Esvelin Pierre


Pierre, Louis Esvelin (1868-1961)
Officier de la Légion d’honneur
Avocat
Maire de Lorient

« Maître Esvelin est une figure lorientaise des plus marquantes. Comme ancien maire, comme bâtonnier, aussi bien que comme Vice-Président du Bureau de Bienfaisance, il s’est acquis des titres certains à la reconnaissance de la population. [1]»

Il est né le 14 mars 1868 à Gâvres (Morbihan), de Pierre, Marie Esvelin, âgé de trente-et-un ans, boulanger et de Jeanne Marie Podras, âgée de vingt-cinq ans, ménagère. Le 27 septembre 1894, il épouse à Lorient : Lucie, Marie Victorine Grenier, âgée de dix-huit ans. Après ses études de droit à la faculté de Rennes, il entre en 1892 comme clerc d'avoué dans une étude lorientaise et est l’année suivante nommé avoué près du Tribunal civil de la ville.  Il exerce cette profession pendant treize ans avant de céder son étude en 1907 pour s'inscrire au barreau. Il plaide quelques années avant de s'engager pleinement[2] en politique. Le 13 février 1910, il est le candidat de la gauche dans la 2e circonscription de Lorient, désigné par le Congrès Républicain d’Hennebont et par le parti radical et radical socialiste aux élections législatives du 24 avril.  Il est battu par le député sortant Ernest Lamy (1867-1927) et dans ses remerciements aux électeurs, il leur donne rendez-vous pour « une revanche prochaine qui amènera dans notre belle circonscription l’effondrement définitif de la réaction cléricale. » Il poursuit son engagement politique en compagnie de son collègue et ami Louis Nail, désormais député-maire de Lorient.

Un maire emblématique
Le 12 mai 1912, il se présente sur la liste d’Alliance des Comités républicains, radicaux et socialistes qui est menée par Louis Nail. Ce dernier remporte l’élection municipale et la semaine suivante, lors de la séance d'installation de l’assemblée communale, il annonce qu’il n’est pas candidat au poste de maire. « Je tiens à dire qu'il ne me paraît pas possible de cumuler ces très importantes fonctions avec le mandat législatif, dont je suis chargé depuis deux ans. » Dans ces conditions, Pierre Esvelin est élu maire de la ville et remercie ses collègues « du témoignage de sympathie et de la marque de confiance que vous venez de me témoigner en m’appelant à diriger vos assemblées. » Il poursuit la transformation de la cité commencée sous la mandature précédente et inaugure de multiples réalisations. Il se présente une nouvelle fois dans la 2e circonscription de Lorient sous l’étiquette de radical-socialiste aux élections législatives du 26 avril 1914 et est battu par le député sortant Ernest Lamy.  Après les « luttes » électorales, il retrouve les dossiers municipaux et continue son inlassable travail au service de la population. Cette dernière suit avec attention la situation internationale et n’est pas surprise le samedi 1er août 1914 par les nombreuses affiches placardées sur les murs de la cité annonçant la levée en masse : « Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de terre et de mer est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures et harnais nécessaires au complément de ces armées. Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août 1914. » C’est la guerre !  Les troupes sont accompagnées à la gare avec enthousiasme et ferveur par la population et saluées par les personnalités civiles et militaires. C’est tout d’abord, le 262e régiment d’infanterie qui part le jeudi 6 août 1914 et le lendemain, le 62e régiment d’infanterie quitte la ville aux cris de « Vive la France ! Vive le 62e ! » C’est ensuite le tour du 1er régiment d’artillerie coloniale de la caserne Frébault et du 88e d’infanterie territoriale et le 16 août 1914, les fusiliers-marins s’en vont assurer la défense de Paris. Quelques jours plus tard, lors de la séance du conseil municipal, Pierre Esvelin souligne : « L'œuvre de la mobilisation s'est accomplie dans l'ordre le plus parfait » et fait part de sa grande satisfaction tout en souhaitant le retour des régiments avec « la victoire et la paix triomphante. » Il signale le bel élan de nos compatriotes[3] lorientaises « qui se sont groupées et font appel aux femmes de Lorient pour constituer un comité de secours » afin de déterminer les moyens les plus sûrs de « venir en aide, à toutes les misères, de quelque nature qu’elles soient, que l’état de guerre va déterminer. » 

