Labes Édouard


Édouard Labes (1881 - 1959)
Chevalier de la Légion d’honneur
Professeur - Avocat
Maire de Lorient
Député du Morbihan
Conseiller général

Il est né le 3 novembre 1881 à Lestelle-Bétharram dans les Basses-Pyrénées, de Jean, Lucien Labes, âgé de trente-et-un ans, cordonnier et de Félicie, Victorine Azéro, âgée de vingt-quatre ans, couturière. Le 2 avril 1907, il épouse à Paris 11e, Marthe, Marguerite Venance, âgée de vingt ans.  Cette même année, l’agrégé de lettres, licencié en droit est nommé professeur des classes de première au lycée de Lorient. Il arrive dans un lycée vétuste « aux tristes classes, sombres et froides à peine éclairées, où l’élève, penché sur une planche étroite décorée du nom de table, se crève les yeux pour déchiffrer un texte ou lire au tableau noir. [1] » Cette description de l’établissement qui ne répond plus « ni aux exigences de l‘hygiène moderne, ni aux nécessités scolaires » impose une nouvelle construction[2] « si l’on veut conserver au lycée de Lorient sa vieille réputation de  premier établissement d’enseignement secondaire du Morbihan. » Ces conditions difficiles ne rebutent pas le jeune enseignant qui s’investit totalement auprès des élèves et découvre en même temps une ville qui se débarrasse bien lentement de ses fortifications, lesquelles gênent l’expansion de la cité. Le développement de cette dernière l’intéresse tout particulièrement et c’est avec détermination qu’il se présente aux élections municipales des 5 et 12 mai 1912, sur la liste d’Alliance des Comités républicains, radicaux et socialistes menée par le député-maire Louis Nail (1864-1920). Après une campagne mouvementée, la liste du maire sortant remporte l’élection municipale et la semaine suivante, lors de la séance d'installation de l’assemblée communale, il annonce qu’il n’est pas candidat au poste de maire. « Je tiens à dire qu'il ne me paraît pas possible de cumuler ces très importantes fonctions avec le mandat législatif, dont je suis chargé depuis deux ans. » Dans ces conditions, Pierre-Louis Esvelin est élu maire de la ville et Édouard Labes, second adjoint. Il commence sa carrière politique et seconde efficacement pendant toutes les années éprouvantes de la Grande Guerre, le premier magistrat de la cité.

Le maire
À la fin de l’année 1919, le retrait de la vie municipale de Pierre-Louis Esvelin, ouvre la porte aux ambitions car les candidats à sa succession sont nombreux. Tout naturellement, son adjoint Édouard Labes se présente à la tête d’une liste d’Union des républicains de la guerre et s’attend à une campagne ardente et mouvementée car le socialiste Emmanuel Svob, omniprésent depuis quelques années sur la « scène » locale convoite la place. Pourtant la bataille électorale est bien calme et la population indifférente au débat à tel point qu’à l’issue du premier tour le 30 novembre 1919, Le Nouvelliste du Morbihan note : « Plus de la moitié des Lorientais se sont désintéressés de l’importante question des municipales. Seulement 5709 citoyens se sont déplacés sur 12700 » et au second tour le 7 décembre 1919, le même journal mentionne « une impression de complète indifférence. » Malgré la faible participation, la liste d’Union républicaine de la guerre menée par Édouard Labes remporte 14 sièges devant la liste socialiste d’Emmanuel Svob (9 sièges), la liste républicaine indépendante du docteur Méheut (8 sièges) et celle des intérêts généraux d’Eugène Guiet (2 élus). Le 10 décembre 1919, Édouard Labes est élu maire de Lorient et après avoir remercié son prédécesseur pour « son exemple d’assiduité constante et de labeur acharné » prie ses collègues « d’oublier, dans cette enceinte, tout ce qui peut nous diviser. Trop de questions sollicitent actuellement notre attention et nos efforts pour que nous puissions songer même un instant, à perdre notre temps en des discussions stériles ou en des querelles dissolvantes.[3] » C’est une belle introduction mais l’union sacrée est déjà du passé et les clivages se manifestent rapidement d’autant que le socialiste Emmanuel Svob est très attiré par le pouvoir ! Malgré les dissensions, le maire poursuit le développement de la ville commencé sous le mandat précédent, il prolonge les quais et termine le boulevard de la Rade. Il suit aussi avec beaucoup d’intérêt les travaux du port de pêche qui avancent rapidement dans l’anse de Keroman et qui sont importants pour le développement de la cité et inaugure le 29 août 1920, le frigorifique de la Perrière. Il mène avec l’ensemble du conseil municipal une action déterminante en faveur de la santé publique et cible la lutte contre l’alcoolisme et la tuberculose.  Cette dernière est également une priorité car « les blessés de la tuberculose » contaminés lors de la Grande Guerre sont nombreux et de retour dans leurs foyers contaminent leurs proches. C’est une cause nationale et à cet effet de nombreuses mesures sont mises en œuvre afin d’éradiquer sa transmission comme l’ouverture d’un dispensaire antituberculeux pour prévenir, dépister et assister les malades, la construction de logements décents pour les ouvriers, la propreté des rues et l’entretien de la voirie. À la suite du décès accidentel le 25 octobre 1920 du Président du conseil général du Morbihan, Louis Nail, le poste de l’élu départemental dans la 1ère circonscription de Lorient est vacant. Édouard Labes fait acte de candidature et est élu - au second tour - le 19 décembre 1920 malgré l’opposition de l’instituteur public Louis Cren, du parti socialiste.  Le 14 mai 1922, lors du renouvellement des conseillers généraux, il est cette fois réélu facilement - dès le premier tour - face à Louis Cren de la S.F.I.O. et au docteur Roux candidat du Comité de concentration républicaine. Suite à son élection, il remercie les électeurs qui ont approuvé « la politique d’ordre, de travail et de progrès que représentait ma candidature. »  Quelques mois plus tard, il quitte l’enseignement et s’inscrit comme avocat tout d’abord au barreau de Lorient avant de rejoindre la Cour d’Appel de Paris.

