Gallot Stéphen (1843-1931)
Architecte
Peintre et médailleur
Stéphène Louis Octave Gallot, dit Stéphen Gallot, architecte, fusainiste émérite, chevalier de la Légion d'honneur (31 juillet 1925), officier de l'Instruction publique, médaillé de 1870, est né à Vire le 2 juin 1843 et décède à Lorient le 2 avril 1931. Son père, Jules Maximilien Gallot, pharmacien qui tient une officine à Vire, épouse Nancy Joséphine Rose Le Breton.
Stéphen Gallot commence à exercer le métier d’architecte sur Rennes, dès 1860, dans le cabinet de l’architecte de la Ville de Rennes, Jean-Baptiste Martenot, d’abord comme élève puis comme employé. Ce dernier le recommande dans une lettre datée du 15 septembre 1865, pour intégrer l’école nationale des beaux-arts de Paris : « toujours il a fait preuve de beaucoup d’aptitude pour les études d’art en général et pour l’architecture en particulier. En continuant à développer ses heureuses dispositions au moyen d’un travail assidu comme il l’a fait jusqu’à présent, M. Gallot a toutes ses chances pour se faire une place remarquable dans les arts. »
Stéphen est admis en deuxième classe le 22 octobre 1866, en section architecture, dans les ateliers d'Alexis Paccard. Le 7 mai 1867, il obtient au concours de l’école le deuxième MR en architecture (valeur 1) et à celui du 28 mai 1868, une mention en perspective (valeur 2).
Sur Paris, il est également l’un des élèves du peintre Marius Fouque, artiste réputé qui viendra s’installer rue de la Comédie (rue Auguste Nayel) à Lorient et avec qui il lie une profonde amitié.
Son début de carrière est interrompu lorsqu’il est mobilisé durant la guerre de 1870 sur les listes du Calvados, son département natal. Démobilisé en 1871, il reprend alors son poste d'élève architecte dans le cabinet d'architecte rennais où il exerce jusqu’en 1873, date à laquelle Il postule à Lorient, au poste d’architecte de la ville. Dans une lettre de recommandation, il est écrit qu’il « est tout à fait prêt à être l’architecte d’une grande ville comme Lorient ».
Pour venir s’installer sur Lorient, il est peut-être motivé par la présence de Marius Fouque. D’ailleurs, ami fidèle, c'est Gallot qui déclare le décès de Fouque le 11 avril 1880. Le 17 janvier 1876, quand il épouse à Lorient, Berthe Euphrasie Marie Chauvelon, il est donc déjà architecte de la ville de Lorient. Son épouse, propriétaire, est la fille d'Alexandre Chauvelon qui est entrepreneur à Lorient. De leur union, naissent trois enfants : Pauline Adèle Juliette Marie née le 15 décembre 1876 qui décède le 3 janvier 1879, Renée Nancy Marie née le 22 août 1880 qui décède le 22 octobre 1965 à Quimper et Stéphen Georges Léonce dit Sténo né le 22 septembre 1884. Le 28 septembre 1884, après avoir donné naissance à son fils, Berthe décède à l'hôpital de Lorient. Il est à nouveau endeuillé durant la Première Guerre mondiale par le décès de son fils, tué à l'ennemi le 9 décembre 1914 en tant que sergent au 3e zouaves à Roclincourt. Sa seconde épouse, née Caroline Morice, une poétesse distinguée, adopte Renée le 23 février 1927 puis décède le 27 février 1929, à l'âge de 87 ans.
En tant qu'architecte de la Ville, son oeuvre majeure est la reprise du travail d'urbaniste de son prédécesseur Zacharie Louis Richard : la création d'un nouveau quartier. Il travaille donc sur les plans du futur quartier de la Nouvelle-Ville, gagné en grande partie sur la mer et repense entièrement le projet. Il imagine un quartier plus aéré et plus grand, qui ne sera pas entouré de fortifications comme prévus sur les plans de Richard dans les années 1860. Les plans de Gallot sont approuvés par la préfecture du Morbihan le 30 septembre 1877.
Lorient lui doit également le groupe scolaire de Merville, l’école des filles de la mairie, le dépôt des pompes pour les pompiers (accolant le premier Hôtel de ville), l’école des garçons de la rue du Couëdic, la Caisse d'Épargne de Lorient, la façade du Grand Café, le médaillon de Gutenberg apposé sur la façade qu’occupait le journal Le Nouvelliste du Morbihan rue du Port, le socle et la grille de la statue Victor Massé cours de La Bôve, les plans de la fontaine Neptune dite fontaine monumentale (rue du Morbihan : actuelle rue maréchal Foch) réalisée par le sculpteur Auguste Nayel...