Lorient dans la guerre
Désormais la guerre occupe toutes les pensées et c’est avec impatience que l’on attend des nouvelles du front.  Malgré l’héroïsme des soldats, le mois d’août 1914 est dramatique pour l’armée française qui voit ses différentes offensives échouer. À l’opposé les troupes allemandes en application du plan Schlieffen progressent rapidement et marchent vers Paris. Le 6 septembre 1914, le général Joffre lance les forces françaises dans la bataille : « Au moment où s’engage une bataille dont dépend le sort du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n’est plus de regarder en arrière. Tous les efforts doivent être employés à attaquer et à refouler l’ennemi. »  Les soldats se battent avec un courage, un élan et une détermination féroce qui obligent l’ennemi à reculer. Le 15 novembre 1914, l’offensive ennemie dans les Flandres est stoppée par la bravoure des fusiliers-marins dont la brigade est mise le 26 octobre 1914 à l’ordre du jour de l’armée : « A fait preuve de la plus grande vigueur et d’un entier dévouement dans la défense d’une position stratégique très importante. » Lorient est fière de ses 42 fusiliers-marins tombés à Dixmude et des 304 Lorientais morts glorieusement au combat depuis le début du conflit. Confronté à ces disparitions, le maire fait face avec courage et avec le comité de secours soutient les familles endeuillées.

En 1915, l’illusion d’une guerre courte n’est plus d’actualité et face à cette nouvelle perspective la ville multiplie les initiatives. Elle accueille, soigne et réconforte les nombreux blessés qui arrivent du front surtout après les offensives sanglantes de 1915 en Artois et en Champagne, elle créée une école professionnelle de rééducation des mutilés de la guerre et un lieu de sépulture au cimetière de Carnel pour les soldats morts de leurs blessures dans les hôpitaux de la ville. Pour le maire Pierre Esvelin, le carré militaire est essentiel car il faut assurer « aux braves morts pour notre cause, le lieu de repos où leurs restes pourront être honorés. » C’est également l’ouverture d’un livre d’or afin de perpétuer le souvenir des braves tombés pour la Patrie lesquels sont de plus en plus nombreux sur mer et dans les airs.

L’année 1916 s’annonce encore plus meurtrière et le 21 février 1916, l’offensive allemande sur Verdun afin de « saigner à blanc » l’armée française est suivie avec effroi par la population qui apprend la perte des forts de Douaumont et de Vaux et la mort de nombreux compatriotes. Courage … On les aura ! ces quelques mots d’espoir « galvanisent » les hommes qui repartent à l’assaut et reprennent le 24 octobre 1916, le fort de Douaumont. Pour Le Nouvelliste du Morbihan du 28 octobre 1916 c’est un « splendide succès à Verdun, la ligne ennemie défoncée sur 7 kilomètres. Douaumont repris, plus de 3500 prisonniers. » Le 2 novembre 1916, le fort de Vaux tombe à son tour.  Le 18 décembre 1916, la bataille de Verdun est gagnée. C’est une grande et belle victoire fêtée dans tout le pays. Désormais, Verdun symbolise le courage, l’héroïsme et le sacrifice des combattants et incarne la volonté de se battre et de triompher. Aussitôt, le maire Pierre-Louis Esvelin, propose de donner les noms de la Marne, de l’Yser et de Verdun à des rues de la ville « dans une pieuse reconnaissance à l’égard des héros dont le sang coule à flots sur nos fronts de combats.  Le conseil municipal unanime attribue le nom de la Marne à l’avenue de Carnel, de Verdun à la rue du Pont, de l’Yser à la place de la Liberté.

Le 6 avril 1917, le président Wilson déclare la guerre à l’Allemagne. L’engagement des États-Unis et le débarquement des premières troupes américaines à Saint-Nazaire provoquent l’enthousiasme de la population lorientaise. Lors du conseil municipal du 22 mai 1917, le maire : « Adresse le salut cordial de cette Assemblée et de la population lorientaise toute entière, à la noble nation des États-Unis. » L’entrée en guerre des États-Unis contre l’Allemagne est une formidable nouvelle mais elle est très vite occultée par l’échec de l’offensive française menée par le général Nivelle, au Chemin des Dames.  Pour l’historien Michel Winock, les pertes des troupes françaises sont tragiques : « En trois jours, près de 150 000 hommes ont été mis hors de combat, dont 40 000 tués.» Les soldats sont épuisés et veulent rentrer au pays. « À bas la guerre ! » ils refusent de se battre. Devant le mécontentement général et le désarroi des hommes, le général Robert Nivelle est limogé et remplacé le 15 mai 1917 par le général Philippe Pétain. Quelques mois plus tard (17 novembre 1917) les poilus « apprécient » la nomination de Georges Clemenceau à la présidence du Conseil : « Son air brusque et bourru, ses grosses moustaches retombantes, ses sourcils broussailleux, son œil noir, ses fortes mâchoires carrées toujours prêtes à mordre » sont bien connus des soldats qui font confiance à cet homme énergique, qui n’hésite pas à se rendre en première ligne, avec ses guêtres, coiffé de son incomparable chapeau mou sur l’oreille, à la rencontre des poilus. Il est partout, et leur demande de croire à la victoire. Cette dernière est proche car l’offensive allemande sur la Marne en juillet 1918 est un échec et le 1er octobre, Les armées françaises, britanniques, belges et américaines qui passent à l’attaque, bousculent les troupes allemandes. Pour Georges Clemenceau, la victoire se dessine, les troupes allemandes fuient devant l’avancée irrésistible des armées. Le 11 novembre 1918 « les hostilités sont arrêtées sur tout le front, à partir de 11 heures. »

