de Beauchesne Alcide


Alcide, Hyacinthe du Bois de Beauchesne (1804-1873)
Officier de la Légion d’honneur
Poète - Historien

« Il a inscrit son nom dans les annales de la patrie bretonne, à la place la plus éclatante, entre les noms immortels de Brizeux et de Châteaubriand. » Edmond Biré (1829-1907)

Alcide, Hyacinthe du Bois de Beauchesne décède au château de la Petite Varennes à Charroux dans l’Allier, le 29 novembre 1873 à l’âge de soixante-douze ans, ancien gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi Charles X, ancien secrétaire des beaux-arts, chef de la section historique aux archives de France, officier de la Légion d’honneur,  chevalier de l’ordre de Saint-Grégoire le Grand de Rome, chevalier de première classe de l’ordre de Saint-Louis de Parme,  chevalier de l’ordre de Ernest de Saxe Cobourg et Gotha. Son acte de décès résume parfaitement la vie du gentilhomme chrétien, du poète, de l’écrivain et de l’historien.

Le poète
Après de sérieuses études à Noyon et à Douai, le jeune Alcide arrive à Paris au moment de la Restauration. Il intègre le monde des arts et des lettres et fréquente les salons à la mode du baron Gérard, de Charles Nodier et se lie avec de nombreux artistes comme le sculpteur James Pradier (1790-1852). Grâce à des protecteurs influents, Sosthène de La Rochefoucauld, le surintendant des Beaux-Arts le nomme en 1825 chef de cabinet au département des beaux-arts[1] et en 1827, le roi Charles X le nomme gentilhomme ordinaire de sa chambre.  Après la révolution de juillet (1830) et fidèle à ses convictions royalistes, Alcide de Beauchesne démissionne de ses fonctions refusant l’avènement de Louis-Philippe. Un des plus élégants dandys de l’époque se retire dans la villa gothique (pavillon Saint-James) qu’il s’est fait construire au Bois de Boulogne où il reçoit la jeune école romantique. En 1825, il avait fait paraître dans les Annales Romantiques son premier poème : La Vierge des Pyrénées. Le cadre gracieux de sa nouvelle demeure favorise la création et en mars 1830, sa première publication intitulée Souvenirs poétiques recueille des critiques élogieuses. Pour Alexandre Dumas « on peut l’imaginer dans sa villa gothique de l’avenue de Madrid, près du Bois de Boulogne, traduisant en vers légers les imaginations et les rêveries qui traversent l’esprit d’un enfant qu’on a puni. »

« A genoux !  à genoux !  au milieu de la classe,
L’enfant mutin !
Dont l’esprit est de feu pour l’algèbre, et de glace
Pour le latin !
Ainsi parlait le maître à l’élève indocile ;
Car l’écolier
Était du petit nombre ardent et difficile
À se plier ! »

Le 8 juin 1830, dans Le Journal des débats, Charles Nodier (1780-1844), écrivain et romancier écrit : « M. de Beauchesne est un partisan des classiques, entraîné par une sensibilité ardente ; c’est un ami des romantiques, retenu par un goût pur. On sent, en le lisant, qu’il a vu le monde et qu’il a fréquenté la solitude. Ses poésies rappellent l’harmonie de ces harpes éoliennes qui décorent de beaux châteaux, mais qui sont animées par des bruits venus de loin. Il a, quand il le veut, la mollesse et la grâce des meilleurs poètes de l’ancienne École. Il se place au rang des meilleurs poètes de l’École actuelle, par la tendresse des sentiments et l’élévation des pensées (…) Dans le Chant breton, il y a du barde … » Cette qualification honore particulièrement Alcide de Beauchesne qui écrit à son compatriote Auguste Brizeux qui publie avec succès son premier ouvrage Marie :

Que je vous rende grâce au nom de ma patrie,
Que je vous rende grâce, à vous ! j’ai lu Marie ;
J’ai lu cet amour pur, primitif, matinal,
Cet amour de quinze ans, né sous le ciel natal.
J’ai vu que ma Bretagne, en courage féconde,
Pouvait donner encor sa poésie au monde ;
Que vous étiez choisi pour attacher encore
À son front maternel un diadème d’or.

Il récidive quelques années plus tard avec Le Livre des Jeunes Mères, distingué par l’Académie française.  Dans la préface datée du 8 octobre 1858, l’auteur écrit : « C’est un cadre où l’on a essayé de retracer l’idéal de la vie de la famille, la grâce des enfants et l’affection qui les environne. La vie privée a son intérêt et sa grandeur :  on ne saurait trop le répéter à cette génération qui a tout sacrifié à la vie extérieure et publique ; et qui s’efforce d’aller chercher, dans une sphère où Dieu ne l’a point mis, le bonheur qu’elle a tout près de soi (…) Après avoir contemplé l’enfant dans son berceau, l’avoir dirigé dans ses premiers pas, suivi dans ses jeux, éclairé de quelques conseils, nous l’accompagnerons à sa première communion, et là nous fermerons ce livre. Puisse le nom des mères, inscrit sur la première page, porter bonheur à tout l’ouvrage ! » Il évoque dans des vers délicieux sa chère Bretagne :

Bretagne, ma Bretagne, oh ! toujours dans mes rêves,
J’aborde à tes rochers, je m’abats sur tes grèves,
Je m’égare dans tes forêts,
Et toujours je reviens, comme les hirondelles,
Tremper avec amour le bout de mes deux ailes
Dans la vapeur de tes marais.

