Hüe Sophie


Sophie Hüe (1815-1893)
Femme de lettres

Sophie Sachs est née le 2 avril 1815, à Lorient de Henry, Maurice Sachs, lieutenant de vaisseau, âgé de trente-six ans et de Françoise, Michelle, Flore Doinet, âgée de trente-deux ans. Elle passe son enfance dans sa ville natale et épouse le 30 janvier 1836 à Lorient : Benjamin Hüe, âgé de trente-deux ans, « substitut de Monsieur le Procureur du Roi, près le tribunal civil séant à Lorient[1]. » Le 14 novembre 1836, elle donne naissance à Lorient à une fille[2] prénommée : Sophie, Félicité. Son mari est ensuite nommé à la cour d’appel de Rennes. Elle s’adonne à l’écriture de poèmes d’une touchante simplicité comme son grand-père Doinet, lequel publiait des vers dans la feuille hebdomadaire de Lorient en 1791. Son recueil poétique Les Maternelles (1867), couronné par L’Académie Française, recueille un vrai succès et de nombreuses rééditions[3] conférent à son autrice une belle notoriété. L’ouvrage est dédié à son petits-fils Maurice Bernède dont elle brosse en première page le portrait :

« Grand’mère m’a fait mon portrait
Et fort ressemblant, trait pour trait :
Cheveux blonds, yeux bleus, lèvres roses
Qui ne se tiennent jamais closes ;
Petit pied leste allant partout ;
Petite main touchant à tout
Qui de grand’mère est le supplice,
Voilà le portrait de Maurice. »

De nombreux poèmes conférent à cet ouvrage un charme délicat et l’Épine Blanche en est le plus bel exemple :

« On me néglige, on me délaisse,
Disait une épine en bouton,
Et pour chercher sous l’herbe épaisse
Je ne sais quoi de sombre, un avorton
Qui semble à peine une fleurette !
Qu’a-t-elle, cette violette
Pour faire aux gens perdre leurs pas ?
Un oiseau qui passait lui répondit tout bas :
Elle embaume et ne pique pas. »

À la fin des Maternelles, elle renouvelle à son petit-fils tout son amour de grand’mère :

« Envoi à Maurice
Pour toi, j’ai fait ce livre, ô mon ange que j’aime !
Souvent, petit poète, ignoré de toi-même,
Souvent tu l’as dicté, sans en soupçonner rien.
C’est le sourire ému de ma vieille sagesse,
C’est le livre de la tendresse,
C’est ton livre autant que le mien.

Lorsque Dieu, mon enfant, voudra que ta grand-mère
Te quitte pour aller, près de lui, je l’espère,
T’aimer encore, d’en haut sur toi veiller aussi,
Garde de son amour un souvenir fidèle !
Son cœur ne mourra pas comme elle,
Ressouviens-toi qu’il est ici. »

Elle collabore à la revue littéraire et artistique L’Hermine du poète et romancier   Louis Tiercelin (1846-1915) et livre de nombreuses poésies élégantes et charmantes. Elle souhaitait les rassembler dans un ouvrage sous le titre « l’Oiseau bleu », mais elle n’a pas eu le temps de finaliser ce projet car la mort est venue la faucher.  Elle décède le 7 janvier 1893, à Rennes âgée de soixante-dix-sept ans. Très attachée à sa terre natale, elle écrivait dans À ma Bretagne :

« Pour t’avoir tant aimée,
O ma Bretagne, aime-moi !
Je ne cherche pas la gloire
Des poètes en renom ;
Mais dans un coin dans ta mémoire
Où demeure écrit mon nom. »

Le 4 août 1905, le conseil municipal de Lorient (maire Louis Nail) exauce ce souhait en donnant le nom de Sophie Hüe « poète délicat » à un square situé dans le quartier de Kerentrech à Lorient.

[1] Archives de Lorient. 2E45

[2] Elle épouse le 8 septembre 1857 à Rennes :  Charles Bernède. Veuve, elle se remarie le 21 mars 1904 à Paris avec Hubert Gaston Saint Gilles.

[3] Elle fait don des bénéfices à des œuvres caritatives.

Recherches et texte de Patrick Bollet

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