Laville Pierre


Prisonnier de guerre

Il naît en 1903 en Gironde dans le village de Beguey. A l’entrée de la guerre, sa vie est déjà bien installée. Marié, père de deux enfants, il est instituteur puis professeur de dessin à La Réole où il enseigne près de trente-cinq ans. Comme pour tant d’autres, la mobilisation de 1939 est une rupture. Le 22 juin 1940, jour de l’armistice franco-allemand, il est fait prisonnier avec son unité au sud de Cholet. Après divers cantonnements, il séjourne deux mois dans le camp d’Auvours avant d’être finalement transféré en Allemagne. A Limburg-sur-Lahn, il entre au Stalag XIIA, sans imaginer qu’il y laissera 31 mois de sa vie. Le premier hiver est extrêmement dur. Tous souffrent du froid et de la faim. Même s’il obtient un emploi à la poste du camp, Pierre Laville partage toute la sombre difficulté de la captivité. Il change plusieurs fois de baraquements durant ces premiers mois. Il multiplie ainsi les rencontres et entrevoit toute la diversité de la population des prisonniers. Il se trouve un temps dans la baraque de la troupe de théâtre du camp avec qui il participe à l’élaboration de spectacles et d’animations. Au hasard des rencontres, les peintres forment peu à peu une petite communauté au sein du camp. Le dessin est une occupation acceptée par les gardiens qui prônent une “décoration” pacifique destinée aux intérieurs de baraques. Pierre Laville trouve avant tout dans ce groupe d’artistes une source d’échange artistique et une importante entraide morale. Son talent de portraitiste et de coloriste lui apporte une réputation et quelques menus avantages. De rares sorties lui permettent même de se plonger dans l’observation de paysages remarquables. Malgré les circonstances, la région rhénane n’en demeure pas moins d’une grande beauté. Il découvre ainsi les rives de la Lahn, les villes de Limburg, de Diez, allant également jusqu’à Bad-Ems, célèbre ville d’eau. La quiétude de ses paysages, le soin apporté à l’examen de l’architecture si typique du pays rhénan, donnent à penser que la peinture est pour lui un réel soutien lui permettant d’échapper aux laideurs du camp. Son crayon lui apporte tout le calme qu’il n’a pas dans la promiscuité forcée du baraquement. Son activité de peintre semble pourtant irrégulière et alterne avec les baisses de moral, notamment lors de certains changements de baraquements ou de la perte de son emploi à la poste. Pierre Laville participe aux Kommandos de travail de juin à décembre 1942, dans une ferme du village d’Eppenrod, puis dans un restaurant à Diez. Fin 1942, l’espoir d’une relève grandit. Son activité graphique devient alors frénétique. Il s’emploie à fixer sur le papier la mémoire de cette vie en camp, les hommes, les activités, jusqu’aux sentiments même que suscite la captivité. Il met dans son crayon toute son ardeur à rendre compte d’une vie que les prisonniers ont tant de mal à partager avec leurs proches restés en France. Tout ce qui fait le quotidien du Stalag y passe. En janvier 1943, Pierre Laville peut enfin quitter le camp. Il est démobilisé près de Lyon. À son retour il s’occupera avec ferveur du soutien aux P.G. jusqu’à leur libération de 1945. Il se lance dans la rédaction d’un ouvrage de mémoire qui restera inachevé. La vie reprend ensuite son cours, atténuant peu à peu les douloureux souvenirs à la lumière de son Bordelais natal. Pierre Laville fait partie d’un groupe de peintres animant la vie culturelle de la région de La Réole. Une large production en témoigne. Ce n’est qu’à sa mort en 1971 que sa famille redécouvre ce passé dont il ne parlait pas. La liasse de dessins ramenés d’Allemagne constitue aujourd’hui un témoignage rare.

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