Dubois Raymonde, Marie (1914- ?)
Résistante
Raymonde Marie Martin, fille d’Auguste Martin, maréchal des logis d’artillerie coloniale et de Marie Oyau, journalière, est née à Lorient le 18 mars 1914. Le 12 juin 1936, elle épouse à Lorient Henri Dubois, coiffeur. Le couple donne naissance à une petite-fille, Marie Lise née le 23 novembre 1937. Son mari, né le 17 mai 1911, décède le 19 décembre 1940.
Après l'évacuation de Lorient en février 1943, en tant que secrétaire du directeur des Travaux maritimes de l'arsenal de Lorient, elle se replie, comme le reste du personnel sur Hennebont. Ce déménagement forcé oblige à la restructuration du groupe Gabriel du réseau de résistante Alliance. Le groupe restructuré voit également ses effectifs agrandis avec de nouveaux recrutements : les dessinateurs Le Roux et Lefrançois, l’ingénieur de direction de travaux Thoël, l'employé des TM Yves Demaine et Raymonde Dubois, la secrétaire du directeur qui a en charge le courrier de la direction. Elle devient un agent de renseignement du groupe Gabriel dans le réseau Alliance.
Après qu'un agent de l'Abwer est réussi à infiltrer le réseau, elle est arrêtée en mars 1944, comme un bon nombre du groupe des bureaux hennebontais et des autres groupes du réseau dans les jours et mois qui suivent.
La prison de Rennes avec son annexe, le camp Margueritte, est alors le lieu de rassemblement des prisonniers de toute la Bretagne. Emprisonnée dans la prison Jacques Cartier, Raymonde est transférée le 2 août 1944 au fort Hatry de Belfort par le convoi dit train de Langeais (deux trains partis de la Prévalaye et la Courrouze à Rennes).
Au camp Margueritte (quartier Les Champs Manceaux), alors que les Américains bombardaient, les prisonniers s'imaginaient déjà libérés. Or si les gardiens allemands se précipitent aux abris, les gardiens français ne cèdent pas à la panique et refusent de libérer les détenus. Mais le 3 août au matin, changement de programme. Les internés de Margueritte sont escortés par rang de cinq personnes pour être embarqués dans un train. À moins de 24 heures de la libération de Rennes, il est le dernier départ de train.
Dans ces wagons à bestiaux des 2 et 3 août sont rassemblés environ 900 personnes : des prisonniers politiques résistants pour la plupart dont 250 femmes (247 identifiées), des prisonniers militaires alliés blessés (293 Américains, 81 Britanniques et 27 Canadiens) ainsi que des soldats allemands devant passer devant le conseil de guerre.
Ce convoi ferroviaire de 80 voitures est le dernier à quitter la Bretagne pour la déportation vers les camps nazis. Le parcours commence, direction Redon, Nantes sous une forte chaleur. Les deux trains sont réunis le 5 août sur la commune le Lion-d’Angers. Le 6 août, le train est contraint de s’arrêter à Langeais à cause d’un pont ferroviaire détruit. Le train est camouflé ce qui l’empêche d’être identifié comme un transport de prisonniers. Le 6 et le 7 août, le train est alors mitraillé par l’aviation des Alliés. Bilan : 70 blessés, 19 morts (9 américains, 3 britanniques, 4 prisonniers français, 1 Langeaisiens, 4 allemands), 91 évasions.
Les prisonniers sont forcés à continuer à pied sur 30 kilomètres direction La Ville-aux-Dames (Indre-et-Loire) qui abrite la gare proche de Tours alors que les prisonnières y sont conduites en camions. Le 10 août, nouveau trains, dans lequel ils retrouvent tous d'autres prisonniers en provenance de l'Ouest.
Le convoi atteint le fort de 15 août. Plusieurs d’entre eux vont être libéré jusqu'à la fin du mois grâce à un Alsacien enrôlé de force dans la Wehrmacht (un Malgré-nous) : 241 (dont 156 du grand Ouest). Les autres vont être déportés vers quatre camps de concentration et d'extermination : Natzweiller, Neuengamme, Dachau, Ravensbrück. 350 y meurent.
La plupart des libérés sont dirigés par le secours National sur Giromagny située à 15 kilomètres de Belfort et à 30 kilomètres de la frontière suisse. Nombreux seront celles et ceux à s’échapper de là pour passer la frontière.
Le 2 août 2015, un quai de la Mémoire est inauguré dans le quartier de la Courrouze à Rennes. Il s'agit d'une allée de granit de 120 mètres de long sur 3 de large qui symbolise la voie d’embarquement du train de Langeais. Sur l'allée se trouve une ligne de bronze interrompue par 27 plaques où sont gravés des noms de lieu où les passagers du train ont été confrontés à divers événements.
Raymonde Dubois, libérée le 27 août 1944, échappe à la déportation mais on ignore ce qu’il advient d’elle. Sa fille, Marie Lise est adoptée par la Nation suivant jugement du tribunal de Lorient en date du 27 novembre 1946.