Eugène, Félix, Marie Bécam (1872-1951)
Maire-adjoint de Lorient
Il est né le 15 juillet 1872 à Lorient, de Félix, Marie Bécam, âgé de trente-trois ans, ébéniste et de Constance Joséphine Bordier, âgée de vingt-neuf ans. Après ses études, il s’engage le 6 octobre 1891, pour trois ans au 62e régiment d’infanterie à Lorient. À la fin de son engagement, il entre comme caissier à la Banque Gilbert et épouse le 19 août 1897 à Lorient Jeanne, Gabrielle Rivière, professeure adjointe du cours secondaire de Lorient, âgée de vingt-deux ans. Le premier enfant du couple prénommée Héloïse, naît le 13 juin 1898 à Lorient. Eugène Bécam s’investit dans la vie de la cité et fait partie le 8 octobre 1899, des membres fondateurs de la section lorientaise de la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen, présidée par le député Paul Guieysse (1841-1914) et par le vice-président Joseph Talvas (1845-1904). Sa conjointe étant nommée, maîtresse répétitrice au lycée de jeunes filles de Nantes, Eugène Bécam s’installe en famille à Nantes. Le 5 avril 1912, elle donne naissance à une seconde fille. Hélas, Denise décède le 9 mai et le 26 juin 1912, Eugène Bécam perd également sa femme âgée seulement de 37 ans. Elles sont inhumées au cimetière de la Miséricorde à Nantes.
Lors de la Première Guerre mondiale, il est mobilisé le 1er août 1914 au 88e régiment d’infanterie territoriale et passe le 8 décembre 1915 au 107e régiment d’infanterie territoriale. Après diverses affectations, il est détaché le 26 septembre 1917 aux Forges de la Basse-Loire à Trignac en Ille-et-Vilaine. Le 30 novembre 1918, il est libéré des obligations militaires et retrouve Nantes où il épouse le 23 août 1920, Marthe, Zénobie Messant. Chef comptable d’Industrie, il revient à Lorient et s’engage lors des élections municipales du 3 et 10 mai 1925 sur la liste du Bloc des Gauches menée par Emmanuel Svob. Cette dernière remporte le scrutin et ses partisans en liesse parcourent le centre-ville derrière un drapeau rouge en chantant l’Internationale et en criant À bas la calotte ! Le 17 mai, Emmanuel Svob est installé officiellement Maire de Lorient et Eugène Bécam est élu adjoint-au-maire, chargé des finances et de la régie municipale. Malgré de nombreuses réalisations, la solidarité municipale se détériore et quelques élus radicaux-socialistes qui dénoncent l’autoritarisme du maire sont écartés sans ménagement. La confrontation avec le maire sortant est inévitable et en 1929, une liste de la Fédération Républicaine, Radicale et Radicale-Socialiste dirigée par le populaire et emblématique avocat Jules Le Grand se présente aux élections municipales. Après une campagne électorale très disputée, la liste de l’Union des Gauches d’Emmanuel Svob est battue par Jules Le Grand. La désillusion est grande mais les socialistes désormais relégués dans l’opposition repartent au combat ! En 1935, la liste d’Union des Gauches conduite une nouvelle fois par Emmanuel Svob remporte les élections municipales. Le 19 mai 1935, Eugène Bécam est élu deuxième adjoint-au-maire et poursuit son engagement au sein de la S.F.I.O. En juillet 1939, il est chargé du discours lors de la remise des prix aux écoles communales primaires et demande aux enfants de montrer qu’à l’École laïque on n’acquiert pas seulement une bonne instruction, mais aussi quoi qu’on en dise, une bonne éducation. Il exhorte les jeunes qui vont faire leurs premiers pas dans la vie à poursuivre leurs études et à se perfectionner en fréquentant les cours du soir, les écoles gratuites de dessin, de langues vivantes, de couture, d’art ménager, de musique et leur conseille la pratique des sports, car pour travailler intellectuellement avec fruit, il faut un corps solide, une santé vigoureuse. Il fonde l’espoir que devenus grands, ils formeront l’élite de notre Nation et qu’ils apporteront à la collectivité le concours qu’elle attend de ses membres, pour maintenir haut et ferme, le drapeau de la Liberté. C’est une ligne de conduite qu’ils vont devoir déployer les années suivantes ! Lors de la Seconde Guerre mondiale, Emmanuel Svob démissionne et le 2 avril 1941, accompagné de ses adjoints messieurs Moysan, Bécam, Chevalier et Hémon, il passe ses pouvoirs à Auguste Donval, le nouveau maire, nommé par le régime de Vichy. C’est alors le temps de l’occupation et de la collaboration avec l’ennemi :
Maréchal, nous voilà !