La guerre est finie
Ça y est ! Le 12 novembre1918, le titre du Nouvelliste du Morbihan exprime un profond soulagement devant l’abdication de l’Allemagne. Les Lorientais pavoisent et de nombreux drapeaux tricolores apparaissent aux fenêtres alors que les cloches des églises sonnent à toutes volées « l’Alléluia du triomphe » de nos armes.  Le 11 novembre 1918 à 11 heures 15, le maire de la ville, Pierre-Louis Esvelin s’adresse à la population : « Je tiens à vous faire part sans délai de cette joyeuse nouvelle qui fera tressaillir d’allégresse tous les cœurs français. Honneur et gloire aux soldats et aux marins de l’Entente ! À ceux qui veillent encore face à l’ennemi ! À ceux aussi qui sont déjà tombés et dont la mémoire demeure profondément gravée dans nos souvenirs reconnaissants. C’est, grâce à eux, l’écroulement de la nation de proie, l’écrasement de l’oppresseur à jamais anéanti. C’est aussi, après quatre ans d’héroïques combats et tant de sang généreusement versé, le triomphe du Droit, de la Justice et de la Liberté. C’est l’Espérance enfin, dans l’union des âmes régénérées par la communauté de sacrifices douloureux et de glorieux succès. En ces jours de joies nationales, la population Lorientaise si vibrante de patriotisme, aura à cœur de s’associer aux manifestations d’enthousiasme engendrées par ces circonstances triomphales. Pavoisez, illuminez vos demeures, arborez vos drapeaux, et que leurs plis frémissants flottent au souffle de la paix imminente. Vivent la France et ses Alliés, Vive l’Alsace-Lorraine revenue à la Mère-Patrie ! Vive la République ! » C’est une foule joyeuse qui défile dans les rues du cours de Chazelles à la place Alsace-Lorraine où se produit la musique municipale. Elle reprend avec entrain les airs patriotiques et défile derrière le drapeau tricolore tout en criant avec force : « Ça y est ! La guerre est finie ! » Pendant ce temps, le conseil municipal, réunit spécialement à l’annonce de la signature de l’armistice se fait « l’interprète des sentiments unanimes de la population Lorientaise ; adresse un salut vibrant aux armées de la République et de la marine nationale, dont les héros glorieux fraternellement unis aux armées et marines alliées nous ont conquis la Victoire. Confond dans un même sentiment de gratitude et de patriotique admiration le citoyen Georges CLEMENCEAU et le maréchal FOCH dont l’énergie entraînante et le génie militaire ont assuré le triomphe des droits imprescriptibles de l’Humanité et de la Civilisation. Vive la République ! » Quelques jours plus tard, le Te Deum de la Victoire rassemble les habitants groupés autour du maire et du conseil municipal dans la vaste nef de l’église Saint-Louis. Il reste à accueillir les régiments emblématiques de la ville dont le retour s’échelonne au fil des mois. C’est tout d’abord, les fusiliers marins (13 février), puis le 62e régiment d’infanterie (20 juillet), et la semaine suivante les bigors et les artilleurs du 111e RAL.