Le député du Morbihan
En quelques années, il est devenu une personnalité incontournable et c’est tout naturellement qu’il se présente aux élections législatives de 1924. Le 11 mai 1924, il est élu député du Morbihan sur la liste d’Union Républicaine avec Pierre Bouligand (1866-1930) et Maurice Marchais (1878-1945). Ses adversaires habituels du Bloc des Gauches : Emmanuel Svob, le docteur Roux et Jean Baco sont une nouvelle fois battus mais ils engrangent pour l’avenir et remarquent avec aigreur « que vont faire les trois élus de l’Union Républicaine ? Rien, rien, rien. [4]» Après l’arène politique, la scène sportive car Édouard Labes inaugure le 29 mai 1924, le Parc des Sports de Lorient. C’est un moment bien agréable de convivialité et il faut en profiter car il sait que les prochaines échéances municipales à venir vont être difficiles car les négociations avec les collectivistes socialistes d’Emmanuel Svob sont impossibles.  Ils sont déjà en campagne et se préparent à affronter aux municipales le maire sortant. Ce dernier est confiant et fier de son bilan. Il se présente aux élections municipales des 3 et 10 mai 1925, à la tête d’une liste Républicaine Radicale et Radicale-socialiste avec en seconde position, le député et conseiller général Pierre Bouligand, la liste du Bloc des Gauches est menée par Emmanuel Svob. Le docteur Méheut (1873-1944) et Hyacinthe Glotin (1868-1930) dirigent la liste Républicaine d’Union démocratique et sociale. La campagne électorale est très vive entre les partisans de Labes et de Svob et les réunions publiques très suivies. L’arrogance du maire sortant est stigmatisée par Emmanuel Svob : « M. Labes montre qu’entre un empereur et lui, il n’y a pas grande différence ! »  Pendant que les deux listes de gauche se déchirent, le docteur Méheut et ses amis exposent paisiblement leur programme.  Le 3 mai 1925, le premier tour place en première position le Bloc des Gauches.  C’est une surprise et une profonde désillusion pour l’équipe sortante qui réagit aussitôt et appelle les électeurs à faire au second tour le bon choix celui « d’une politique d’ordre et de progrès qui fut toujours la nôtre et qui est indispensable pour la prospérité de notre ville. » La campagne électorale est encore très vive et les murs de la ville se couvrent d’affiches vantant les mérites des trois listes qui restent en présence. Le Bloc des Gauches gère son avance alors que la liste Républicaine du docteur Méheut dénonce le socialisme envahissant et le communisme dont il est le précurseur !  Le 10 mai, le Bloc des Gauches remporte l’élection et ses partisans défilent au centre-ville derrière un drapeau rouge en chantant l’Internationale. Dès le lendemain, la liste radicale reconnaît sa défaite : « Nous adressons nos bien sincères remerciements aux électeurs qui, sans se laisser détourner par une violente campagne de calomnies, nous sont restés fidèles pour le deuxième tour de scrutin. Ils ont résisté aussi bien à la politique de surenchère qu’à la politique d’intimidation faite contre nous. » Édouard Labes et ses amis donnent rendez-vous aux citoyens : « Courage ! Nous connaîtrons d’autres victoires ! » C’est une cruelle désillusion pour le maire sortant qui se consacre alors pleinement à son mandat de parlementaire. Le 17 juillet 1927, lors des fêtes d’inauguration du Port de Pêche, il prend la parole et rend hommage à Louis Nail : « L’homme qui conçut, » à M. Verrière, « l’homme qui voulut », à M. Buisson, « l’homme qui décida » et exprime sa fierté devant cette gigantesque réalisation « que personne n’eût cru possible avant la guerre. » C’est une grande satisfaction pour l’ancien maire qui avait œuvré pour cette réalisation. L’année suivante, il se représente - au scrutin d’arrondissement - aux élections législatives du 22 avril 1928 dans la 1ère circonscription de Lorient sous l’étiquette d’Union républicaine. Il est dans une situation délicate car il n’a pas obtenu l’investiture du parti radical-socialiste qu’il a rejoint tardivement (1927). Ce dernier a investi son collègue de l’Assemblée nationale Pierre Bouligand, lequel jouit d’une très grande popularité au pays de Lorient. Il est même surnommé « le député des humbles ! » Malgré une campagne active, Édouard Labes est distancé par ce dernier et se retire tout en remerciant les électeurs ayant voté pour lui : « Je me retire de la lutte, en recommandant à mes amis d’accomplir leur devoir de républicains et en gardant la fierté d’avoir été choisi pendant tant d’années pour défendre les intérêts de Lorient et de la région lorientaise.[5] » Désormais la voie est libre pour Pierre Bouligand, élu une nouvelle fois député du Morbihan.  Devant la sanction électorale, Édouard Labes décide de ne pas se représenter aux élections départementales du 14 octobre 1928 et quitte définitivement Lorient.

