes faites. Pour lui, la capacité de jugement que donne la perception doit être en prise directe avec la réalité du monde et non bâtie à partir d'un système théorique.
Alain perd la foi au collège sans en ressentir de crise spirituelle. Bien qu'il ne croie pas en Dieu et soit anticlérical, il respecte l'esprit de la religion. Il est même attiré par les phénomènes religieux qu'il analyse avec beaucoup de pertinence. Dans "Propos sur la religion" et "Propos sur le bonheur" on sent transparaître, un peu comme chez Auguste Comte, une certaine fascination pour l'Evangile dans lequel il voit un beau poème et pour le catholicisme qu'il perçoit, en en reprenant l'étymologie, comme un "accord universel".
Appellation adoptée par délibération du conseil municipal du 9 novembre 1957.