Bertho Paul


Paul, Marie, Louis Bertho (1833 – 1898)
Instituteur
Officier de l’Instruction publique
Officier d’Académie

 « Tous ceux qui l’ont connu s’inclineront avec respect et reconnaissance devant le souvenir de celui qui eut toujours comme objectif de remplir sa mission : comme éducateur, comme père de famille, comme citoyen tout dévoué aux institutions républicaines. »  Adolphe L’Helgouach, maire de Lorient.

 Paul Bertho est né le 21 août 1833 à Saint-Dolay dans le Morbihan, de Michel Bertho, âgé de trente-deux ans, menuisier et de Perrine, Apolline Rialand. Il se destine à l’enseignement et entre dans la carrière comme élève-maître du département du Morbihan à l’école communale de Palais le 22 octobre 1853.  Le 18 septembre 1855, il est nommé instituteur titulaire à Saint-Jean-La-Poterie dans le Morbihan, avant de rejoindre Lorient en 1857, comme instituteur-adjoint à l’école communale de cette ville.  A cette époque, la cité est administrée par Joseph Le Melorel de La Haichois (1807-1869) lequel s’attache à « faire participer la classe ouvrière aux bienfaits de l’instruction et lui faire acquérir les connaissances qui doivent contribuer si puissamment à son bonheur et au progrès de notre industrie. » C’est également le challenge de notre jeune instituteur car la situation de l’enseignement primaire n’est guère brillante surtout dans les faubourgs lorientais. Malgré les difficultés, il commence sa mission avec détermination et s’attache à cette ville particulière et à ses habitants. Cet attachement se traduit par son mariage à Lorient, le 8 avril 1863, avec Joséphine Portier[1], institutrice libre.

En septembre 1878, Paul Bertho est nommé directeur de l’école laïque de la rue du Poulorio à Kerentrech. Lors de sa prise de fonction, l’école de ce faubourg populaire est composée de 2 classes et scolarise 140 élèves. Tout est à faire et « grâce au zèle et au savoir-faire du nouveau directeur, la situation s’améliora rapidement et l’école, installée dans des locaux plus vastes, prit bientôt une extension considérable. » Vingt années plus tard, elle comprend 12 classes et les résultats y sont toujours remarquables. Cette appréciation de l’inspecteur primaire illustre particulièrement la qualité du travail des instituteurs et de son directeur Paul Bertho.  Certes, il est aidé par les lois de Jules Ferry (1881) qui affirment le droit à l’instruction gratuite pour tous : « C’est un intérêt de premier ordre dans une société comme la nôtre, dans une société démocratique, qu’un minimum d’instruction soit possédé par tous » et établissent (1882) l’obligation scolaire : « L’instruction primaire est obligatoire pour les enfants des deux sexes âgés de six ans révolus à treize ans révolus. » Il est également encouragé par la municipalité lorientaise qui institue une commission municipale pour surveiller et encourager la fréquentation scolaire. Dans de telles conditions, l’école communale de Kerentrech se développe rapidement d’autant que les écoles religieuses sont laïcisées et qu’il est seul à « occuper » le terrain.

À cette période (1882), l’enseignement primaire dispensé à l’école laïque des garçons de Kerentrech comprend :

« L’instruction morale et civique ; la lecture et l’écriture ; la langue et les éléments de la littérature française ; la géographie, particulièrement celle de la France jusqu’à nos jours ; l’histoire, particulièrement celle de la France ; quelques notions usuelles de droit et d’économie politique ; les éléments des sciences naturelles, physiques et mathématiques ; leurs applications à l’agriculture, à l’hygiène, aux arts industriels ; les travaux manuels et usage des outils des principaux métiers ; les éléments du dessin, du modelage et de la musique ; la gymnastique. Pour les garçons, les exercices militaires ; pour les filles, les travaux à l’aiguille. »[2]

Avec un tel programme et la motivation constante des instituteurs, le niveau d’instruction des jeunes élèves s’améliore. Les instituteurs laïques sont chargés par Jules Ferry de former des citoyens, ils s'attellent à cette œuvre exaltante avec enthousiasme et passion, s'atta­chant à inculquer aux élèves les savoir fondamentaux que sont la lecture, l'écriture, le calcul et la gymnastique. Ils sont aidés dans cette tâche par de nouveaux manuels qui mettent l'accent sur « les vertus d'ordre et d'obéis­sance » et qui composent le portrait idéal du français, économe, laborieux, honnête et discipliné. C'est la morale républicaine qui remplace l'instruction religieu­se. En octobre 1895, l’école municipale des garçons de Kerentrech reçoit à l’Exposition Universelle de Bordeaux une médaille d’argent pour la qualité de ses travaux scolaires (cahiers, dessins, cartes, instruments de physique et de chimie.) Cette distinction récompensant le travail fourni par l’ensemble des enseignants et leurs élèves et souligné par la presse procure une grande satisfaction au directeur Paul Bertho, très fier du chemin parcouru !

