Desroseaux Madeleine


(1873-1939)

Le 9 septembre 1873 naît à Rennes Florentine Monier. Très tôt, elle s’adonne à la poésie et publie dans la presse locale, sous le pseudonyme de Madeleine Desroseaux, quelques poèmes. Elle rencontre André Degoul et l’épouse le 4 février 1895 à Rennes.

Le clocher breton

Le clocher breton, revue mensuelle de Bretagne et des pays celtiques, est à l’origine du mouvement culturel breton. La première poésie en langue bretonne paraît dans ses colonnes, en mai 1896. Elle s’affirme rapidement et regroupe toute une élite intellectuelle profondément régionaliste. Loeiz Herrieu, Anatole Le Braz, Théodore Botrel, Charles Le Goffic, françois Coppée, Alphonse de Châteaubriant, Jean-Pierre Calloc’h deviennent de prestigieux collaborateurs mais surtout de merveilleux amis qui fréquentent assidûment le salon littéraire qu’anime Madeleine Desroseaux à son domicile du 95 de la rue Belle-Fontaine à Lorient.

Madeleine Desroseaux publie ses œuvres après le conflit de 1914-1918. Dans Les Heures bretonnes, ouvrage couronné par l'Académie française en 1931, elle exalte avec sensibilité les humbles chapelles et les clochers bretons qui surveillent l'horizon mais aussi, l'intimité des cimetières et la continuité de la vie.

Elle est le grand témoin de la Bretagne profonde et mystérieuse et le pèlerin qui saisit avec émotion cette terre qui médite et qui prie : « J'ai hanté les pardons, les églises, les presbytères, les auberges, tous les lieux où l'âme bretonne éparpille son vol comme une abeille qui passe avec facilité de la rose au chardon (…) J'ai cueilli toute vive et bon fleurante une Bretagne qui sentait l'encens et le foin mûr, l'aubépine et le sureau, la cire ardente des cierges et l'ajonc à l'haleine miellée. » Dans Félix, clerc de notaire, publiée en 1935, elle décrit la ville de Lorient avec « ses rues  grouillantes de passants, ses boutiques neuves, son marché bordé de coiffes blanches »... Elle évoque les militaires : « ...des marins passent rapidement, délurés, le pas vif comme s'ils partaient faire le tour de monde » et dépeint l'animation qui règne : « ...on s'interpelle, on se bouscule sur les trottoirs, foule vivante, jacassante, pirouettante, de Méridionaux de l'Ouest. » Elle compare le Cours de la Bôve aux Champs-Elysées. Elle aime cette ville et à travers cet ouvrage elle nous fait partager sa passion pour un Lorient au charme inépuisable et incomparable. En 1938 paraît La Bretagne inconnue, c'est son dernier ouvrage, car le temps lui est compté.

Le 3 mai 1939, Madeleine Desroseaux laisse sa famille et ses amis dans la peine. Quelques jours pus tard, sa famille et les amis l'accompagnent à sa dernière demeure située à quelques pas de la maison familiale de Kerizel. Au cimetière de Carnel, l'ami de toujours, Looeiz Herrieu, prononce l'éloge funèbre de cette femme d'action qui aimait la Bretagne et la faisait aimer, de cette femme de cœur qui prodiguait conseils, encouragements et réconfort. Kerizel était la maison du Bon Dieu. « N'est-ce pas là que nombre d'entre nous ont senti s'éveiller leur vocation littéraire ou leur volonté de militer pour la Bretagne ? De cette femme à la foi profonde, qui croyait en l’espérance d'une autre vie, elle savait que les bretons ne meurent pas. Pour eux , la Mort n'est qu'un passage. Elle n'en doutait pas quand elle écrivit du breton qu'il sait regarder la mort avec sérénité. Et puis, à l'heure dernière, les bons vieux saints de Bretagne, pour qui elle avait une si profonde vénération, ne pouvaient pas ne pas entendre sa prière :
Vieux saints vers qui je vais par des sentiers de lande,
Vieux saints de mon pays cachés loin des cités,
A mon dernier matin, c'est vous que je demande,
Venez à mon secours, vieux saints que j'ai chantés !

La municipalité d'Emmanuel Svob accorde une concession à la famille. Depuis, Madeleine Desroseaux repose près d'Auguste Brizeux à l'ombre de son chêne. Juste et ultime récompense pour un poète de grand talent qui avait tant aimé les Bretons.

Texte : Patrick Bollet, extrait de l'ouvrage  Lorient ses hommes illustres

© 2018 - Site officiel des Archives et du patrimoine de la Ville de Lorient

Retour en haut