Bordes-Pène Marie-Léontine


Marie-Léontine Bordes-Pène
Professeur de Piano
1er Prix de Piano du Conservatoire de Paris
1858-1924

« Une grande artiste vient de mourir à Rouen. »

Marie Léontine est née le 25 novembre 1858 à Lorient, de Jean Pène, âgé de vingt-six ans, sergent d’artillerie de marine et de Luce, Marie, Joseph Gantier, âgée de vingt-six ans. Elle épouse en 1884, le violoncelliste soliste à l’opéra de Paris, Lucien Bordes-Bonjean et frère du compositeur Charles Bordes-Bonjean (1863-1909). Le couple Bordes-Pène à deux enfants également artistes : Béatrix (1888), mezzo-soprano à l’opéra de Nice et Léonard, violoncelliste et célèbre peintre (1898-1969). Cette pianiste virtuose célèbre dans le Paris du XIXe siècle fait ses études musicales au Conservatoire de Paris dans la classe de Félix Le Couppey avant de poursuivre sa formation avec Antoine-François Marmontel et reçoit en 1872 à 14 ans, le premier prix de piano du Conservatoire de Paris. Sa virtuosité impressionne ses professeurs qui fondent de grands espoirs sur cette brillante élève. Ils ne sont pas déçus, car elle se produit rapidement sur les plus grandes scènes en France et en Europe et crée en 1886 au Musée d’Art Moderne de Bruxelles avec le grand concertiste Eugène Ysaÿe, la première « Sonate pour violon en la majeur » de César Franck. C’est encore Paris où elle joue cette même année 1886, la « Symphonie Cévenole » de Vincent d’Indy. Elle était la pianiste préférée de ce dernier ! Elle interprète également les œuvres de Pierre de Bréville, de César Franck, de Gabriel Fauré, de son beau-frère Charles Bordes qui lui dédie les « Quatre fantaisies Rythmiques » et le « Caprice à cinq temps » et de bien d’autres compositeurs. En 1887, elle fonde avec Eugène Ysaÿe et Adolphe Fischer (1850-1891) « La Société Moderne » afin de présenter au public les œuvres nouvelles de musique de chambre, vocale et instrumentale dans quatre auditions annuelles et dans un concert avec orchestre, faire connaître des œuvres de maîtres anciens rarement entendues à Paris. » (Indépendance musicale et dramatique. 1er avril 1887).

Malgré l’implication totale de ces trois grands musiciens « La Société Moderne » après seulement un an d’existence s’arrête ne rencontrant pas l’adhésion du public. Cette déception est rapidement surmontée par Marie Léontine qui met au monde son premier enfant.  Elle est alors une pianiste admirée et adulée à tel point que le peintre Jacques Emile Blanche (1861-1942) réalise son portrait. En pleine ascension, un brutal accident de santé en 1890, la laisse paralysée et met un terme à sa carrière. En 1899, elle quitte Paris et se retire à Rouen en Seine-Maritime.  La musique ne la quitte pas car pendant de nombreuses années, elle se consacre à l’enseignement du piano. Elle décède le 24 janvier 1924 et à l’occasion de son décès, le journal de Rouen lui dédie quelques lignes : « Une grande artiste vient de mourir à Rouen. Mme Bordes-Pène était considérée en 1890 par les critiques les plus éminents comme la plus remarquable des pianistes françaises, lorsqu’une brusque attaque de paralysie brisa sa carrière en pleine jeunesse. Mme Bordes-Pène, premier prix du Conservatoire en 1872, soliste des concerts Lamoureux et de maintes associations musicales était la pianiste favorite de César Franck et de son entourage. Bien des œuvres lui furent dédiées par le Maître et ses disciples qui appréciaient au plus haut degré sa belle intelligence musicale et l’ampleur de son jeu.  C’est notamment à elle que furent dédiées deux œuvres considérables les « Préludes Aria et Finale », de César Frank et la « Symphonie sur un thème Montagnard », de Vincent d’Indy, deux des œuvres qui ont le plus marqué la musique française du XIXe siècle. En 1889, Mme Bordes-Pène avait donné à Rouen, dans la salle de l’Hôtel de ville, avec le flutiste Taffaul, chef d’orchestre du conservatoire, un concert dont aucun des auditeurs n’a certainement perdu le souvenir. Elle y avait joué avec une incomparable maîtrise les « 32 variations de Beethoven ».  Éloignée du concert par son état de santé qui ne se rétablit jamais complétement, Mme Bordes-Pène s’était depuis 1890, consacrée à l’enseignement et fixée à Rouen depuis 25 ans. Douée d’une vive intelligence, connaissant toutes les traditions musicales, aimant à rappeler Franck et ses amis, joignant à cette culture intellectuelle de précieuses qualité de cœur, elle était profondément aimée de ses élèves, auxquels sa mort causera un vide profond. »

Ses obsèques sont célébrées le samedi 26 janvier 1924, en l’église Saint-Vincent à Rouen, suivie de l’inhumation au cimetière de Canteleu. Le 30 mars 2011, le conseil municipal de Lorient, la « tire » de l’oubli en donnant son nom à une rue de la ville.

Texte de Patrick Bollet.

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