Le 14 juillet 1919
Les festivités prévues mobilisent la population lorientaise invitée à participer aux trois jours de festivité afin de célébrer la Victoire. Elles commencent le 13 juillet par l’hommage rendu au carré militaire du cimetière de Carnel par les autorités civiles et militaires aux Lorientais tombés glorieusement au champ d’honneur. Dans son discours, le maire Pierre-Louis Esvelin s’adresse solennellement aux Morts de la Grande Guerre : « Dans ce frémissement d’enthousiasme unanime, l’unanimité de nos pensées s’élève vers les innombrables héros qui nous ont conquis la paix si ardemment souhaitée. La Victoire n’est-elle pas faite, en effet, de leur effort surhumain, de leur esprit de discipline, de leur intrépidité, du sacrifice de leur sang généreusement répandu ? L’Histoire un jour saura, dans le recul des temps, fixer la part de chacun dans la conquête splendide dont l’aube vient de luire. Elle ne manquera pas dans son immanente impartialité de magnifier les trésors d’endurance et d’énergie, de volonté patiente, de proverbiale ténacité du marin de Dixmude, de l’Yser, de Laffaux, et du merveilleux soldat de Verdun. Les régiments bretons, les bataillons lorientais se trouvaient là et rien ne vaut la réputation splendide qu’ils y ont acquise. » Il s’adresse ensuite « aux mères, épouses et filles lorientaises, vous ne verrez plus les êtres chers que vous avez tant pleurés. Les fibres de votre tendresse n’ont pu les retenir à vous ! La continuité de vos larmes dont le flot lent a marqué sur vos traits le douloureux sillage ne les ramènera pas au foyer de famille. Ils sont morts au Champ d’Honneur ! Disséminés de la Mer aux Vosges, leurs corps gisent sur le sol défoncé qu’ils ont arrosé de leur sang, ou dans la profondeur des mers qui les ont engloutis. Vous ne les reverrez plus ! Et pourtant ils vivront dans nos souvenirs aussi longtemps que flamboierons dans le marbre les lettres d’or de leurs noms immortels. (…) vous viendrez aussi dans cet enclos sacré (cimetière militaire de Carnel) dont les allées vous sont si familières et où vos pas vous ont tant de fois conduits depuis le 1er novembre 1914. Vous vous arrêterez sur ces tertres bénis. Ils sont là plus de 300 ! Inhumés dans ce coin de terre bretonne qui désormais est bien à eux, pour toujours. Ils en ont bien gagné le prix ! (…) vous viendrez déposer à leur pied l’offrande de votre tristesse et vous aurez alors la douce consolation de penser que là-bas dans le sol bouleversé des villages et des villes martyrs, ou peut-être dans quelque cimetière improvisé, les tombes des vôtres ont été délicatement fleuries par la piété des camarades épargnés par la mitraille ou par les mains pieuses d’un passant inconnu, unanimité touchante de toutes les âmes dans le culte apaisant du souvenir. » Il poursuit en stigmatisant l’attitude de la France confrontée à l’odieuse agression « debout en armes face à l’envahisseur. C’est pour ce grand idéal que nos grands morts ont sacrifié leurs plus légitimes espérances. Leur jeunesse ensoleillée, leur droit de vivre. L’étendue des sacrifices qu’ils ont volontairement consentis ne saurait permettre que l’Univers puisse un jour devenir à nouveau le théâtre d’un cataclysme aussi formidable que celui dont il se sent encore bouleversé si profondément. Aussi, tous ensemble, formons les vœux ardents, devant la cohorte des combattants et mutilés, dont nous avons sous les yeux l’émotionnant spectacle, devant la jeunesse des écoles pour qui les grandes crises nationales sont toujours si fertiles en nobles enseignements, sur la tombe de nos morts dont les voix intérieures et profondes se mêlent aux accents des nôtres, formons des vœux pour que l’harmonie ne cesse point de régner désormais, entre les Peuples ; qu’au-dessus des débris du despotisme délirant, s’élève une atmosphère de paix et d’amour, où l’existence sera plus belle, les hommes meilleurs. [4]» Après ces quelques jours de fête et de recueillement, la vie reprend son cours. Les projets d'avant-guerre resurgissent et principalement la création d'un port de pêche dont les travaux commencent en août 1919. C'est une grande satisfaction pour les élus car cette réalisation est un formidable enjeu de développement. Malgré ces nouvelles perspectives, Pierre Esvelin décide de ne pas se représenter aux élections municipales. Le 7 décembre 1919, la liste d’Union Républicaine d’Édouard Labès (1881-1959) remporte le scrutin et lors de l’installation de l’assemblée communale (10 décembre), ce dernier remercie chaleureusement son prédécesseur pour « son exemple d’assiduité constante et de labeur acharné. »  Pierre Esvelin retrouve sa profession d’avocat et désirant garder un lien avec la vie municipale, il est désigné vice-président de la Commission administrative du bureau de Bienfaisance qu’il administre avec compétence et un dévouement des plus complets. Il est également membre du bureau de l’Assistance judiciaire de l’arrondissement de Lorient, membre du comité départemental des mutilés et réformés de la guerre. Président de la section cantonale des Pupilles de la nation de Lorient.

