Bigot Maurice


Maurice, Joseph Bigot (1883-1939)
Journaliste - Écrivain
Officier d’Académie

« Confrère au cœur d’or, il ne comptait dans la presse de la région que des amis. » 

Après des études au lycée de Lorient, Maurice Bigot se destine à l’enseignement. Mais la vie lui réserve un autre destin tout aussi palpitant. Il est né le 7 novembre 1883 à Lorient, de François, Marie Bigot[1], âgé de cinquante-deux ans, adjoint administratif de la Marine et de Joséphine, Eugénie Marmier, âgée de trente-neuf ans. Publiciste et rédacteur à l’Ouest-Eclair, il épouse le 16 avril 1917 à Rennes (Ille-et-Vilaine) : Anna, Marie, Léontine Ménier, employée de bureau, âgée de trente-quatre ans.

Le journaliste
Maurice Bigot commence sa vie professionnelle comme maître répétiteur aux collèges de Lannion et de Josselin. Des problèmes de santé contrarient sa vocation première et il se dirige vers le journalisme en débutant comme correspondant à l’Ouest-Éclair « le journal républicain du matin » à Alençon. Il rejoint ensuite la rédaction de ce quotidien régional à Rennes, puis collabore à La Vie Rennaise et au Nouvelliste de Bretagne[2]. En janvier 1928, paraît son premier ouvrage Rennes à travers les âges tiré à 125 exemplaires. Il est très vite épuisé !  Malgré son attachement au pays rennais, il envisage de le quitter en même temps que la rédaction du Nouvelliste de Bretagne car sa vue ne s’améliorant pas, il a l’opportunité, « la perspective réjouissante pour un homme qui a les yeux fatigués, de n’avoir plus à faire de travail de nuit » d’intégrer la rédaction du Nouvelliste du Morbihan à Lorient (septembre 1928). Il est heureux de retrouver sa ville natale et la famille hennebontaise de son épouse et s’implique totalement dans la vie culturelle de la cité. Le 18 novembre 1928, il participe comme journaliste au cimetière de Carnel à Lorient avec André Degoul (1870-1946) et son épouse Madeleine Desroseaux (1873-1939) au centenaire de la naissance du philosophe Ernest Hello (1828-1885) qu’il affectionne particulièrement.  Sur le perron du château de Keroman, il prend la parole pour rappeler la haute et belle figure de l’homme. À la fin de l’année 1928, la parution d’un nouvel ouvrage sur Les Coiffes Bretonnes marque son attachement profond à sa Bretagne natale. Le 23 décembre 1928, le Petit Lorientais signale : Il n’a jamais été publié sur la « Coiffe Bretonne » rien d’aussi complet que le livre de Maurice Bigot. C’est le panorama total de toutes les coiffes de la Haute et de la Basse Bretagne. En quelques mois, il s’adapte à sa nouvelle rédaction à laquelle il apporte un incomparable et joyeux dévouement dans l’exécution d’une tâche quotidienne souvent rude et parfois ingrate. Il sacrifiait tout à l’exercice d’une profession qu’il avait durement appris à aimer, jusque dans ses obscures et tyranniques besognes. Sans jamais se plaindre, il lui prodiguait tout ce qu’elle exigeait de lui, même si le pénible abandon des studieux loisirs qu’il savait pouvoir consacrer avec fruit à l’épanouissement d’un talent aisé d’écrivain.[3] Malgré une santé chancelante, il mène de front sa vie professionnelle[4], sa carrière d’écrivain, ses engagements associatifs (secrétaire de la Fédération Régionaliste de Bretagne) et ses causeries familiales ! Au pays de Lorient, sa réputation n’est plus à faire, il est même appelé l’homme des coiffes bretonnes par le Rappel du Morbihan car c’est un conférencier de talent qui répond positivement aux nombreuses sollicitations. Le Cercle Breton et l’Université populaire de Lorient lui font appel pour des conférences aux titres évocateurs : les caractères essentiels de l’Art Breton en architecture, Mille ans d’Histoire de Bretagne. Il est vrai que son érudition envoûte les participants de plus en plus nombreux à l’écouter au Sélect-Palace.  

