Dutartre Louis-Marie


Un architecte majeur de Lorient

Sa première réalisation : un immeuble influencé par le style Art Nouveau  

Né en 1874 dans le Maine-et-Loire, il devient en 1902, à 28 ans, architecte au sein du cabinet de Stephen Gallot situé rue Poissonnière à Lorient.
Collaborateur proche de Stephen Gallot, il apprend de son style académique. À partir de 1907, Louis-Marie Dutartre reprend le cabinet et commence à réaliser ses propres bâtiments.

En 1908, il édifie, au n°22 rue Poissonnière, un immeuble d’angle symbolisant le progrès et l’esthétique à la mode. Construit en granit, le rez-de-chaussée est composé d’une ossature métallique, le premier et le deuxième étage sont mis en valeur par des bandeaux horizontaux et verticaux qui soulignent les espaces nobles. La verticalité de l’architecture répond aux courbes des fenêtres, où on notera un discret vitrail de style Art Nouveau.

Influencé par le style Art Nouveau en vogue dans les capitales européennes, cette réalisation  marque également sa connaissance des nouveaux matériaux ainsi que sa maitrise des techniques de construction moderne.

Un investissement fort dans la vie locale

Pendant cette période, Louis-Marie Dutartre s’investit également dans la vie locale. Dès 1905, il occupe une place centrale au sein du comité du Syndicat d’Initiative de Lorient, premier office de tourisme de la ville, et devient président du Comité des Fêtes. Sensible au progrès technologique, il sera également vice-président des Amis de l’Aviation et siègera au comité de l’Automobile-Club Armoricain.

La réalisation de nombreuses écoles entre 1909 et 1915

Il s’associe ensuite à l’architecte Charles Caro de Port-Louis et réalisent ensemble de nombreuses écoles du département, comme l’école de Plouhinec en 1909, dans un style classique, ou l’école de fille de Merlevenez terminée en 1915, à l’architecture régionaliste et à l’agencement intérieur novateur.

Présentation de l'école de Plouhinec
Présentation de l'école de Merlevenez
( Notices de l'inventaire du patrimoine culturel en Bretagne - Région Bretagne)

La participation à la reconstruction après la Première Guerre mondiale

Louis-Marie Dutartre s’investit dans les syndicats et comité d’architecte à un niveau régional à partir de 1914. Il devient membre de la société de défense mutuelle des architectes français (S.D.M) et membre de la Société régionale des Architectes du Nord-Ouest de la France (1914-1939). 
Au lendemain de la guerre, Edouard Ramonatxo, un architecte de Pontivy devenu architecte adjoint au Ministère des Régions Libérés, rejoint le cabinet de Louis-Marie Dutartre et Charles Caro. Ensemble, ils ouvrent en 1920 une antenne à Paris ainsi que dans le nord de la France à Armentières pour œuvrer à la reconstruction des régions sinistrées par la Première Guerre mondiale.

Pendant dix ans, les chantiers de réparations et de construction de monuments aux morts se multiplient autour de Lorient, comme à Port-Louis, Locmiquélic ou Auray.
À Armentières, ils reconstruisent les deux églises paroissiales et tous les édifices publics de la ville. Les constructions sont sobres, ordonnées, souvent imprégnées de régionalisme néo-breton ou néo-flamand.

L’influence du style Art déco

Immeuble n°29 cours de Chazelles

Les architectes du cabinet Dutartre, Caro et Ramonatxo se tournent rapidement vers le style Art Déco qui s’est imposé à Paris lors de l’exposition des Arts Décoratifs de 1925, comme l’illustre l’immeuble du n° 29 cours de Chazelles à Lorient construit également la même année. Le style est plus sobre : le caractère ostentatoire que l’architecture affichait jusque-là disparait. La façade ondule grâce à l‘utilisation du béton armé et la présence de bow-windows, une distinction nette se fait entre le rez-de-chaussé commercial et les étages de vie par un petit auvent en pavés de verre ronds, qui s’inspire des immeubles Art Déco de Paris.

La Chambre de Commerce et d’Industrie

Les architectes initient également le projet de leur carrière en 1926 : le premier dessin de la nouvelle Chambre de Commerce et d’Industrie de Lorient.
À l’étude depuis 1925, elle est construite de 1928 à 1931. Edifié en tuffeau et granit, ce bâtiment décline une rigoureuse façade de style Art Déco aux lignes géométriques. L’importance des portes d’entrée laisse deviner la dimension du hall d’accueil tandis que le balcon filant donne une solennité au bâtiment. 
Dominant l’avant-port de Lorient, l’ensemble massif et monumental est surmonté d’une horloge mise en valeur par une frise géométrique et un fronton sculpté représentant le caducée d’Hermès, dieu du commerce.

En savoir plus sur la Chambre de Commerce et d'Industrie

Un personnage public

Louis-Marie Dutartre est un véritable personnage public à Lorient. Il s’investit en politique et devient président de la Foire-exposition de Basse-Bretagne.
Un de ses associés, l’architecte Charles Caro décède subitement en 1930 à 48 ans.
Louis-Marie Dutartre et Edouard Ramontaxo travaillent encore ensemble pendant deux ans sur des projets comme les Nouvelles Galeries d’Auray ou des ensembles balnéaires à Clohars-Carnoët. Ce dernier quitte le cabinet pour s’installer avec son fils et décéde à son tour prématurément.

 L’investissement de Louis-Marie Dutartre se poursuit. Il devient membre du Conseil d’Administration de la presse de Basse-Bretagne en 1933 puis président du conseil d’administration du Nouvelliste du Morbihan en 1940. Il prend plusieurs responsabilités dans le secteur du bâtiment et de l’architecture à l’échelon local et régional.

 Une certaine esthétique se dégage de ses réalisations. Il agrandit l’Union Coopérative de Lorient, réalise l’hôtel des Voyageurs de Clohars-Carnoët (actuel hôtel de ville) et la mairie de Quéven.

Des constructions qui marquent le Cours de Chazelles

Ses constructions marquent profondément l’aspect du cours de Chazelles qui devient une entrée de ville en associant  des immeubles de rapport et les commerces les plus en vue : le sculpteur Breton, les établissements Guillant et Redor, les produits « A l’épée », ou Dreux Meubles. Il y installera d’ailleurs son nouveau cabinet après la guerre, parmi les quelques immeubles qui ont résisté aux bombardements.

Estimé et écouté, comme le souligne les différents articles de presse de l’époque, il propose un avant-projet de l’aménagement de l’aérodrome de Lann-Bihoué en 1937, mais ce seront les troupes allemandes qui développeront le projet et y feront atterrir leurs avions.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, tout en continuant à s’investir pour sa ville et s’exprimer sur les solutions qui permettraient au secteur du bâtiment de repartir, il se replie près de Plouay en février 1943 puis à Angers. Il revient après la guerre accompagné de l’architecte Auguste David et ré-ouvre un cabinet avec lui jusqu’à sa mort à 75 ans, le 24 décembre 1949.

Son influence sur  Lorient : une modernité grandissante

Son influence sur l’architecte de Lorient est primordiale. Il a contribué à faire de Lorient à l’esthétique plutôt académique une ville moderne, ponctuée de brasseries et de grands magasins construits dans la dynamique des styles architecturaux les plus en vogue. Il transmettra notamment ses connaissances et  son regard sur la ville de Lorient à Jean-Baptiste Hourlier, un jeune architecte avec qui il travaille à Paris dès les années 1920 et qui deviendra architecte en chef adjoint de la reconstruction de Lorient de 1946 à 1952.

En savoir plus sur Jean-Baptiste Hourlier et les architectes de la Reconstruction

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