Une grande tristesse
Le samedi 5 février 1898, la mort[3] « imprévue et prématurée » du directeur de l’école de Kerentrech, attriste la population et pour la presse locale « ce fut une tristesse sincère qui tomba dans bien des cœurs. Ils étaient tant qui perdaient leur ancien maître. »  Pour Le Nouvelliste du Morbihan[4] : « Monsieur Bertho était vraiment une personnalité lorientaise, non par sa fonction plutôt modeste, mais par la manière dont il a su la remplir et les résultats qu’il a obtenus (…)  Après avoir élevé toute une génération lorientaise, pendant une période de vingt années, de 1858 à 1878, il a vu, pendant le même laps de temps, de 1878 jusqu’à ces jours derniers, défiler dans l’école de Kerentrech, créée et portée par lui au degré de prospérité qu’elle a maintenant, presque tous les enfants du faubourg, devenus des hommes aujourd’hui. »

Le jour de ses obsèques, la foule se presse sur la place et dans l’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle de Kerentrech.  C’est le chanoine Schliebusch (1827-1904) qui officie entouré de tous les vicaires de la paroisse, de l’abbé Perrin, aumônier du lycée et de l’abbé Trionnaire, ancien élève du défunt. À l’issue de la cérémonie religieuse, le char funèbre suivi par une grande partie de la population de Kerentrech et précédé des enfants des écoles rejoint le cimetière de Kerentrech[5] où un solennel hommage lui est rendu.  C’est tout d’abord, le maire de Lorient qui adresse au nom de la population, ses remerciements au maître d’école pour une vie bien remplie « toute au travail et au dévouement, faite de sacrifices, d’abnégations, telle qu’elle s’impose à l’instituteur qui se dévoue corps et âme à l’éducation des enfants du peuple. » Il salue « cette nature d’élite » et souligne « qu’il s’est donné avec une vraie passion à cette œuvre si belle de l’éducation.  Bertho n’a reculé devant aucun obstacle, aucune fatigue dans sa lutte opiniâtre pour mener à bien l’œuvre de l’instruction laïque. Nous conserverons le souvenir du directeur Bertho comme celui d’un homme de cœur et de complet dévouement. Au nom de la municipalité républicaine de Lorient, je lui adresse un dernier adieu avec l’hommage de toute notre reconnaissance. » L’inspecteur d’Académie interpelle ses anciens élèves : « À vous jeunes gens formés par ses leçons, futurs instituteurs encore élèves de l’école normale, le souvenir de Bertho vous dira comment, avec de la persévérance et du travail, sans protection ni intrigue, on devient le digne chef de la première école du département » et demande aux enfants de Kerentrech de ne pas l’oublier car « le père Bertho vous aimait de tout son cœur. Pour témoigner de votre reconnaissance, souvenez-vous de ses leçons : soyez élèves laborieux à l’école et respectueux dans vos familles ; vous apprendrez à devenir d’honnêtes gens et de bons citoyens comme lui. »  Pour l’inspecteur primaire : « C’était un homme d’une haute honorabilité, d’une bonté et d’une droiture éprouvées. Il était très respecté, très aimé des maîtres et des élèves et les familles avaient en lui la plus entière confiance. Il était aussi sincèrement attaché à cette bonne population de Kerentrech.[6] » Cette dernière appréciait beaucoup cet homme modeste et bon qui avait su non seulement, faire de l’école de Kerentrech, la plus importante du département mais qui avait gagné l’affection et l’estime d’une grande partie des habitants de cet important quartier à tel point que l’on envoyait les enfants à l’école Bertho !

Cette vie entièrement vouée à l’instruction des enfants du peuple est récompensée le 12 juillet 1962, par l’attribution d’une rue dans le quartier de Kerentrech.


[1] Elle décède le 25 novembre 1920 à Hennebont à l’âge de 81 ans et est inhumée le 27 novembre, au cimetière de Kerentrech. Carré 2 - Tombe n° 29. Le couple a quatre enfants: Armand (1870-1931), instituteur à Quimperlé et à l’école publique de Kerentrech à Lorient, Paul (1864-1924), professeur, Gabriel (1865), professeur et   Marie (1867).

[2] Les Frères des Ecoles Chrétiennes à Lorient. 1849-1999. Patrick Bollet.

[3] L’extrême-onction lui est administrée par l’abbé Le Guéhennec, premier vicaire de la paroisse depuis 1878 et ami du défunt.

[4] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 10 février 1898.

[5] Il est inhumé au cimetière de Kerentrech. Carré 2 - Tombe n° 29

Recherches et texte de Patrick Bollet

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