Un départ rapide
Sa disparition brutale étonne ses nombreux amis car il y a quelques semaines (5 décembre 1938), il affrontait malgré une santé fragile les intempéries et le froid dans les rues de Lorient. Celui qui avait pour maxime la vie est belle décède à Lorient le 16 février 1939 à l’âge de 56 ans. La presse régionale fait part de sa grande émotion :

Nous apprenons, avec regret, la mort de notre excellent confrère et ami. La Dépêche de Brest.

- C’était un excellent écrivain.  Épris de la Bretagne, il en célébra les beautés et les traditions par la plume et dans de nombreuses conférences. L’Ouest-Éclair.

- Maurice Bigot, avait une âme d’élite, avec une volonté de fer, une nervosité grande et un courage sans défaillance : de lui on peut dire qu’il est mort à la tâche, victime de son dévouement, de sa conscience professionnelle de son ardeur au travail (…) Breton cent pour cent, il avait un culte fervent pour la Bretagne qui lui doit une Histoire de Rennes d’une érudition rare, et une magnifique monographie des Coiffes Bretonnes. Le Phare de la Loire.

- C’était un excellent journaliste et écrivain qui disparaît. Épris ardemment de sa Bretagne, il sut avec ferveur la traduire sans la trahir dans ses articles et dans ses livres. Le Nouvelliste de Bretagne.

- Il avait été le principal organisateur de la Semaine bretonne de 1913 à Hennebont. Ce fut la première manifestation publique de son patriotisme breton et ce sentiment se fit toujours plus ardent avec l’âge. En effet, Maurice Bigot était de cette catégorie de Bretons, qui doivent à leur entourage, à leurs études, de ne pas savoir le breton, mais qui n’en sont pas moins les défenseurs de la Bretagne et de sa langue. Dihunamb.

Le 18 février, au matin une émouvante manifestation d’estime et de sympathie à l’égard du travailleur courageux, du journaliste intègre et de l’homme de bien enlevé trop tôt à l’affection de sa famille et de ses nombreux amis est célébrée en présence de nombreuses personnalités locales, des membres du conseil d’Administration du Nouvelliste du Morbihan et d’une délégation du personnel, en la chapelle de l’hôpital Bodélio à Lorient. C’est ensuite le départ du convoi mortuaire pour un temps de recueillement à la basilique Notre-Dame-du-Vœu à Hennebont. L’absoute solennelle est donnée par le chanoine Blarez, curé de la paroisse qui souligne l’amour qu’il portait à la cité qu’il avait fait sienne et la part qu’il prit à la célébration de la gloire de Notre-Dame du Vœu. Il était fidèle à son pèlerinage et a voulu reposer à l’ombre de son église qu’il aimait d’un amour très profond[5] à tel point qu’il avait écrit un ouvrage dédié au « Culte de la Vierge à Hennebont. » 


[1] Conseiller municipal de Lorient le 20 mai 1888 (maire Laurent Roux-Lavergne), 2e adjoint-au-maire le 15 mai 1892 (maire Adolphe Rondeaux) et 1er adjoint (maire Edouard Broni) le 15 juin 1893.

[2] À l’époque, ce dernier titre et « L’Ouest-Éclair » sont les deux plus importants quotidiens catholiques. L’Ouest-Eclair est « plus » modéré et républicain que Le Nouvelliste de Bretagne « choyé » par les évêques de Bretagne et de Mayenne qui le recommandent (23 septembre 1928) aux catholiques de leur diocèse et incitent « les Unions paroissiales, les instituteurs des écoles privées » à s’y abonner

[3] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 17 février 1939.

[4] Il est également rédacteur en chef de l’Hermine de Bretagne et participe à la Bretagne Touristique etc…

[5] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 19 février 1939.

Reherches et texte de Patrick Bollet

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