En ce qui concerne la statue Victor Massé, Gallot dessine la base du monument et la grille qui l’entoure. Alors en relation constante avec Philippe Gilles, beau-fils de Victor Massé, il se dépense énormément pour la réalisation. De cette époque, il noue une très grande amitié avec le beau-fils, notamment journaliste au Figaro. En 1930, Stéphen reçoit à Lorient le fils de Philippe Gille, musicien comme son grand-père. De sa rencontre avec ce pianiste excentrique spécialiste de Chopin, naît une grande amitié.
Stéphen Gallot réalise également le monument pour les morts de la guerre de 1870-1871. Au départ, il est prévu d’installer ce monument commémoratif dans le salon d’honneur de l’Hôtel de ville. Pour sa réalisation, le 14 août 1871, une commission spéciale regroupant les élus Prosper Jubier, Gustave Ratier et Victor Caron est créée. Ancien mobilisé et médaillé de la Guerre de 1870-1871, Stéphen Gallot se retrouve à réaliser un mémorial pour des soldats qu'il a peut-être côtoyé durant le conflit.
Finalement, le mémorial est installé à l’entrée de l’Hôtel de ville de Lorient, dans une arcade latérale. Il s’agit d’une table en marbre noir et de granit de Kersanton. Dans la partie supérieure sont gravées les armoiries de la Ville avec en dessous les mots « 1870-1871 – Aux enfants de Lorient morts en défendant le sol et l’honneur de la France ». En dessous, la plaque divisée en deux colonnes regroupe par ordre alphabétique les noms de 38 lorientais.
Le 27 janvier 1874, le tableau d'honneur des enfants de Lorient morts pour la défense de la Patrie durant la guerre de 1870-1871 est inauguré : « la grille de l’hôtel de ville ainsi que ses pilastres et l’arcade latérale dans laquelle est encadrée la plaque de marbre noir avaient été décorés de pavillons, de verdure et de faisceaux d’armes, et une avenue de mâts vénitiens reliés par des guirlandes de feuillage, traversait la cour de la mairie et conduisait à l’entrée principale de l’édifice. Les familles étaient reçues dans la grande salle du rez-de-chaussée, et le salon du premier étage recevait les autorités et les invités qui s’y pressaient en foule. À 9 heures 30, l’amiral préfet maritime, le préfet du département, le sous-préfet de Lorient, les personnalités locales et les familles assistent à la bénédiction du monument par Monseigneur Bécel, l’évêque de Vannes. Après la bénédiction, le maire de Lorient, Édouard Beauvais et le Préfet du Morbihan prennent successivement la parole afin d’exalter le sacrifice des enfants de la cité. […] » Ce monument est la première œuvre lorientaise de l’architecte et sa femme se félicite, pour cette première épreuve qui l’effrayait tant, des nombreux applaudissements à son égard au moment de le dévoiler.
Le 9 juin 1882, une lettre de Gallot alors architecte voyer de la ville, est lue au conseil municipal. Dans cette lettre, il demande à ce que ses appointements soient revus à la hausse puisque le maire comme plusieurs conseillers souhaitent qu'il cesse tout travaux particuliers pour n'effectuer que ceux de la municipalité. Si le maire estime que celui-ci ne peut sérieusement surveiller les travaux s'il a d'autres occupations, il propose toutefois qu'il puisse au moins continuer à effectuer des expertises locales. Le conseil rejette la propositoion de porter son traitement à 6 000 francs et décide en principe que l'architecte de la Ville ainsi que ses agents ne pourront se charger de travaux étrangers au service de la Commune.
Aussi, le 10 juin 1882, Stéphen Gallot, adresse une nouvelle lettre au maire de Lorient pour lui signifier sa démission et son souhait d'être relevé de ses fonctions dans le plus bref délai. Suite à cette lettre motivée par la décision prise la veille par le conseil municipal, le maire lui refuse son congé pour Paris devant les travaux projetés et dont quelques uns nécessitent une exécution immédiate. Dès le 11 juin, nouvelle lettre de l'architecte réafirmant sa démission et refusant ainsi de s'engager à dresser tout nouveau projet et se contentant de la gestion des travaux courants. Suite à la lecture des lettres, le conseil municipal du 12 juin invite le maire à accepter sa démission et à lui faire remettre immédiatement son service.