La Seconde Guerre mondiale
Los des fêtes de la victoire de 14-18, Pierre-Louis Esvelin formait des vœux de Paix, d’amour et d’harmonie entre les peuples ! Le 3 septembre 1939, la déclaration de guerre à l’Allemagne nazie et l’occupation de Lorient, le 21 juin 1940 par les troupes ennemies met un terme à ses souhaits. Une nouvelle épreuve l’attend car le 12 novembre 1943, il perd son épouse qui décède à Saint-Rivalain en Melrand (Morbihan) à l’âge de 68 ans. Cette dernière l’avait secondé activement lors de la Grande Guerre et participait activement à la vie associative de la cité. Elle était Présidente des œuvres municipales de l’enfance et membre de la Commission administrative de l’Hôpital-Hospice. Pour toutes ces années de dévouement au service de la population, elle avait reçu de nombreuses distinctions : chevalier de la Légion d’honneur, officier d’Académie, Médaille de la Reconnaissance Nationale, Médaille de la reine Elisabeth[5]. Désormais seul, il espère et attend la défaite des troupes d’occupation et la libération de sa ville. Enfin, le 10 mai 1945, Les forces alliées reprennent possession de Lorient. C’est pour la ville martyre la fin de cinq années de malheur, de misère et d’humiliation. Il reste à la reconstruire ! Comme de nombreux réfugiés Pierre-Louis Esvelin revient à Lorient et reprend sa profession d’avocat. Il suit avec intérêt la reconstruction de la cité et aime déambuler dans les rues à la recherche  des traces du passé tout en admirant les courbes des nouveaux immeubles.

Un bel hommage
Le 18 décembre 1961, Pierre-Louis Esvelin décède à l’âge de 93 ans. Aussitôt, le journal Ouest-France mentionne sa disparition : « C'est une des plus éminentes personnalités lorientaises qui disparaît, emportant l'admiration de ceux qui connaissaient sa carrière bien remplie sur le plan du métier et de l'activité politique, et la reconnaissance des innombrables lorientais démunis dont il avait été jusque dans ses dernières années un inlassable défenseur à la présidence du bureau de bienfaisance. » Le jour de ses obsèques, une nombreuse assistance assiste à l’office religieux en l'église Saint-Louis. L'éloge funèbre est prononcé sur le parvis de l'église par maître Le Clainche, bâtonnier et conseiller municipal de Lorient. Il évoque la carrière de l'avocat Esvelin qui plaidait encore à 93 ans et souligne ses brillantes qualités : « Son expérience des affaires avait fait de lui, le conseiller averti d'importantes sociétés de la région. A la barre, ni éclats de voix, ni effets de manches ; c'était uniquement à la logique de l'esprit et du cœur, à la rigueur d'un raisonnement subtil qu'il se fiait pour emporter la conviction des magistrats. » Il rappelle l’engagement en 1914 du premier magistrat de la cité qui a « la lourde tâche de guider la caravelle lorientaise sur les flots agités de la grande guerre » et souligne la féconde activité d'un homme charitable dont « le nom restera attaché particulièrement au bureau de bienfaisance auquel il se dévoue pendant 38 années. Avocat et homme de bien, le bâtonnier Esvelin l'est resté jusqu'à son dernier souffle, se refusant à prendre une retraite bien méritée, ne pouvant se résoudre à abandonner tout ce qu'avait été sa raison d'être et qui fut jusqu'à la fin sa force de vivre. Tout le bien qu'il a fait sur terre lui sera compté pour le ciel. » Il est inhumé au côté de son épouse au cimetière de Carnel à Lorient.  Carré 10. Tombe n° 41

Une rue Pierre Esvelin

Le 12 juillet 1962, le conseil municipal (maire Louis Glotin) attribue le nom de Pierre-Esvelin « Avocat, Maire de Lorient » du 19 mai 1912 au 10 décembre 1919 » à une rue de la ville.

 

 


[1] Le Préfet du Morbihan. Le 30 avril 1950.

[2] Il est conseiller municipal de Quéven (Morbihan), de 1904 à 1908.

[3] Mme Pierre Esvelin préside ce comité et déploie une intense activité tout au long du conflit assistée de nombreuses épouses de personnalités locales dont : mesdames Nail, Costebonel, Marchal, Montrelay, Waquet, de Longueville, Mercier, Bouligand, Cosmao-Dumanoir, Glotin etc.

[4] Bollet, Patrick. Au cœur de la Grande Guerre avec les Lorientais Morts pour la France.  Ville de Lorient, Les Archives, 2014.

[5] Médaille décernée aux Belges ou aux étrangers qui se sont dévoués en donnant des soins aux victimes belges de la Première Guerre mondiale.

Recherches et texte de Patrick Bollet.

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