Devant toi, le sauveur de la France,
Nous jurons, nous, tes gars,
De servir et de suivre tes pas.
La vie pendant l’occupation n’est pas facile, car la population lorientaise est confrontée à la présence obsédante des troupes ennemies, aux difficultés de la vie quotidienne et aux bombardements de la Royal Air Force. Le 14 janvier 1943, la ville est totalement dévastée et les habitants quittent précipitamment cet enfer de feu et de flammes. Réfugiés, ils affrontent avec courage les vicissitudes du temps et espèrent la victoire finale sur les nazis. Le 6 juin 1944, le débarquement sur les plages de Normandie des troupes Alliées est un formidable espoir et la progression des blindés américains en direction de l’Atlantique sont suivis avec attention par les morbihannais qui attendent la libération de leur département. Le 5 août 1944, ils sont à Pontivy et le lendemain, ils arrivent à Vannes et foncent vers Lorient. Le 7 août, les forces américaines qui progressent vers Lorient sont confrontées à une défense très vive de l’ennemi. Aussi, le général américain Tiger Jack Wood refuse d’engager un combat meurtrier et décide d’assiéger l’adversaire. Pendant ce temps, le préfet du Morbihan, Jacques Onfroy organise et rétablit les institutions communales d’avant-guerre. Le 1er septembre 1944, Emmanuel Svob retrouve officiellement son poste de maire et reprend ses fonctions. Le 14 octobre 1944, le conseil municipal de Lorient - d’avant-guerre - se réunit pour la première fois à Auray et de nombreux élus engagés dans les combats de la Libération sont absents. C’est le cas d’Eugène Bécam, qui assiste seulement le 3 mai 1945, à sa première séance du conseil municipal de Lorient à Auray et renoue avec ses attributions d’adjoint-au-maire. Désormais, il reste à attendre la fin de la guerre et la libération de la Poche de Lorient qui ne saurait tarder. Le 10 mai 1945, Lorient est libre et Emmanuel Svob, qui découvre une cité en ruines prend avec détermination les mesures qu’impose la situation. La tâche essentielle est tout d’abord le déminage et le déblaiement des gravats qui sont effectués par les prisonniers de guerre. Le 22 juillet 1945, le général de Gaulle, en compagnie d’Emmanuel Svob visite la cité martyre et assure les autorités municipales de l’aide et du soutien du gouvernement provisoire pour la reconstruction de la ville sinistrée. Le rétablissement de la légalité républicaine impose le renouvellement des assemblées communales. Depuis, le 29 avril 1945, les communes du Morbihan ont élu leurs conseils municipaux. Il reste le pays de Lorient qui vote les 23 et 30 septembre 1945. Emmanuel Svob réélu maire de Lorient, poursuit sa tâche au service de la cité. Pour la première fois depuis 1925, Eugène Bécam, son fidèle compagnon n’est pas à ses côtés. Il se retire 14 rue Jeanne d’Arc dans le quartier de Merville à Lorient qu’il affectionne particulièrement. L’année suivante, il est profondément affecté par le décès d’Emmanuel Svob et suit ensuite avec beaucoup d’intérêt les efforts de ses anciens collègues pour reconstruire la ville. Après une vie bien remplie, il décède à Lorient, le 31 juillet 1951 à l’âge de 79 ans. Le 20 décembre 1978, le conseil municipal (maire Jean Lagarde) donne le nom de l’ancien adjoint au maire sous la municipalité Svob à une rue de la ville.
Texte de Patrick Bollet