Le 13 février 1888, le conseil municipal vote le déplacement du monument qui n’est pas jugé assez visible par la population. Le maire propose de l’installer sur le piédestal de la colonne Bisson. L’architecte de la ville en poste, Paul Le Goff, propose pour rester dans la sobriété du monument de Bisson de ne prévoir que l’application sur le socle, de marbres accrochés par des petites rosaces. Aussi, en septembre 1888, quatre nouvelles plaques de marbre où sont inscrits les noms des concitoyens décédés durant le conflit sont dévoilées au public. Les inscriptions gravées représentent 700 lettres avec dorure et rechampissage au vermillon. La notion de période n’apparaissant pas, un bandeau 1870 – 1871 est apposé assez rapidement au-dessus des plaques commémoratives.
La plaque commémorative d’origine, oeuvre de Stéphen Gallot, reste durant de nombreuses années à l’Hôtel de ville, faisant ainsi doublon avec les plaques de la colonne Bisson, mais disparaît à une date inconnue. Les plaques de la colonne Bisson disparaissent quant à elle, lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale.
Il dessine pour Lorient un autre monument aux morts, celui du cimetière de Carnel inauguré en 1903 et rendant hommage à la mémoire des soldats et marins morts pour le pays hors de France. Ses plans sont exécutés par le marbrier François Mulot. Le monument qui a la forme d’une pyramide quadrangulaire tronquée est inauguré le 29 novembre 1903.
Stéphen Gallot redessine également la place du Morbihan. Il œuvre aussi à la rénovation du Théâtre municipal du cours de La Bôve et confie à Auguste Nayel les décorations de la façade principale. Par le biais de son cabinet d’architecte, il construit également pour les particuliers, notamment les immeubles situés à l’angle de la rue du Port et du cours de La Bôve. En 1895, il construit pour son propre compte, une maison rue de Keroman (ancienne dénomination de la rue Ernest Hello entre 1891 et 1905) sur un terrain qu’il acquiert en 1884. Jusque-là, il habitait au 4 rue de la Cale Orry, dans l’immeuble où se trouvait son cabinet d’architecte. L’architecte lorientais Henri Lange, tout comme Louis-Marie Dutartre, y travaillera pour lui.
Hors Lorient, ses œuvres majeures sont l'église paroissiale Saint-Denis à Saint-Gravé, les mairies de Ploemel et Saint-Gravé, la mairie du Palais (Belle-Île-en-Mer), la Caisse d’Épargne de Morlaix, l'hôpital Saint-Michel de Quimperlé, les écoles de Keryado (inaugurée le 10 février 1889), Larmor, Ploemeur, Caudan et Cléguer.
En 1907, quand il prend sa retraite, l'architecte Louis-Marie Dutartre qui demeure alors à Angers, prend la succession de son cabinet en le rachetant par contrat de cession. Conseiller municipal, Stéphen Gallot dirige également les services municipaux de la voirie. En tant que vétéran, il est durant de nombreuses années, président du Souvenir Français. Homme aux multiples activités, il est également directeur de la Caisse d'Épargne de Lorient pendant plus de trente ans.
Homme aux multiples activités et centres d’intérêts, il est aussi membre de la commission sanitaire d'arrondissement, membre des conseils d'administration de la Croix-Rouge, des hôpitaux civils, du lycée, de l’école de dessin de Lorient, juré titulaire de la cour d’assises. D’ailleurs, le 25 mai 1903, il est nommé par arrêté préfectoral, en qualité de membre de la commission sanitaire de Lorient, pour s’occuper principalement de l’hygiène dans la ville pendant les travaux de reconstruction du mur du bassin à flot pour un délai de quatre ans avec le docteur Waquet et le docteur Duliscouët (pharmacien Le Léannec, vétérinaire Auzat, docteur Pédrono pour 2 ans). Le 2 juin 1905, avec notamment les architectes Dumas et son associé Dutartre, il est nommé membre du comité lorientais du Syndicat d’initiative du Morbihan pour promouvoir le tourisme local.
C’est pour sa carrière aux nombreuses activités, faite de dévouement et de probité que le gouvernement le fait chevalier de la Légion d’honneur.
Membre du conseil d’administration du musée de Lorient, il en demeure jusqu'en 1931, le conservateur. Il est encore, membre du bureau de la Société bretonne de géographie et pendant plus de vingt ans président de la Société des Beaux-arts et ce jusqu'à son décès.
