Corre Émile


Émile, Marie Corre (1859 – 1934)
Inspecteur général honoraire de l’Enseignement technique
Officier de la Légion d’honneur
Officier de l’Instruction publique
Chevalier du Mérite agricole

Émile Corre est né le 17 septembre 1859 à Guipavas dans le Finistère, de Pierre, Marie Corre, jardinier, âgé de quarante-six ans et d’Anne Douarinou, âgée de vingt-six ans. Le 3 août 1878, Émile Corre entre à l’inspection académique de Quimper dans le Finistère. Le 1er octobre 1881, il est nommé professeur à l’école normale d’instituteurs à Alençon puis à Quimper et à Rennes avant d’être muté le 1er octobre 1887 comme inspecteur primaire à Lorient. Il découvre une ville tiraillée entre les partisans de l’école laïque et les défenseurs des écoles congréganistes. La laïcisation de l’école des frères et leur expulsion de la rue Vauban (1888) accentuent les tensions. C’est une entrée en fonction délicate pour Émile Corre qui s’efforce de rester en-dehors des conflits et s’attache à développer l’instruction des petits lorientais en privilégiant les faubourgs. Le 1er avril 1893, il est promu directeur de l’École normale à Savenay puis à Saint-Brieuc avant de rejoindre le 1er octobre 1898, la direction de l’École Nationale professionnelle de Nantes (Livet). À ce poste, il démontre de réelles qualités et est promu le 1er juin 1903, en tant que directeur de l’École nationale des Arts et métiers de Lille avant de rejoindre le 1er octobre 1912, la direction de l’École Nationale des Arts et Métiers de Paris. Pendant de nombreuses années, il dirige cet établissement prestigieux avant de terminer sa carrière au Ministère comme Inspecteur général de l’enseignement technique.

Une retraite active
À la retraite, il se retire rue Michel Bouquet à Lorient et dresse les plans de la maison qu’il fait construire au 2 impasse de la Marne dans le quartier de Merville. Il s’implique rapidement dans la vie de la cité et est sollicité en 1925 par le préfet du Morbihan afin de représenter l’État en compagnie du député Pierre Bouligand (1866-1930) au conseil d’administration de l’Union mutualiste du Morbihan, présidé par Camille Herwegh (1872-1944) dont l’action principale en début de mandat est de sauver le sanatorium de Kerpape.  Mais il est également vice-président du Conseil d’administration du Port de Pêche de Lorient-Keroman, vice-président du Comité départemental de l’enseignement technique et œuvre au sein des Offices des Pupilles de la Nation. Ayant gardé de nombreux contacts au ministère et principalement avec Edouard Labbé (1868-1944), directeur du sous-secrétariat d’État à l’enseignement technique, il est souvent chargé de missions « pédagogiques » au plan local et départemental dont il s’acquitte avec joie. En juillet 1933, il préside et remet les prix aux élèves des cours professionnels de Lorient et il leur demande de ne pas oublier : « Quelle que soit pour les uns et les autres, la profession adoptée, on ne peut réussir qu’avec du travail, de l’énergie, de la confiance dans l’effort, et j’ajouterai de la confiance en soi, avec un peu de bonne humeur. Ne trouvez jamais que vous en faites trop, mais bien que vous pourriez peut-être en faire encore un peu plus. Soyez tout à votre besogne, ne négligez aucun moyen de vous instruire. Plus vous serez instruit, meilleur vous serez. Travaillez, seul le travail fait que la vie soit digne d’être vécue.[1] » Cette retraite active s’achève « brutalement » le jeudi 22 février 1934. Alors qu’il s’apprêtait à prendre le tramway sur la rue de Carnel, il « s’affaissa sur le trottoir à 10 heures 10. Il fut alors victime d’une crise foudroyante de la maladie de cœur, qui avait été diagnostiqué chez lui depuis de nombreux mois. [2] » Il décède après « une vie de labeur acharnée, toute de dévouement d’un homme simple, sorti de la souche populaire, parvenu aux plus hauts échelons d’une carrière à laquelle il avait consacré son existence.  M. Corre, vivait modestement, entouré de l’affectueuse sollicitude d’une sœur vénérée, dans sa maison de Lorient, près de l’avenue de la Marne, cette retraite paisible qui était souvent l’asile sûr de combien d’anciens élèves ou de pupilles que cet homme de cœur avait adopté, sans bruit, comme des membres d’une même famille. » Le samedi 24 février, de nombreuses personnalité civiles et militaires assistent à ses funérailles : le préfet du Morbihan, le sous-préfet de Lorient, le maire Jules Le Grand et son prédécesseur Emmanuel Svob, l’Inspecteur d’Académie, le sénateur et ancien ministre Adolphe Rio et un imposant cortège d’amis venu de tout le pays. Après la cérémonie religieuse à Sainte-Anne d’Arvor, la foule suit le char funèbre avec « en tête, les élèves des écoles primaires supérieures des garçons et des filles sous la conduite de leurs maîtres et maîtresses. Dernier et solennel hommage de l’enseignement à cet homme qui lui consacra toute sa vie. » Au cimetière de Carnel, de nombreux discours relatent la vie de l’enseignant et sa carrière exceptionnelle en soulignant son inlassable plaidoyer en faveur de l’enseignement technique et de l’éducation populaire. Il est inhumé au cimetière de Carnel à Lorient. Pour le remercier, le groupe scolaire du sanatorium de Kerpape prend le nom de ce grand mutualiste. Quelques années plus tard, une pétition est lancée par ses anciens élèves et ses amis lesquels souhaitent obtenir un nom de rue dans sa ville de cœur afin de « saluer le nom d’un modeste qui a servi son pays et préparé des générations au travail, qui en a fait des hommes éminents dans tant de carrières. [3]» Pour commémorer le souvenir de cet homme de bien, le vendredi 19 mai 1939, l’impasse de la Marne reçoit le nom d’Émile Corre. Après la Seconde Guerre mondiale, l’impasse qui « doit être ouverte[4] » devient le 20 août 1947, la rue Émile Corre. 

Recherches et texte de Patrick Bollet


[1] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 25 février 1933.

[2] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 23 février 1934.

[3] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 18 mai 1939. 

[4] Archives de Lorient. 1D169.

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