L’avocat et le professeur
Il s’installe à Paris et développe son étude d’avocat. Retiré de la politique, il cède cependant aux pressions de ses amis du parti radical-socialiste et fait acte de candidature dans son pays natal dans la 1ère circonscription de Pau aux élections législatives du 1er mai 1932 contre le député sortant Auguste Champetier de Ribes (1882-1947). Il est battu dès le premier tour de scrutin mais réalise un score honorable pour un nouveau venu sur la scène politique locale ! Il est encore sollicité en 1935 par les comités radicaux-socialistes des Basses-Pyrénées pour se représenter dans la 1e circonscription de Pau car Auguste Champetier de Ribes qui vient d’être élu sénateur[6] choisit de siéger à la Haute Assemblée. Il répond favorablement à cette demande et se lance dans la campagne électorale bien soutenu par le journal républicain L’Indépendant des Pyrénées qui invite les électeurs à reporter leurs suffrages sur Édouard Labes : « Si vous êtes républicain, si vous voulez que soient respectées vos libertés et votre indépendance, vous voterez pour M. Labes. » Le 10 mars, les électeurs le place en seconde position derrière Samuel de Lestapis (1898-1945), de l’Alliance républicaine. Le scrutin de ballotage est indécis et le 17 mars 1935, Édouard Labes perd à quelques voix de son adversaire ! L’année suivante, il retrouve aux élections législatives, les électeurs de la 1ère circonscription de Pau et le député sortant Samuel de Lestapis. Il échoue une fois encore au second tour et quitte le Béarn afin de retrouver sa famille à Paris. Il cède son cabinet à son fils aîné Lucien, également avocat et rejoint l’enseignement comme professeur de première au lycée Louis-le-Grand à Paris. La Seconde Guerre mondiale va bouleverser cet équilibre car au début des hostilités, il est nommé professeur de Lettres au lycée de Pau alors que ses deux enfants sont mobilisés. En septembre 1940, il reprend son poste à Louis-le-Grand et attend des nouvelles de ses deux fils qui sont prisonniers en Allemagne et en Autriche. Il connait quatre années agitées dans cet établissement confronté à l’occupation et au régime de Vichy. À la Libération, ses deux enfants de retour au sein de leurs familles, il peut envisager sereinement l’avenir et se retire dans son village natal de Lestelle-Bétharram où il décède le 15 octobre 1959 à l’âge de 77 ans.

Une rue Édouard Labes
Lors de la séance du conseil municipal du 31 octobre 1959, le maire de Lorient, Louis Glotin rappelle l’engagement « de l’ancien Député-Maire de Lorient » et évoque son souvenir : «  M. Labes a laissé un nom dans cette ville en tant que conseiller municipal, adjoint, puis maire. » Le 12 juillet 1962, le conseil municipal de Lorient (maire Louis Glotin) attribue le nom d’Édouard Labes à une rue de la ville.


[1] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 1er septembre 1907.

[2] Cette nouvelle construction souhaitée reste à l’état de projet !

[3] Archives de Lorient. 1D105

[4] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 15 mai 1924.

[5] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 27 avril 1928.

[6] Il remplace Louis Barthou, ministre des Affaires étrangères tué le 9 octobre 1934 lors d’un attentat visant le roi Alexandre Ier de Yougoslavie à Marseille.

Recherches et texte de Patrick Bollet

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