L’historien
Son ouvrage : Louis XVII, sa vie, son agonie et sa mort, captivité de la famille royale au Temple, publié en 1852 est particulièrement bien reçu et couronné par l’Académie française.  L’auteur a compulsé les archives et surtout rencontré à partir de 1837 les témoins directs de l’emprisonnement de la famille royale. Parmi ces derniers, Étienne Lasne (1757-1841) et Jean-Baptiste Gomin qui furent les derniers gardiens du Dauphin et de Madame Royale. Dans l’introduction de son livre, il remarque :

« Je n’ai épargné ni soins ni recherches pour arriver à cette vérité. J’ai remonté à la source de tous les faits déjà connus ; je me suis mis en relations avec les personnes encore vivantes auxquelles le hasard de leur position ou les devoirs de leur charge avaient ouvert les portes du Temple. » Le succès de l’ouvrage est considérable à tel point que la Princesse Eugénie souhaite le recevoir et l’Empereur Napoléon III lui propose le poste de chef de section aux Archives de France (1853).  De nombreuses rééditions assurent le succès de ce récit et la huitième réédition en 1871 est enrichie d’autographes, de portraits et de plans et précédée d’une lettre de l’évêque d’Orléans, monseigneur Dupanloup. Il complète son œuvre d’historien par La vie et la légende de Madame Sainte Notburg, établissement de la foi chrétienne de la vallée du Neckar en 1867 et surtout par La Vie de Madame Elisabeth, Sœur de Louis XVI.  Dans la préface de cette dernière œuvre littéraire (1868), monseigneur Félix Dupanloup écrit : « Vous venez de donner à votre beau livre de Louis XVII une suite digne de lui, en publiant l'histoire de Madame Élisabeth. Madame Élisabeth, cette sainte, cette noble et douce figure, la plus touchante peut-être de toutes les victimes de la Révolution, n'avait pas été jusqu'ici assez étudiée ni connue. Son rôle secondaire, la réserve modeste où elle se renferma toujours, le dévouement qui enveloppa toute sa vie, l'avaient trop laissée dans l'ombre : on n'avait pas vu d'assez près, ni dans le détail, ce qu'était cette nature, ce cœur, cette âme, cette vie. L'ouvrage que vous nous donnez, et que vous avez écrit avec cette sûreté de recherches qui caractérise tous vos travaux historiques, sera sur cette Princesse une véritable révélation (…) L’Histoire de Louis XVII a fait répandre à ceux qui l’ont lue bien des larmes ; l’histoire de madame Elisabeth va en rouvrir la source. »

L’écrivain
Le vicomte Alcide de Beauchesne collabore également à des ouvrages collectifs comme Des Souvenirs du vieux Paris (1834) et le Livre des Saints. Tout au long de sa carrière, il correspond avec ses amis écrivains et poètes comme Victor Hugo, François-René de Chateaubriand, Alphonse de Lamartine, Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Honoré de Balzac, Charles Nodier et sa fille, la femme de lettres et poétesse Marie Mennessier-Nodier. L’ensemble de cette correspondance et les différentes pièces historiques concernant la captivité de la famille royale au Temple sont dispersés le mardi 3 mars 2015 à l’Hôtel Drouot à Paris.  

La vente de ces précieux documents met en relief le rigoureux travail du poète et historien lorientais. En effet, Hyacinthe du Bois de Beauchesne était né à Lorient où son père Nicolas était Receveur des fermes du roi et membre de la loge maçonnique l’Union et de L’Heureuse Alliance (1789). Sa signature au-bas de l’acte de naissance de son fils lève toute ambiguïté à ce sujet.

Le Lorientais
Hyacinthe Dubois[2] est déclaré « l’onze germinal an huit de la république française (1er avril 1800) nous officier public certifions qu’il nous a été présenté par  Nicolas Anne Dubois, âgé de quarante-et-un ans, né en la commune de Dijon département de la Côte d’Or et marié en la ci-devant paroisse Saint-Roch de celle de Paris, département de la Seine, un garçon auquel il a donné le prénom d’Hyacinthe, né dans la rue du Port de cette commune  n° 112,  à trois heures du jour d’hier (le 31 mars 1800) de son mariage avec Marie Elie Vial, âgée de trente-trois ans, née en la ci-devant paroisse Saint-Martin de la commune de Vienne, département de l’Isère. » Archives de Lorient. 1E8. Le vicomte Hyacinthe du Bois de Beauchesne épouse à Paris dans le 2e arrondissement, le 13 février 1836 : Elisa, Anne, Constance Hodgson, âgée de dix-sept ans. Le couple a trois enfants : Henry, Albert et Louise. Le 23 décembre 1925, le conseil municipal de Lorient se souvient et attribue le nom d’Alcide Beauchesne à une rue de la ville située à proximité du cours de Chazelles. Pour l’adjoint-au-maire Léopold Le Bourgo : « Dans le choix de ces noms, nous avons été guidés par le souci d’affirmer nos convictions politiques et, en même temps, de rendre hommage à la mémoire de Lorientais qui, a des titres divers, ont honoré leur ville. » C’était le cas d’Alcide de Beauchesne « un de nos écrivains de premier ordre et son nom restera comme celui d’un homme de bien, d’un fervent royaliste et d’un brillant historien.[3] »

Il est inhumé le 13 décembre 1873 au cimetière du Père Lachaise à Paris. Le 3 avril 1882, son épouse Elisa Hodgson décède et est également inhumée au Père Lachaise (67e division). La vicomtesse de Beauchesne fait « l’actualité » du Paris historique et insolite car de nombreux visiteurs de la nécropole viennent admirer sa magnifique sépulture[4] la représentant « couchée ayant un bouquet de roses dans la main gauche. »


[1] Souvenirs poétiques de l’école romantique 1825-1830. Edouard Fournier 

[2] Les particules nobiliaires n’apparaissent pas dans l’acte de naissance.

[3] L’Union. Le 5 décembre 1873.

[4] Signée d’Antonino Agiout. 

Recherches et texte de Patrick Bollet

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