Stéphen Gallot n’est donc pas qu’un architecte. Touche à tout, il est aussi un artiste. Quand Gallot expose au Salon de Paris en 1870, il se présente lui-même comme l'élève de Fouque. En 1871, il reçoit le Prix Deschaumes de l'Académie des Beaux-arts, destiné à secourir des artistes particulièrement dignes d'intérêt. Il exposera à deux autres reprises au Salon de Paris, en 1912 et 1913.
Il est également de l’école de Camille Corot, l’un des fondateurs de l’école de Barbizon dont Il acquiert un nombre conséquent de ses œuvres, reconstituant ainsi un véritable petit musée à son domicile de la rue de la Cale Orry.
Dans la seconde moitié du 19e siècle, l'art est très vivant dans le pays de Lorient. Aussi, dès 1905, le peintre Narcisse Chaillou, retiré à Port-Louis, cherche à organiser des rencontres picturales. Deux autres artistes, Jean-Bertrand Pégot-Ogier et Stéphen Gallot se joignent à lui. Monsieur Fontaine, qui fait commerce de fournitures pour artistes, apporte également son concours.
Ces quatre personnes vont réussir à organiser la première exposition subventionnée par la Société des Hospitaliers-Sauveteurs-Bretons. Soixante artistes exposant 350 œuvres y participent le 15 septembre 1907, au Garage Augereau, 13 Cours de Chazelles (aujourd’hui à la place de l’ex-magasin Concorde) et, même si ce lieu n'est pas adapté, c’est un premier succès. Stéphen Gallot avec l’aide de son ami le peintre Antoine Gayet veut créer une société d’art. La Société des Beaux-Arts de Lorient est créée le 19 mars 1908. Cette année-là, à la Salle Dousdebes, se tient le premier Salon officiel de la société Lorientaise des Beaux-arts. Le bâtiment de la Salle Dousdebes, (aujourd’hui quartier Brizeux) a été construit pour en faire un musée. Stéphen Gallot, élu premier président de l’association assume son rôle de façon primordiale, avec Pégot-Ogier, élu vice-président.
Le Salon de 1911 expose des œuvres de Gallot dont une critique est faite dans Le Nouvelliste du Morbihan du 1er octobre 1911 : Ce fusainiste dont les œuvres sont nombreuses, prouve encore une fois de plus, que l'on peut faire de la couleur avec du blanc et du noir, ce que plus d'un peintre ne fait pas toujours avec toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. La Société des Beaux-Arts de Lorient qui a interrompu son activité durant la Première Guerre mondiale, est reconstituée en 1922 grâce à l’initiative de Stéphen Gallot.
À son décès, le journaliste Maurice Bigot parle de lui en des termes profonds dans Le Nouvelliste du Morbihan du 4 avril 1931 : […] Il avait conservé jusqu’en notre siècle de fièvre, ce calme d’un jugement sain, d’un esprit tolérant à toutes les faiblesses humaines, d’un cœur compatissant à toutes les infortunes. Il représentait la société polie des vieux âges. Jamais nous ne l’avons entendu prononcer une seule parole amère contre quiconque. Tout en lui reflétait l’artiste, depuis la forme châtiée de son langage jusqu’à la clarté intérieure […] dessinateur au crayon fin et subtil […].
L'architecte lorientais Aristide Nabat, vice-président de la Société des beaux-arts et architecte de la ville comme son ami Stéphen Gallot, prononce un discours élogieux aux obsèques de ce dernier.
II lui succède naturellement à la présidence de la société et organise dès l’année de son décès, un Salon des Beaux-Arts qui lui rend hommage, en proposant une exposition rétrospective des nombreux fusains de Stéphen Gallot.
Le secrétaire de la Société des Beaux-Arts de Lorient, Charles Le Corre, exprime également toute l’estime qu’il a pour lui dans Le Nouvelliste de Morbihan du 4 avril 1931 : […] Notre ville lui doit quelques-uns de ses monuments les plus originaux. Il était de plus dessinateur remarquable. Ses fusains ont eu souvent l’honneur d’être admis aux Salons de Paris. Chaque année, nous avions la joie d’admirer les jolies sanguines, les fusains exquis qu’une fantaisie inépuisable comme en se jouant. Ses arbres au port harmonieux et élégant, ses dentelles de feuillage, la fine lumière matinale qui les baignaient, évoquaient le souvenir du grand Corot. […] Un vrai charme émanait de ce beau vieillard, à l’esprit toujours éveillé, au goût si sûr, à la répartie si amusante et au cœur toujours si bon pour ses amis. […] Le vœu de notre vénéré président s’est réalisé pleinement. Il a vécu en beauté, il est mort en beauté.